L'Etat est égalitaire par essence, ce n'est pas un caractère qu'il assume lorsqu'il devient démocratique, c'est inhérent à sa nature, il est niveleur en tant qu'il est Etat, parce qu'il est Etat.
Sous l'Ancien Régime, la monarchie a posé des communes pour aspirer les meilleurs éléments de la population. Ainsi le baron avait moins de taillables et le roi plus de bourgeois reconnaissants des franchises obtenues. En instituant la vénalité des charges, l'Etat a ouvert à cette bourgeoisie ses portes ; en permettant que les charges deviennent héréditaires, il s'est attaché des familles entières.
Dans le même temps, le roi a introduit à la cour des ecclésiastiques, de simples abbés, qui se prononcaient toujours dans le sens du roi. Puis il a introduit des légistes, plébéiens tirés du néant, dont les conseils inspirés du droit romain étaient toujours favorables à l'autorité centrale. Travaillant dans l'ombre, ils ont empièté progressivement sur les droits fiscaux des seigneurs ; le service d'Etat était pour eux une occasion de distinction et d'avancement. D'une main le monarque contient les exigences du seigneur, mais de l'autre il se sert lui-même.
Lorsque la bourgeoisie a effacé la noblesse, l'ayant en partie absorbée, les nouvelles féodalités capitalistes sont apparues à leur tour comme un pouvoir social potentiellement dangereux pour l'Etat, devenu entre temps républicain et encore plus centralisé. C'est ainsi qu'il a pénétré dans l'atelier et dans l'usine, introduisant sa loi, son code du travail. L'alliance de l'Etat moderne avec les exploités de l'industrie, avec les dominés de la finance s'est faite en dehors de toute intention socialiste, c'était simplement son penchant naturel. L'accroissement des caisses d'épargne, la création de la Caisse des dépôts et consignations qui centralise l'épargne pour financer des missions dites " d'intérêt général ", tout cela a permis au pouvoir de mettre à sa discrétion le gros de la richesse nationale ; d'un côté la République contient les exigences des vainqueurs du capitalisme, mais de l'autre elle se sert elle-même.
Il ne faut donc pas s'étonner aujourd'hui de voir ce même Etat créer des observatoires contre les discriminations à l'embauche, forcer l'entrée de la diversité au sein des grandes écoles, et plus généralement vanter la discrimination dite "positive ". Il fait ce qu'il a toujours fait : il aplanit.
" Toute puissance centrale qui suit ses instincts naturels aime l'égalité et la favorise ; car l'égalité facilite singulièrement l'action d'une semblable puissance, l'étend et l'assure ". A. de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique.
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