Même dans les divertissements les plus anodins comme le cinéma, les Américains produisent du mythe, fabriquent des héros et des grandes épopées ; que ce soit le débarquement de Normandie, Pearl Harbor, la guerre du Vietnam, la guerre du Golf ou l’attaque des tours jumelles à New York ; que l’issue du combat soit victorieuse ou non, la bravoure et l’esprit de sacrifice sont au rendez-vous.
Les Européens sont davantage tentés par la démythification. Notre art européen est basé sur un travail de sape, de déconstruction, de contestation-revendication. Nous conjuguons lucidité désabusée et médiocrité satisfaite. La notion même d'héroïsme nous semble ridicule, car elle va à l'encontre du dogme égalitaire. C’est pourquoi il nous faut aller chercher nos héros ailleurs….
Ainsi, les Français qui vont au cinéma voient qu’ils ont été sauvés par le soldat Ryan ou par les indigènes des anciennes colonies. Qu’ont fait leurs ancêtres? Un excellent livre de Dominique Lormier répond à la question : Comme des lions: mai-juin 4O, l’héroïque sacrifice de l’armée française, dont voici la présentation de l’éditeur :
"La défaite de mai-juin 1940 reste, aujourd'hui encore, une plaie mal cicatrisée dans la conscience nationale : elle évoque la débâcle, l'exode, l'Armistice. Au malheur se rajoute la honte, car une opinion très répandue veut que l'armée française ait subi cette déroute sans combattre. De fait, le sujet est tabou, comme s'il s'agissait d'un secret de famille honteux. Et pourtant...
Sait-on qu'en quarante-cinq jours de combats, les pertes quotidiennes allemandes furent supérieures à celles de la campagne de Russie du 22 juin au 10 décembre 1941 ? Que la première bataille de chars de la Seconde Guerre mondiale, à Hannut, fut une victoire française ? Que le village de Stonne, surnommé par les Allemands " le Verdun de 1940 ", changea de mains dix-sept fois en trois jours ? Qu'à Landrecies, deux chars lourds français détruisirent une centaine de blindés allemands en quelques heures ? Que le général de Gaulle, commandant la 4e division cuirassée, enfonça à Abbeville les positions allemandes, mais ne put exploiter son succès faute de réserves suffisantes ? Que l'opiniâtre résistance des troupes françaises à Lille et à Dunkerque permit de sauver de la capture 340 000 soldats alliés, et donc de sanctuariser l'Angleterre ? Que sur la Loire, les cadets de Saumur bloquèrent 40 000 soldats ennemis ? Qu'au moment de l'Armistice, 45 des 53 ouvrages de la ligne Maginot restaient invaincus ? Et surtout, que près de 100 000 soldats français moururent au champ d'honneur en quarante-cinq jours de combat ?
Ce livre captivant suit minutieusement l'évolution des troupes sur le terrain, pointe les erreurs du haut état-major français, en retard d'une guerre, et s'appuie sur de nombreux témoignages de soldats français et allemands.
Dominique Lormier rend un hommage tardif mais ô combien mérité à ces héros méconnus."
Peut-être qu’un jour, le cinéma français nous fera la grâce de rendre un hommage sous forme de fiction à ces héros méconnus.
A lire:Dominique Lormier; Comme des lions : Mai-juin 1940 : l'héroïque sacrifice de l'armée française (Broché)
super intéréssant, merci pour le rappel.
Rédigé par: Serviteur | 04 novembre 2006 à 20:15