Le village universel
" Je pense que la société métissée va vaincre, qu'elle a pour une grande part déjà vaincu. Je pense que la France sera bientôt un quartier comme un autre du village universel, avec, pour mettre les choses au mieux, un dosage ethnique et culturel peut-être original. De même qu'ont été progressivement et plus ou moins heureusement intégrés les juifs, beaucoup moins étrangers toutefois à notre culture ancienne, de même seront intégrés les musulmans, les Arabes et les Noirs. Mais ils ne seront pas intégrés aux Français de souche, et les Français de souche ne seront pas intégrés à eux : tous seront intégrés ensemble à une société et peut-être une civilisation qui est en train de naître sous nos yeux, et que nous voyons déjà à l'oeuvre dans les banlieues, les lycées, les discothèques et les films publicitaires."
" Cette
société est pour moi sans charme, et certes
réciproquement. Je ne suis pas capable de l'aimer, elle n'est
pas capable de me comprendre
c'est moins grave pour elle que pour moi. Son apparition, qui n'est
que celle, presque normale, quoique un peu précipitée,
du futur, m'attriste moins que la disparition du monde ancien, ce
monde français,
au sens étroit désormais, qui est celui qui m'a nourri,
pour lequel j'avais été préparé, et que
je trouve éteint lorsque arrivé à l'âge
mûr je pouvais espérer me fondre harmonieusement en lui.
Peut-être devrons-nous fonder, par nostalgie, et par désir
de nous comprendre encore, une amicale des " Vieux Français ",
comme il y eut en Russie les " Vieux Russes "... "
Renaud Camus; La Campagne de France
Il y aura bientôt, des vieux humains. Ceux qui ont gardé le statut de créature, qui ne se sont pas engendrés pour mieux se consommer.
Rédigé par: Maximilien FRICHE | 17 septembre 2007 at 22:52
Aurais-je une once de talent littéraire que j'eusse écrit cet article (je ne suis pas sur de ma conjugaison là). M Camus résume en deux paragraphe tout ce qu'il faut retenir de l'histoire telle qu'elle se déroule aujourd'hui.
J'en tire une leçon. Notre monde est détruit, et il est tout à fait vain d'espérer ressouder ce qui a est déja brisé. Dès lors, toute tentative de politique réactionaire est absolument vaine ; comme le montre le spectacle pitoyable des quelques groupuscules monarchistes, se disputant pour savoir qui de Louis ou d'Henri doit monter sur un trone disparu à jamais. Le réactionaire doit donc traiter la politique par le mépris dont l'affublaient les premiers chrétiens, qui savaient bien que le salut ne se trouve pas dans la gestion des affaires de ce monde. Tout ce qui reste au réactionnaire, c'est conserver sa capacité d'indignation face à un monde "qu'il n'aime pas et qui ne le comprends pas".
Au fait, l'histoire des Vieux-Russes ( ou plutôt des "Vieux-Croyants", ou "Vieux-Ritualistes" comme ils se nomment eux-même) est interessante, victimes de la volonté du pouvoir tsariste de "moderniser" et de "civiliser" le peuple Russe, en lui otant ses traditions.
Ils representaient un quart de la population russe avant la Révolution, et ne subsistent aujourd'hui qu'à l'état d'indiens conservés pour le folklore, ou de quasi-amishs au fin fond de l'Oregon, goutte d'eau traditionelle dans un océan "post-modern", comme disent les "penseurs" de la côte ouest. A méditer ?
Rédigé par: vhp | 18 septembre 2007 at 03:37
Merci pour ces commentaires éclairants. Pour en revenir à la Russie, je crois que ce que ressent R. Camus correspond bien au motif de "l'homme de trop" dans la littérature russe au 19ème siècle.
Rédigé par: reacauthentique | 18 septembre 2007 at 12:14