Le bien est ce qui est naturellement désirable, hors ce que désire la nature c'est son être et sa perfection.
Croire que le mal pourrait être le contraire du bien serait lui faire trop d'honneur, ce serait lui attribuer un être à part entière ; or le mal n'est justement pas un être. Le mal ne peut se définir en lui-même, il se définit négativement comme une absence de bien ou plutôt une corruption du bien. Le mal se trouve dans les choses à l'état virtuel puisque sa nature consiste précisément en ce qu'un être défaille à l'égard du bien.
Par suite, le docteur évangélique distingue deux types de maux : la peine et la faute ; la peine est une privation de forme ou d'intégrité qui serait contraire à la volonté, comme la cécité par exemple, tandis que la faute est un manquement volontaire " Car on impute à faute ce qui s'écarte de l'action parfaite dont l'agent est le maître par sa volonté ".
Pour comprendre comment un être peut s'écarter volontairement de l'action parfaite, il est nécessaire de méditer cette parole du Christ " Hors de Moi vous ne pouvez rien faire" et nous devons en être convaincu, tout le bien que nous pouvons faire ne vient pas de nous, notre aptitude au bien ne fera jamais de nous des hommes intrinsèquement bons car ce que nous avons en propre, c'est la faiblesse, pas la bonté.
Le fait que l'on puisse désirer volontairement le mal ne fait pas que le mal devient naturellement désirable, c'est plutôt le signe que ce désir prend sa source dans une nature corrompue. Il se peut même qu' à force de dégradation, une âme prenne le mal pour un bien " De même on pourrait ajouter indéfiniment péchés sur péchés, et ainsi affaiblir de plus en plus l'aptitude de l'âme à la grâce; car les péchés sont comme des obstacles interposés entre nous et Dieu " écrit Saint Thomas.
Si cette confusion venait à se répandre à la société tout entière, si l'encouragement de tout ce qui n'est pas naturellement désirable devenait institutionnel et prenait forme de publicités, de slogans, de revendication sociales et prenait appui sur divers lobbies ou autres subventions, alors il serait sans doute permis de parler de décadence et de douter sérieusement de l'avenir d'une telle société.
Mais ne soyons pas trop pessimiste, si le mal nous dégrade, il ne peut détruire complètement cette aptitude au bien qui reste la nôtre, car elle tient à notre nature.
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