L'Evangile selon St Matthieu de Pasolini est un beau film sur Jésus, sans doute le plus beau à mon goût. Il fut tourné en 1964 dans les paysages de l'Italie du sud avec des acteurs non professionnels dont certains étaient sans doute des ragazzi, des mauvais garçons, car il en était friand ; mais qu'importe ! la Renaissance italienne était déjà pleine de ces mauvais sujets qui faisaient poser des gitons pour peindre la Sainte Vierge.
Ce qui frappe d'emblée, c'est le caractère brut de l'image en noir et blanc, sans recherche esthétique apparente tout en s'inscrivant dans un total respect du texte de St Matthieu. Ce serait presque académique s'il n'y avait ce rythme effréné dans lequel le jeune acteur qui incarne le Christ entraîne ses disciples et le spectateur, et cette alternance de plans d'ensemble et de plans rapprochés qui crée une impression de discontinuité tout au long du film. Le Christ vu par Pasolini est un marathonien, il marche sans cesse, interpelle, harangue et ne ménage personne. Sa parole est mise en valeur, c'est une solution active qui agit sur son milieu et c'est sans doute ce caractère révolutionnaire qui a séduit le cinéaste : "je ne suis pas venu vous apporter la paix, mais le glaive" est la phrase clé pour comprendre son film ; lors du sermon sur la montagne, Jésus est filmé en plan rapproché sans aucun contre-champs si bien que l'on ne voit jamais la foule à laquelle il s'adresse, ses mots sont véhéments et exigeants, ils s'enchaînent en rafales, c'est un chef qui parle. Combien est étroite la porte qui mène à Dieu et large le sentier de perdition est une chose dont on ne peut plus douter...
La bande son n'est pas pour rien dans l'émotion que suscite le film, elle alterne Bach, Mozart, des chants russes et congolais, car le message du Christ appartient à tout le monde. Ironie de l'histoire, Pasolini avait été exclu du Parti Communiste Italien en 1950, et son film lui valut le Grand Prix de l'Office catholique international du cinéma.
La Passion de mel Gibson ne tient vraiment pas la comparaison. Cela commence par une scène de bagarre dans le jardin des oliviers où les disciples du Christ tentent d'empêcher son arrestation, avec arrachage et recollage d'oreille. Des apparitions diaboliques outrées et ridicules hantent le film, comme tout droit venues d'une série B horrifique, à quoi il faut ajouter les innombrables et interminables ralentis qui plombent le chemin de croix jusqu'au Golgotha. De la parole divine de Jésus, il ne reste rien ou presque, seul nous est offert son corps supplicié et trop humain. Et pourtant, Mel Gibson avait pour lui le plus beau Christ de l'histoire du cinéma, noble et racé, et surtout, il avait la foi. Il y a d'ailleurs, ça et là, quelques moments de grâce.
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