Il reste à la France quelques débris d'empire qu'elle n'a pas encore totalement fini de liquider, même si on parle enfin d'autonomie et de référendum en faveur de populations qui n'ont jamais été françaises que par suite de politiques économiques dévoyées. L'économie politique a vocation à expliquer le fonctionnement des échanges, pas à les orienter, auquel cas elle se transforme en idéologie. C'est exactement ce qui s'est passé en ce qui concerne la genèse historique des colonies.
Les première colonies françaises sont l'aboutissement d'une orientation mercantiliste de l'économie qui se développa au XVIIe siècle et dont Colbert est devenu le symbole. Le système mercantiliste repose sur la conviction que la puissance d'un gouvernement dépend de la quantité de métaux précieux en circulation à l'intérieur du pays, c'est pourquoi il s'agit de multiplier les réglementations et les taxes en vue d'empêcher les sorties de monnaie, et donc les importations, ce que l'on appelle aussi aujourd'hui le protectionnisme.
Dans la même optique, pour éviter les achats à l'étranger de produits de luxe, le premier d'entre eux étant le sucre coûteux en or et argent, les gouvernants français du XVIIe siècle octroyèrent des chartes et des privilèges fiscaux à des compagnies privées, comme la Compagnie des Iles d'Amérique, à charge pour elles de développer dans les colonies les plantations de sucre. C'est ainsi que sont nées ces colonies dont le corollaire au développement a été la fameuse traite négrière, aberration économique et morale, puisqu'elle réintroduisait une pratique de l'antiquité païenne au mépris du christianisme et de ses devoirs.
Ces gens là sont français depuis quatre siècles ! nous disent les nostalgiques, oubliant au passage que leur citoyenneté n'a été reconnue qu'en 1946, lors de la proclamation de la Quatrième République. Non, ils étaient esclaves, et puis sujets de l'Empire, c'est tout.
Plus tard, à la fin du XIXe siècle, d'autres errements idéologiques entraînèrent d'autres extensions impériales, c'était le temps des colonies républicaines, cette fois-ci :
« Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C'est par l'expansion, par le rayonnement dans la vie du dehors, par la place qu'on prend dans la vie générale de l'humanité que les nations persistent et qu'elles durent ; si cette vie s'arrêtait, c'en serait fait de la France ». Léon Gambetta en 1872
« Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures » Jules Ferry le 28 juillet 1885.
Loin de faire la fortune de la France, ces colonies furent un boulet économique (Empire colonial et capitalisme français : Histoire d'un divorce de J. Marseille). Mais créees plus tardivement, l'Etat français s'en est aussi détaché plus tôt. Pour les mêmes raisons économiques, mais également parce que l'identité française des colonies antillaises relève de l'imposture historique, il serait grand temps d'agir de même avec elles.
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