On conçoit spontanément le pouvoir comme une émanation de la nation alors que c'est l'inverse, le pouvoir est antérieur à la nation et celle-ci n'a pris naissance que tardivement, et pour cela il aura fallu passer par trois étapes essentielles : la centralisation monarchique, la Révolution, et le travail des historiens du XIXe siècle. C'est ainsi que la nation est devenue un ensemble social régi par une même autorité politique.
Habituellement l'addition des individus ne produit qu'une somme arithmétique et non pas un être d'une espèce différente, toutefois, grâce à la longévité du pouvoir monarchique, le patriotisme a pris naturellement au fil des siècle la forme de l'attachement à une personne. A la Révolution, le roi disparu mais l'appareil d'Etat subsistant, la force qui devait le mouvoir ne pouvait être imaginée que comme une volonté, celle d'une personne abstraite substituée au monarque : la nation. C'est ainsi que la marque des siècles et la pente naturelle des sentiments fit prendre à la nation française le caractère et l'aspect d'une personne.
Ce sont les historiens du XIXè siècle qui ont tissé ensuite le roman national ayant compris que l'histoire n'est attachante que si elle est l'histoire de quelqu'un, et comme les personnages concrets meurent en laissant de grandes discontinuités, l'histoire de France est devenue la biographie de la personne nation, qui à l'instar des héroïnes de mélodrame, suscite à l'heure dite le champion nécessaire. C'est ainsi que l'art des historiens du XIXè siècle transforma un conquérant rapace comme Clovis en serviteur du vivre ensemble de la nation française.
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