Il y a un temps pour tout, et chaque chose sous le ciel a son heure :
Temps de naître et temps de mourir,
Temps de tuer, temps de guérir,
Temps de planter, temps de détruire,
Temps de bâtir, temps d'arracher,
Temps de gémir, temps de danser,
Temps de pleurer et temps de rire.
Temps d'assembler les blocs, temps de les disperser,
Temps d'aimer les baisers et temps de les maudire,
Temps de poursuivre un rêve ou de se l'interdire,
Temps d'aimer un objet, temps de le repousser.
Temps où l'on coud, où l'on déchire,
Temps où l'on parle, où l'on se tait,
Temps où l'on hait, où l'on soupire,
Temps de guerre et temps de paix.
Que reste-t-il donc à l'homme, des peines qu'il a prises ? J'ai vu toutes les occupations que Dieu a données aux fils d'Adam pour qu'ils s'y abrutissent. Il a fait toute chose bonne à son heure ; le monde, il le déroule devant les hommes, mais de façon que, d'un bout à l'autre, ils ne puissent rien comprendre à ses desseins.
Donc, conclus-je alors, il n' y a qu'une seule chose bonne pour l'homme, c'est de se réjouir et de goûter le bonheur pendant qu'il vit. Oui, quand un homme mange, boit, jouit du bien-être acquis par son travail, cela est un don de Dieu. Je vis clairement que tout ce que Dieu a fait restera éternellement tel qu' il l'a fait. Rien n'y peut être ajouté ; on n'en saurait rien retrancher. Tout cela, Dieu l'a fait pour qu'on le craigne. Le passé a existé dans un passé antérieur ; l'avenir a déjà été ; Dieu recherche, pour le faire être encore, ce qui semblait avoir fui pour jamais.
Traduction : Ernest Renan (1823-1892).
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