Les origines du pouvoir plongent leurs racines dans des profondeurs où la magie tient une grande part ; les hommes des sociétés primitives, peu enclins au rationalisme, étaient portés à voir derrière toute manifestation concrète une cause invisible, une puissance occulte. Dans ces sociétés, celui qui connaissait la volonté des puissances occultes, celui qui savait quand et à quelles conditions elles seraient favorables au groupe pouvait s'assurer un prestige et une domination, il avait du pouvoir. Depuis ces temps obscurs, quiconque représente le pouvoir hérite par suite d'un certain prestige magique, c'est dans cette logique que l'on a prêté aux rois le pouvoir de guérir les écrouelles ou d'apaiser l'épilepsie.
Le principe du pouvoir magique est la crainte, son rôle social est la fixation des coutumes, aussi est-il puissamment conservateur, c'est une force de cohésion du groupe et de conservation des acquis sociaux, celui qui l'ignore prend le risque d'attirer sur lui la colère des puissances invisibles ; au contraire, celui qui s'y soumet gagne paix et sécurité.
On aurait tort de croire que les choses ont fondamentalement changé au prétexte que les monarchies sont tombées et que le pouvoir s'est dépersonnalisé, quand bien même les individus en charge de gouverner n'ont plus aucun attribut sacré, les hommes transposent à l'Etat impersonnel quelque vestige de leurs révérences ancestrales ; c'est la raison pour laquelle toute velléité de porter atteinte à des acquis sociaux, de modifier un tant soit peu les services publics ou de réformer la sécurité sociale se heurte immédiatement à des réactions d'hystérie collective proches de la transe. Pour s'en convaincre, il faut avoir assisté à un mouvement social où les slogans cégétistes se mêlent au rythme lancinant et abrutissant des tams-tams : c'est la vox populi qui défend ce qui lui apparaît comme sacré.
Le dernier ségolènisme en date :
" Ce désir de France que nous gardons au cœur n'est pas condamné à dépérir : il constitue un atout pour les combats d'aujourd'hui. Et cette « passion de l'égalité », constitutive de notre identité, reste de nos jours le meilleur guide pour l'action. Quand on demande aux Français ce qui, pour eux, symbolise le mieux la France, ce qui vient en premier, ce ne sont ni les frontières ni la langue, c'est le drapeau tricolore et la Sécurité sociale. L'emblème de la République et les outils de la solidarité : voilà ce qui cimente en premier l'appartenance commune. "
J'ai beau avoir grandi dans le milieu politique parisien, avoir fréquenté de plus ou moins près des animaux politiques qui ont eu des maroquins à plusieurs moments de leur carrière, je me demande encore aujourd'hui comment on peut arriver à dire de telles sottises sans en rire.
Dans le fond, celui qui a le mieux résumé le grand barnum politique des 30/40 dernières années, c'est Chirac avec son fameux : " plus c'est gros, plus ça passe ".
Rédigé par: Koltchak91120 | 03 novembre 2009 à 00:11
Bonjour,
C'est grâce à l'ami Koltchak que je vous découvre.
Je ne me plais pas à lire continuellement ce que je pense. C'est cependant le cas ici mais avec de nombreux éclairages nouveaux et un ton simple, incisif, sans le cabottinage habituel de la réacosphère et consorts.
J'aime.
Merci.
Amon.
Rédigé par: Amon | 03 novembre 2009 à 17:33
Merci à vous !
Rédigé par: reacauthentique | 03 novembre 2009 à 18:51