Le Réactionnaire Authentique

Etre réactionnaire, c'est comprendre que l'homme est un problème sans solution humaine.

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L'Ecclésiaste traduit par Renan

 

Il y a un temps pour tout, et chaque chose sous le ciel a son heure :

Temps de naître et temps de mourir,
Temps de tuer, temps de guérir,
Temps de planter, temps de détruire,
Temps de bâtir, temps d'arracher,
Temps de gémir, temps de danser,
Temps de pleurer et temps de rire.

Temps d'assembler les blocs, temps de les disperser,
Temps d'aimer les baisers et temps de les maudire,
Temps de poursuivre un rêve ou de se l'interdire,
Temps d'aimer un objet, temps de le repousser.

Temps où l'on coud, où l'on déchire,
Temps où l'on parle, où l'on se tait,
Temps où l'on hait, où l'on soupire,
Temps de guerre et temps de paix.

Que reste-t-il donc à l'homme, des peines qu'il a prises ? J'ai vu toutes les occupations que Dieu a données aux fils d'Adam pour qu'ils s'y abrutissent. Il a fait toute chose bonne à son heure ; le monde, il le déroule devant les hommes, mais de façon que, d'un bout à l'autre, ils ne puissent rien comprendre à ses desseins.

Donc, conclus-je alors, il n' y a qu'une seule chose bonne pour l'homme, c'est de se réjouir et de goûter le bonheur pendant qu'il vit. Oui, quand un homme mange, boit, jouit du bien-être acquis par son travail, cela est un don de Dieu. Je vis clairement que tout ce que Dieu a fait restera éternellement tel qu' il l'a fait. Rien n'y peut être ajouté ; on n'en saurait rien retrancher. Tout cela, Dieu l'a fait pour qu'on le craigne. Le passé a existé dans un passé antérieur ; l'avenir a déjà été ; Dieu recherche, pour le faire être encore, ce qui semblait avoir fui pour jamais.

Traduction : Ernest Renan (1823-1892).

 

30 octobre 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

L'universalité du catholicisme à travers la Pentecôte

 

Catholique signifie " universel ", et ce sens est encore la source de bien des malentendus. On imagine parfois qu'il existe une accointance idéologique entre la religion catholique et la tendance à l'uniformisation mondiale. Quand j'écris "on", c'est en réalité pour désigner quelques esprits peu pénétrants ou peu renseignés sur le catholicisme.

La glossolalie, c'est-à-dire l'action de parler plusieurs langues, est au coeur du catholicisme et du christianisme en général. Deux épisodes bibliques fondamentaux expliquent ce phénomène, d'abord celui de la tour de Babel dans la Genèse, qui marque l'échec de la confusion des langues, puis celui de la descente de l'Esprit Saint sous la forme de langues de feu dans les Actes des apôtres :

 " Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu ; elles se partageaient et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer " (Ac 2, 1-4).

La fête de la Pentecôte, cinquante jours après Paques, est célébrée en mémoire de ce don fait aux apôtres de l'Esprit Saint, accompagné de la capacité de parler plusieurs langues pour répandre la bonne nouvelle. L'idée est simple : toute entreprise d'unification du langage et de la culture aboutit à une forme de totalitarisme, la parole doit donc circuler sous des langues, dialectes et patois variés, afin de rejoindre chacun dans sa langue, et non pas de l'assimiler à un modèle unique, aussi parfait soit-il.

Ce principe fut et est encore à la base de toutes les missions catholiques de par le monde, à travers lequelles les missionnaires cherchent à fonder des communautés essentiellement agricoles et indépendantes, et surtout respectueuses des identités. Le contraste avec le colonialisme est marquant, dans la mesure où ce dernier a fonctionné historiquement comme une extension géographique de l'appareil étatique combinée à un dynamisme centralisateur. " Nos ancêtres les Gaulois " récitaient en choeur les colonisés.  Drôle d'idée. Le contraste avec le mondialisme actuel et sa dynamique économique est tout aussi marquant.

L'universalité catholique est bien loin de l'universalisme républicain et du mondialisme marchand.

 

31 juillet 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Le droit et la permission


La question du droit permet de distinguer deux types d'humanité, celle qui se demande ce qu'il est permis de faire et celle qui se demande ce qu'il est honorable de faire.

Dans le premier cas, on se préoccupe surtout du châtiment que l'on pourrait encourir en enfreignant une loi, on veut vérifier que l'on ne risque rien à faire telle ou telle chose, c'est l'inquiétude de l'enfant devant une autorité adulte, ou de l'esclave devant son maître.
Dans le second cas, c'est la préoccupation de bien agir qui soulève la question, on envisage l'action dans un esprit de justice en prenant garde de ne léser personne.

Nous sommes aujourd'hui enclins à comprendre la question du droit à la façon des enfants qui réclament la permission de faire quelque chose, signe d'une société régressive où le caprice civil est érigé en vertu face à un Etat bienveillant et nourricier.
C'est pour cette raison qu'un étudiant a parfaitement le droit de casser son université, un ouvrier son usine, un agriculteur la chaussée de sa commune, un employé SNCF sa voie ferrée et un banlieusard son propre quartier.


18 juillet 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)

Le combat spirituel

 

" Pour conserver notre coeur dans une parfaite tranquillité, il est encore besoin de mépriser certains remords intérieurs, qui semblent venir de Dieu, parce que ce sont des reproches que notre conscience nous fait sur de véritables défauts, mais qui viennent en fait du malin esprit, selon qu'on peut en juger par les suites. Si les remords de conscience servent à nous humilier, s'ils nous rendent plus fervents dans la pratique des bonnes oeuvres, s'ils ne diminuent point la confiance qu'il faut avoir en la miséricorde divine, nous devons les recevoir avec actions de grâce, comme des faveurs du Ciel. Mais s'ils nous causent du trouble, s'ils nous abattent le courage, s'ils nous rendent paresseux, timides, lents à nous acquitter de nos devoirs, nous devons croire que ce sont des suggestions de l'ennemi, et faire les choses à l'ordinaire, sans daigner les écouter. " Lorenzo Scupoli, Combat spirituel.

 

Comprenons ceci : pour la personne de bonne volonté, ce qui est grave dans le péché n'est pas tant la faute en elle-même que l'abattement dans lequel elle se met. Celui qui tombe, mais qui se relève tout de suite n'a pas perdu grand chose. Il a plutôt gagné : en humilité, en expérience de la miséricorde. Celui qui reste triste et abattu perd bien davantage. Le signe du progrès spirituel n'est pas tant de ne plus tomber que d'être capable de se relever rapidement de ses chutes.

Jacques Philippe, Recherche la Paix et poursuis-la.

 

05 juillet 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

L'éducation selon Aristote

 

Les hommes, à ce qu'on prétend, deviennent et sont vertueux, tantôt par nature, tantôt par habitude, tantôt enfin par éducation. Quant à la disposition naturelle, elle ne dépend pas de nous évidemment ; c'est par une sorte d'influence toute divine qu'elle se rencontre dans certains hommes qui ont vraiment, on peut dire, une chance heureuse. D'un autre côté, la raison et l'éducation n'ont pas prise sur tous les caractères ; et il faut qu'on ait préparé de longue main l'âme de l'élève, pour qu'il sache bien placer ses plaisirs et ses haines, comme on prépare la terre qui doit nourrir le germe qu'on lui confie.

L'être qui ne vit que par la passion, ne peut pas écouter la voix de la raison qui le détourne de ce qu'il désire ; il ne peut même pas la comprendre. Comment retenir et dissuader un homme qui est dans cette disposition ? La passion en général n'obéit pas à la raison ; elle ne cède qu'à la force.

Ainsi, la première condition, c'est que le coeur soit naturellement porté à la vertu, aimant le beau et détestant le laid. Mais il est bien difficile qu'on soit dirigé convenablement dès son enfance vers la vertu, si l'on n'a pas le bonheur d'être élevé sous de bonnes lois. Une vie tempérante et rude n'est rien moins qu'agréable à la plupart des hommes, ni surtout à la jeunesse. Aussi, est-ce par la loi qu'il faut régler l'éducation des enfants et leurs travaux ; car ces prescriptions ne seront plus pénibles pour eux, quand elles seront devenues des habitudes.

Il ne suffit même pas que les hommes dans leur jeunesse reçoivent une bonne éducation et une culture convenable ; mais comme il faut, quand ils seront arrivés à l'âge viril, qu'ils continuent cette vie et qu'ils s'en fassent une habitude constante, nous aurons besoin de nouveau, pour atteindre ce résultat, du secours des lois. En un mot, il faut que la loi suive l'homme durant son existence entière ; car la plupart des hommes obéissent bien plutôt à la nécessité qu'à la raison, et aux châtiments plutôt qu'à l'honneur.

Aristote, "Du plaisir et du vrai bonheur" ; Ethique à Nicomaque.  

21 juin 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Du mal : ce qu'en pense le docteur évangélique

 

Le bien est ce qui est naturellement désirable, hors ce que désire la nature c'est son être et sa perfection.

Croire que le mal pourrait être le contraire du bien serait lui faire trop d'honneur, ce serait lui attribuer un être à part entière ; or le mal n'est justement pas un être. Le mal ne peut se définir en lui-même, il se définit négativement comme une absence de bien ou plutôt une corruption du bien. Le mal se trouve dans les choses à l'état virtuel puisque sa nature consiste précisément en ce qu'un être défaille à l'égard du bien.

Par suite, le docteur évangélique distingue deux types de maux : la peine et la faute ; la peine est une privation de forme ou d'intégrité qui serait contraire à la volonté, comme la cécité par exemple, tandis que la faute est un manquement volontaire " Car on impute à faute ce qui s'écarte de l'action parfaite dont l'agent est le maître par sa volonté ".

Pour comprendre comment un être peut s'écarter volontairement de l'action parfaite, il est nécessaire de méditer cette parole du Christ " Hors de Moi vous ne pouvez rien faire" et nous devons en être convaincu, tout le bien que nous pouvons faire ne vient pas de nous, notre aptitude au bien ne fera jamais de nous des hommes intrinsèquement bons car ce que nous avons en propre, c'est la faiblesse, pas la bonté.

Le fait que l'on puisse désirer volontairement le mal ne fait pas que le mal devient naturellement désirable, c'est plutôt le signe que ce désir prend sa source dans une nature corrompue. Il se peut même qu' à force de dégradation, une âme prenne le mal pour un bien " De même on pourrait ajouter indéfiniment péchés sur péchés, et ainsi affaiblir de plus en plus l'aptitude de l'âme à la grâce; car les péchés sont comme des obstacles interposés entre nous et Dieu " écrit Saint Thomas.

Si cette confusion venait à se répandre à la société tout entière, si l'encouragement de tout ce qui n'est pas naturellement désirable devenait institutionnel et prenait forme de publicités, de slogans, de revendication sociales et prenait appui sur divers lobbies ou autres subventions, alors il serait sans doute permis de parler de décadence et de douter sérieusement de l'avenir d'une telle société.

Mais ne soyons pas trop pessimiste, si le mal nous dégrade, il ne peut détruire complètement cette aptitude au bien qui reste la nôtre, car elle tient à notre nature.

 

 

22 mars 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Le préservatif en Afrique


Message d'un archevêque africain aux occidentaux : " Vous démissionnez de votre volonté, de l'engagement, de l'effort...je ne sais pas vers où vous allez "

 


Réactions des évêques africains
envoyé par KTOTV

21 mars 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

Du droit naturel aux droits de l'homme

 

Le droit naturel trouve sa source dans la connaissance de ce qui est essentiellement juste, c'est donc un droit interprétatif qui fait l'objet d'une démarche intellectuelle guidée par la faculté de raisonner, un droit qu'il faut traduire en lois mais qui préexiste aux lois. 

De la même manière c'est dans la nature qu'il trouve ses limites, conscient du caractère extrêmement diversifié de la nature humaine, il ne peut se traduire en tous lieux dans les mêmes termes de loi. Si le droit naturel peut être connu universellement par la faculté rationnelle des hommes, il ne se traduit pas dans des lois positives universelles. C'est pourquoi, si l'on devait établir des droits naturels valables pour l'ensemble de l'humanité, ils seraient nécessairement réduits à quelques points fondamentaux comme le droit à la vie, à la propriété et à la sécurité. Guère plus.

Le changement de détermination qui caractérise le passage aux droits de l'homme n'est pas insignifiant et encore moins innocent ; avec les droits de l'homme, il ne s'agit plus de rechercher ce qui est juste en soi, mais de satisfaire l'épanouissement sans frein de l'homme entendu comme une conscience capricieuse à qui il faut tout accorder. Le bon plaisir de l'homme sacralisé se décline en une spirale inflationniste de droits en tous genres et pour tous les genres, avec une totale subjectivité, mais aussi avec la folle prétention de se traduire dans des lois à caractère universel.  

Les droits de l'homme sont une religion de la quantité, sans autre centre de gravité que celui de la masse, et dont le credo pourrait se formuler ainsi : plus il y a d'hommes, plus il y a de droits de l'homme.

 

 

15 mars 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Opium du peuple


La religion, opium du peuple ? foutaise marxiste ! L'opium comme toutes les drogues a pour effet d'isoler celui qui en est dépendant, de le replier sur lui-même en réduisant sa vie sociale au strict nécessaire. La religion, à tout le moins la mienne, a pour effet d'ouvrir celui qui s'y adonne aux vertus théologales que sont l' Espérance, la Foi et la Charité, autant de vertus sociales à l'inverse de l'opium qui est antisocial.

Ce ne sont pas les opiums de substitution qui manquent, et en ce qui concerne l'opium du peuple, inutile de le chercher très loin : télévision, internet, baladeurs en tous genres...les aliénés ne sont pas ceux que l'on croit.

 

 

08 mars 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Jesus et le dieu des philosophes

 

Le dix-huitième siècle, qui se voulait une siècle d'intellectuels, a inventé le déisme, cette religion sans dogme, sans révélation, sans âme, où Dieu devient un Être suprême, une espèce de grand architecte à l'origine du monde. Un tel dieu est un principe philosophique, c'est pourquoi il est si éloigné du christianisme. Et c'est pourquoi ce n'est même pas une religion.

Le christianisme est la religion du Dieu incarné ; devenir chrétien, c'est faire une rencontre avec le Christ - celui qui dit dans les Evangiles " Suis-moi " -  et répondre à son appel, sachant qu'il nous suivra dans nos joies et nos peines autant que nous le suivrons dans la vérité. Jusqu'à la fin de notre vie terrestre.

 

07 mars 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Peuple de vieux


" Ne vous mettez donc pas en souci en disant : Que mangerons-nous ? ou : Que boirons-nous ? ou : De quoi nous vêtirons-nous ? - tout cela en effet les païens le recherchent - car votre Père sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné en plus. Ne vous mettez pas en souci pour demain, car demain aura souci de lui ; à chaque jour suffit sa peine " (Mt 6, 25-32) 

Cette parole évangélique étonne et choque, elle ne peut que troubler les petits gestionnaires que nous sommes, peuple de tristes vieux, planificateurs d'épargne de retraite et adorateurs de caisse de prévoyance ; et tout cela sans une once d'avenir.  

 

07 mars 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Science sans conscience

 

" Science sans conscience n'est que ruine de l'âme " écrit Gargantua dans la lettre de recommandations qu'il adresse à son fils Pantagruel, parti étudier dans les plus prestigieuses universités. Que de dissertations cette citation n'a-t-elle pas inspirées ! Le propos s'oriente habituellement vers les dangers de la tentation faustienne en matière scientifique avec des images de savant fou et des manipulations génétiques cauchemardesques.

Mais est-ce vraiment ce que Rabelais a voulu écrire ? D'abord le mot "science" issu du latin "scientia" désigne simplement le savoir, la connaissance ; ensuite il faut remettre la citation dans son contexte pour mieux la comprendre :

" Mais, parce que selon le sage Salomon sagesse n'entre point en âme malveillante et science sans conscience n'est que ruine de l'âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et, par foi formée de charité, être à lui adjoint en sorte que jamais n'en sois séparé par péché "  Pantagruel.

Ce que veut faire comprendre Rabelais à travers les paroles de son personnage, c'est que le savoir n'est pas bon en lui-même, et que l'accès au savoir ne peut être bénéfique qu'à la condition d'être subordonné à la morale. Notre époque qui présente l'instruction obligatoire comme un héritage de la pensée humaniste n' a finalement retenu qu'une partie du message humaniste, celle qui l'arrangeait.

 

25 février 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La subversion par le Christ

 

" Quand un homme est proche de Dieu, aime et désire servir le Seigneur, la stratégie habituelle du démon est de lui faire perdre la paix de son coeur, tandis que Dieu au contraire vient à son aide pour la lui rendre. Mais cette loi est renversée pour une personne dont le coeur est loin de Dieu, qui vit dans l'indifférence et le mal : le démon cherche à la tranquilliser, à la maintenir dans une fausse quiétude, tandis que le Seigneur qui désire son salut et sa conversion troublera et inquiétera sa conscience pour essayer de le porter au repentir "

Jacques Philippe, Recherche la paix et poursuis-la  ; Editions des Béatitudes.

 

N'est-ce pas aussi le rôle du chrétien que de troubler et d'inquiéter les consciences avachies, enserrées dans des normes  comportementales communément admises et pourtant nuisibles ? Oui, il existe une subversion chrétienne lorsque le chrétien trouve la force d'être un éveilleur d'âmes, pour lui-même et pour ses frères.  

 

 

 

01 février 2009 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Droit naturel et Loi naturelle


Petite mise au point sur ces deux notions, j'en suis quitte pour me plonger dans une vieille édition d'un commentaire de la Somme théologique. Pour citer toutes mes sources, je vais aussi puiser du côté d'Aristote dans Les Politiques et surtout dans Ethique à Nicomaque, classique parmi les classiques et torture pour les méninges.


La primauté va naturellement au droit, au droit naturel, justement. Aristote et Saint Thomas s'accordent complètement sur ce point, la notion de droit est UNE ; elle est synonyme de mesure. Le droit est la règle ou mesure qui permet de départager deux ou plusieurs personnes. Ce partage une fois opéré, il devient alors possible de fixer exactement ce qui revient en justice à chacune, ce qui est à proprement parler "le sien". Le mot droit signifie toujours ce qui est juste, la "discrimination de ce qui est juste".

 Le droit naturel n'est pas là pour apporter une illusoire sécurité matérielle aux hommes, mais pour leur donner foi et confiance en leurs actions quand celles-ci sont justes. Il est important de comprendre qu'ici le droit existe en lui-même, il n'est jamais créé ni bricolé, c'est en cela qu'il est naturel. Il ne s'invente pas, il se trouve. Et par quel moyen ? C'est là que la Loi naturelle peut intervenir...

Rappelons d'abord ce qu'est pour saint Thomas la loi naturelle.

" La créature raisonnable est soumise à la divine providence d'une manière plus excellente par le fait qu'elle participe elle-même à cette providence [...] En cette créature, il y a donc une participation à la loi éternelle selon laquelle elle possède une inclination naturelle au mode d'agir et à la fin qui lui conviennent. C'est précisément cette participation à la loi éternelle qui, dans la créature raisonnable, est appelée la loi naturelle".(Som. th t.I)

Ainsi, la loi naturelle n'est rien d'autre pour saint Thomas que l'inclination inscrite par Dieu dans la raison humaine qui permet à l'homme de discerner ce qui est bien et ce qui est mal pour lui. La loi est dite naturelle parce qu'elle est inscrite en l'homme.  C'est une loi de liberté, ou plus exactement encore, de délibération. Suivre les indications de cette loi conduit à rencontrer ce qui est droit pour l'homme : son droit naturel.

La loi thomiste ne se confond donc pas avec le droit. Elle est une inclination vers ce qui est droit, une certaine mesure du droit, mais la loi n'est pas le droit : elle le dit, ce qui est bien différent.

" La loi écrite ne donne pas au droit naturel son autorité et par conséquent ne peut ni la diminuer ni la supprimer, car la volonté de l'homme ne peut pas changer la nature". (Som. Th t.II)


09 octobre 2008 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La parole des Evangiles

 
On oppose souvent le culte religieux à la liberté de pensée ou d'expression. A la lecture des Evangiles, il est pourtant bien difficile de soutenir cette thèse tant les interdits explicitement formulés y sont peu nombreux.
La lecture des Evangiles m'apparaît plutôt comme une libération vis à vis de nous mêmes car nous sommes avant tout les esclaves de nos propres turpitudes, bien que ce soit difficile à admettre. C'est le mal qui nous enferme dans ses murs.

Dans les Evangiles, cette liberté ne passe pas par des prescriptions au détail, mais par une parole libératrice. La gloire des apôtres et la preuve de leur mission est moins d'avoir fait des lois que d'avoir répandu sur la terre l'esprit nouveau des lois nouvelles.

En laissant la parole des Evangiles agir en lui-même et le transformer de l'intérieur, le chrétien se renouvelle en toute liberté. Et de fait, où serait le mérite d'un croyant qui serait contraint de suivre des centaines de rites minutieux adaptés aux divers moments de la journée ? Où serait sa liberté devant le bien et le mal ?

Tout est fait pour relever les hommes dans les Evangiles, et rien n'est plus éloigné de leur esprit que ces prescriptions rituelles qui enferment le croyant dans une espèce de Gosplan divin.

27 septembre 2008 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Laïcité

Laicite_acad La laïcité fait partie des obsessions de la république française, sans doute parce qu'elle s'imagine l'avoir inventée ou en être la propriétaire ; il faut dire qu'elle en a une conception bien singulière.

Si l'on remonte aux origines, l'idée de séparation des pouvoirs religieux et politique est clairement énoncée par le Christ lui-même "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" (Mc 12,17). Quant au mot "laïc" il désigne simplement une personne qui n'occupe pas de fonction ecclésiale, ce qui n'est pas incompatible avec le fait d'être intensément croyant et pratiquant. Il suffit de sortir de France pour trouver de véritables pays laïques, comme les Etats-Unis par exemple où la séparation des pouvoirs garantit la liberté de culte.

En république de France, la séparation de l'Eglise et de l'Etat coïncide historiquement avec l'accapparement des richesses de l'Eglise par l'Etat ; l'acte fondateur de notre laïcité est donc un acte anticléricale et violent, digne des sans-culottes. Il résulte de cette particularité historique une volonté de reléguer la croyance dans le domaine privé, de façon totalement arbitraire ; le croyant est sommé de ne vivre sa foi que dans l'intimité, un peu comme sa sexualité, probablement sous une couette.

Cette séparation entre le public et le privé va à l'encontre de tout bon sens. Comment la foi pourrait-elle s’éclipser après avoir franchi la porte du foyer ? Comment imaginer que la foi ne trouverait pas son prolongement naturel dans des comportements quotidiens ? Il suffirait de demander si l’acte peut se séparer de l’intelligence et du sentiment, et si toute opération de l’intelligence, toute inspiration du sentiment, n’a pas pour conséquence prochaine ou éloignée un acte, une manifestation.

Mais la république de France a choisi de reléguer Dieu au domaine subjectif tandis qu'elle asseyait son autorité sur des concepts abstraits, pour ne pas dire relativistes. Personne n'est obligé de la prendre au sérieux. C'est la foi qui est une et indivisible et non la république.

13 septembre 2008 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (22) | TrackBack (0)

Antonio Rosmini : un catholique libéral

L'abbé Antonio Rosmini (1797-1855) fut le défenseur d'un libéralisme catholique, débarrassé de toute référence aux Lumières. Son oeuvre fut mise à l'index en 1854 par un décret du Saint-Office. Une note de la Congrégation pour la doctrine de la foi signée du cardinal Ratzinger a levé l'interdiction en 2001. Il est aujourd'hui béatifié.

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Le perfectisme – c’est-à-dire ce système qui estime que la perfection est possible dans les choses humaines et qui sacrifie les biens présents à la perfection future que l’on envisage – est un effet de l’ignorance. Le perfectisme est un préjugé présomptueux selon lequel on juge trop favorablement la nature de l’homme, en se basant sur une pure hypothèse, sur un postulat inadmissible et avec un manque total de réflexion sur les limites naturelles des choses. Le perfectisme ignore le grand principe de la limitation des choses ; il ne se rend pas compte que la société n’est pas composée d’"anges confirmés dans la grâce", mais plutôt d’"hommes faillibles". Il oublie que tout gouvernement "est composé de personnes qui, étant des hommes, sont toutes faillibles". Le perfectiste ne fait pas usage de sa raison, il en abuse. Les plus intoxiqués par l’idée néfaste du perfectisme sont les utopistes. Promettant le paradis sur terre, ces prophètes du bonheur démesuré, mettent tout en œuvre pour construire de très respectables enfers pour leurs semblables.

Antonio Rosmini, Philosophie de la politique



17 novembre 2007 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Christianisme et ressentiment


Rien ne semble plus injuste que ce jugement nietzschéen sur le christianisme, entendu comme une religion du ressentiment qui exalte ce qui est infirme, médiocre, raté au détriment de ce qui est sain et vigoureux.

Pour se faire une idée exacte, il vaut mieux laisser la place aux textes, toujours plus éloquents :

"Jésus, prenant la parole, leur dit: ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs" Luc 5 31

"Ce ne sont pas les auditeurs de la Loi qui sont justes devant Dieu, mais les observateurs de la Loi qui seront justifiés. En effet, quand des païens privés de la Loi accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi, ces hommes, sans posséder de Loi, se tiennent à eux-mêmes lieu de Loi ; ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur coeur" Epître aux Romains 1 29

La Loi n'est pas un principe de salut, mais un guide ; à ce titre, la loi naturelle, inscrite au coeur de tout homme, peut en tenir lieu.

Non seulement il n'y a aucun ressentiment dans ces paroles, mais il s'agit sans doute de la plus belle reconnaissance d'indépendance faite aux hommes "qui se portent bien".

25 août 2007 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La morale sexuelle

Leda La morale sexuelle a toujours existé, mais ses fondements varient selon les époques. Dans le passé, on pouvait juger un comportement sexuel à l'aune des bonnes moeurs; aujourd'hui on le fait plus volontiers au nom de l'égalité.

Le référent égalitaire donne au comportement sexuel de nouvelles normes, dans un élan à la fois libertaire et répressif.

L'élan répressif apparaît à travers la notion de harcèlement sexuel dont la grande icône de la modernité, j'entends la femme, serait la victime. Il s'agit de combattre par le biais d'un recours à la loi toute forme d'oppression phallocrate.

La prostitution est également passible de poursuites judiciaires, mais ce sont surtout les clients qui sont poursuivis.

L'élan libertaire apparaît à travers la promotion de l'homosexualité qui doit de plus en plus être considérée comme une norme. La menace répressive n'est jamais loin, le concept d'homophobie ayant été conçu afin de remettre dans le droit chemin quiconque aurait la velléité d'établir une hiérarchie dans les types de rapport ou d'union.

La volonté des adultes de prendre en charge l'éducation sexuelle des enfants et la libération de la parole qui s'ensuit est un aspect, probablement le plus troublant, de cette logique égalitaire.

A travers les cours d'éducation sexuelle dispensés à l'école dans le cycle secondaire, on voit le désir de l'adulte d'initier sexuellement l'enfant. Désir incestueux à peine refoulé, mais qui n'a pas conscience de lui-même, les adultes d'aujourd'hui ayant tendance à ne jamais atteindre leur maturité affective et à fantasmer éternellement sur l'adolescence considérée comme un âge d'or de la sexualité.

Par une sorte de schizophrénie, le spectre de la pédophilie ne cesse de hanter la société contemporaine, et l'appareil judiciaire de s'emballer parfois, quitte à sacrifier certains pour racheter la bonne conscience de tous.

Une chose est certaine, le refoulement étant à l'origine du processus d'humanisation, la liberté sexuelle reste un mirage.

07 février 2007 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

L'Eglise face à l'Etat

Mgr_vingttrois Dans un entretien accordé à Valeurs Actuelles en novembre 2006, l’actuel archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois propose sa vision critique de la laïcité et met en perspective les différentes religions aujourd’hui présentes sur le sol français pour s’interroger sur leur statut et leur rôle. Sa première affirmation est un rappel qui résonne comme une évidence:

"Le catholicisme, souligne-t-il, n’est pas la énième religion de France mais la première."

Quand bien même une autre religion deviendrait majoritaire par le nombre de ses pratiquants, le catholicisme reste la première au sens chronologique et historique du terme ce qui signifie que la place du christianisme dans la tradition française n’est pas la même que celle du bouddhisme ou de l’islam:

"Cela ne veut pas dire que les autres religions n’y ont pas leur place, ajoute Mgr Vingt-Trois, mais il faut être raisonnable et comprendre qu’il y a eu, dans l’Histoire, des événements, des influences intellectuelles, une production culturelle qui ont été marqués par le christianisme. La manière de traiter les religions doit tenir compte de leur apport historique et culturel."

Sa deuxième affirmation est une remise en question de la relégation du religieux dans l’espace privé:

"Certains voudraient que les croyances religieuses n’aient pas droit à l’expression publique – en contradiction, je le souligne, avec la Déclaration des droits de l’homme. C’est la forme la plus militante de la laïcité….Il n’est pas admissible, a poursuivi l’archevêque de Paris, de professer des convictions humanistes “à titre privé” et de les contredire quand on a la responsabilité et le pouvoir de les défendre et de les traduire dans la législation."

03 décembre 2006 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)

L'enseignement de la culpabilité

                                                       Le_repenti   

Les esprits éclairés par les idées voltairiennes considèrent que l’éducation est un enjeu primordial dans leur lutte contre « l’obscurantisme ». D’après la pensée officielle, la généralisation d’une instruction publique laïque obligatoire a permis de « libérer » les esprits de la sombre tutelle ecclésiale, porteuse d’une vision archaïque de l’humanité, c’est à dire non conforme aux éclairages philosophiques du siècle de Louis XV rebaptisé pour la circonstance « siècle des lumières ».

Le Progrès et la Foi se disputèrent l’héritage d’un passé national et les enjeux d’un avenir « à inventer », avec une victoire prévisible du premier et une capitulation en rase campagne de la seconde, confirmant ainsi la devise de Nicolas Gomez Davila selon laquelle si le réactionnaire a toujours raison, le progressiste, lui, gagne toujours.

Il fallait en finir avec ce sentiment de culpabilité hérité de la Bible, ce fardeau du péché originel qui prétendait sceller le destin des hommes et fixer pour toujours les lois de la condition humaine.

Lorsque l’enseignement devint laïc et obligatoire, nul ne put échapper à cette entreprise de déchristianisation nationale, fortement teintée de socialisme, qui n‘en fut pas moins toujours présentée comme « neutre », voire « bienveillante ».

On ne détruit que ce que l’on veut remplacer, et très vite le catéchisme traditionnel fut remplacé par une idéologie progressiste toujours vivace au sein de l’éducation nationale qui envisage le sens de l’histoire comme une perpétuelle réparation du passé pour un avenir réconcilié, au-delà de l’histoire.

Il en découle une nouvelle culpabilité savamment inculquée à des générations d’élèves et pouvant se résumer en trois points: esclavage, colonisation, collaboration.

Cette culpabilité est bien pire que celle enseignée par le prêtre, car si le poids du péché originel repose sur l’humanité entière, le poids de tels crimes historiques ne concerne plus que l’humanité d’ascendance européenne, et de surcroît, la faute est irrémissible.

Une imposture aussi colossale continue de faire chaque jour des ravages dans la conscience domestiquée de jeunes écoliers à qui l’on inculque le mépris de soi et qui formeront les bataillons futurs de générations complexées, incapables de trouver en elles la moindre ressource, y compris devant les périls les plus mortels.

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04 novembre 2006 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La chute

La vie du chrétien est marquée par la conscience de sa propre faiblesse contre laquelle il lutte, cette faiblesse qui nous fait trébucher, qui nous rend si mécontents de nous-mêmes et dont nous sommes marqués dès la naissance. La marque indélébile de la faute donne à la vie chrétienne une profondeur tragique, dans ses moments les plus intenses.

A ce sujet laissons la parole au grand romancier et visionnaire Georges Bernanos extraite de son roman Sous le soleil de Satan ; c'est l'abbé Donissan qui s'adresse à Mouchette :

"Oui ! chacun de tes actes est le signe d'un de ceux-là dont tu sors, lâches, avares, luxurieux et menteurs. Je les vois. Dieu m'accorde de les voir. C'est vrai que je t'ai vue en eux et eux en toi. Oh ! que notre place est ici bas dangereuse et petite ! que notre chemin est étroit !"

La vision mystique du prêtre témoigne d'une conscience aiguë du caractère tragique de l'existence, le sens caché de notre histoire personnelle est dévoilé et rapporté à quelques faits principaux, ce que Bernanos appelle les fautes mères, celles que nous portons en nous dès lors que nous venons au monde et qui s'éveilleront à un moment de notre vie, héritage comme gravé dans notre chair, inlassablement transmis et perpétué de génération en génération. Notre histoire d'homme s'inscrit dans le vertige de la filiation et de la chute :

"Chacun des ces ancêtres dérisoires, d'une monotone ignominie, ayant reconnu et flairé en elle son bien, venait le prendre ; elle abandonnait tout. Elle livrait tout et c'était comme si ce troupeau était venu manger dans sa main sa propre vie. "


10 avril 2006 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Charité chrétienne et solidarisme laïc


L’Eglise et l’Etat n’ont pas la même approche des questions sociales, ce qui se traduit par une différence de vocabulaire. La première prêche volontiers la charité chrétienne alors que le second parle de solidarité.


La charité chrétienne est un amour spirituel qui a sa source en Dieu. C'est un élan inépuisable et attentif au caractère singulier de chaque être, chez qui l'on voit non seulement une créature humaine, mais aussi une créature de Dieu. Elle relève d'une volonté morale et du libre-arbitre, c'est-à-dire du choix de chacun.


Le solidarisme laïc est anonyme et aveugle : nous somme tous solidaires ! De quoi ? Impossible de le déterminer clairement, la question ne se pose pas car elle révèlerait un esprit critique très malvenu. Nous sommes tous solidaires un point c’est tout. Le mot est devenu intransitif. On paye sa contribution sociale généralisée, on se tait, et d'ailleurs, on n'a pas le choix.



12 mars 2006 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Intérêt et amour-propre

Le dix-huitième siècle a vu l’émergence d’une anthropologie en rupture avec l’ancienne conception de l’homme, marquée par l'influence de la Bible; c’est l’homme rationnel gouverné par le seul et unique intérêt, dont nous sommes encore à bien des égards tributaires aujourd’hui. Pourtant, on ne laisse pas de s’étonner qu’une créature aussi rationnelle, aussi attentive à son intérêt privé, persiste à courir à sa perte avec autant d’entêtement ou de rage. La raison en est simple, et c’est le grand moraliste français La Rochefoucauld qui nous la donne : ce n’est pas l’intérêt qui gouverne les hommes, mais leur amour-propre. Laissons-lui la parole:

L’amour-propre est l’amour de soi-même et de toutes choses pour soi ; il rend les hommes idolâtres d’eux-mêmes, et les rendrait les tyrans des autres, si la fortune leur en donnait les moyens (…) Rien n’est si impétueux que ses désirs ; rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites : ses souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. Il est dans tous les états de la vie et dans toutes les conditions ; il vit partout et il vit de tout, il vit de rien ; il s’accommode des choses et de leur privation ; il passe même dans le parti des gens qui lui font la guerre, il entre dans leurs desseins,et ce qui est admirable, il se hait lui-même avec eux, il conjure sa perte, il travaille même à sa ruine ; enfin il ne se soucie que d’être, et pourvu qu’il soit, il veut bien être son ennemi. Il ne faut donc pas s’étonner s’il se joint quelquefois à la plus rude austérité, et s’il entre si hardiment en société avec elle pour se détruire, parce que, dans le même temps qu’il se ruine en un endroit, il se rétablit en un autre ; quand on pense qu’il quitte son plaisir, il ne fait que le suspendre ou le changer, et lors même qu’il est vaincu et qu’on croit en être défait, on le retrouve qui triomphe dans sa propre défaite…

La Rochefoucauld; Les Maximes


L’amour-propre de La Rochefoucauld est un maître en métamorphoses, il est toujours embusqué dans l’âme humaine, en toutes circonstances; la souplesse de sa nature le rapproche du serpent corrupteur de la Bible.

Ce puissant ressort de l’action humaine échappe à une conception rationaliste d'un homme purement calculateur, dont la faiblesse ne permet pas de rendre compte de comportements aussi contradictoires qu'imprévisibles; en revanche, elle renoue avec  l'anthropologie chrétienne où la créature est marquée par le sceau du péché originel.

09 février 2006 dans De la vertu | Lien permanent | Commentaires (0)

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