21 novembre 2009 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
L'Evangile selon St Matthieu de Pasolini est un beau film sur Jésus, sans doute le plus beau à mon goût. Il fut tourné en 1964 dans les paysages de l'Italie du sud avec des acteurs non professionnels dont certains étaient sans doute des ragazzi, des mauvais garçons, car il en était friand ; mais qu'importe ! la Renaissance italienne était déjà pleine de ces mauvais sujets qui faisaient poser des gitons pour peindre la Sainte Vierge.
Ce qui frappe d'emblée, c'est le caractère brut de l'image en noir et blanc, sans recherche esthétique apparente tout en s'inscrivant dans un total respect du texte de St Matthieu. Ce serait presque académique s'il n'y avait ce rythme effréné dans lequel le jeune acteur qui incarne le Christ entraîne ses disciples et le spectateur, et cette alternance de plans d'ensemble et de plans rapprochés qui crée une impression de discontinuité tout au long du film. Le Christ vu par Pasolini est un marathonien, il marche sans cesse, interpelle, harangue et ne ménage personne. Sa parole est mise en valeur, c'est une solution active qui agit sur son milieu et c'est sans doute ce caractère révolutionnaire qui a séduit le cinéaste : "je ne suis pas venu vous apporter la paix, mais le glaive" est la phrase clé pour comprendre son film ; lors du sermon sur la montagne, Jésus est filmé en plan rapproché sans aucun contre-champs si bien que l'on ne voit jamais la foule à laquelle il s'adresse, ses mots sont véhéments et exigeants, ils s'enchaînent en rafales, c'est un chef qui parle. Combien est étroite la porte qui mène à Dieu et large le sentier de perdition est une chose dont on ne peut plus douter...
La bande son n'est pas pour rien dans l'émotion que suscite le film, elle alterne Bach, Mozart, des chants russes et congolais, car le message du Christ appartient à tout le monde. Ironie de l'histoire, Pasolini avait été exclu du Parti Communiste Italien en 1950, et son film lui valut le Grand Prix de l'Office catholique international du cinéma.
La Passion de mel Gibson ne tient vraiment pas la comparaison. Cela commence par une scène de bagarre dans le jardin des oliviers où les disciples du Christ tentent d'empêcher son arrestation, avec arrachage et recollage d'oreille. Des apparitions diaboliques outrées et ridicules hantent le film, comme tout droit venues d'une série B horrifique, à quoi il faut ajouter les innombrables et interminables ralentis qui plombent le chemin de croix jusqu'au Golgotha. De la parole divine de Jésus, il ne reste rien ou presque, seul nous est offert son corps supplicié et trop humain. Et pourtant, Mel Gibson avait pour lui le plus beau Christ de l'histoire du cinéma, noble et racé, et surtout, il avait la foi. Il y a d'ailleurs, ça et là, quelques moments de grâce.
08 mars 2009 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
28 décembre 2008 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
S’il est une opinion solidement ancrée dans les esprits modernes, c’est bien celle de la relativité du beau. Dans un jugement de goût, l’existence de l’objet importerait peu, aucun objet ne serait beau en soi, la beauté serait subjective et se trouverait dans l’œil de celui qui voit.
Puisque cette opinion est communément partagée, elle est extrêmement suspecte.
Dans quelle mesure la beauté d’un objet est-elle démontrable ? Jusqu’à quel point peut-on apparenter un jugement esthétique à un jugement logique ?
La qualité du jugement esthétique dépend d’une sensibilité native, inégalement répartie, et d’un goût qu’il faut éduquer, car les sens peuvent être le siège de plaisirs vulgaires autant que raffinés ; cette éducation esthétique passe nécessairement par l’école de la Grèce antique où artistes et géomètres commencèrent à rationaliser le beau à l’instar de Pythagore et d’Euclide.
C’est ainsi qu’en Occident, la sensibilité a toujours été dirigée par la science et la réflexion et que l’appréciation du beau fut longtemps liée à ces contraintes délicates grâce auxquelles l’imagination a appris à ennoblir les sensations.
Là où ces notions manquent, le beau perd de sa valeur universelle pour redevenir cette opinion purement subjective qui permet de s’esbaudir de la même façon devant une grande toile de la renaissance et trois poils de cul d’éléphant torsadés.
13 novembre 2008 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (0)
Qu'y voit-on ? Trois visages : à gauche le Père, au centre le Fils et à droite le Saint Esprit. Ces visages sont identiques ce qui indique qu'ils sont de même nature et que seul leur rôle permet de les différencier, respectivement celui du créateur, du sauveur et du sanctificateur.
Au-delà de leur aspect, le lien qui unit les trois figures passe par un échange de regard qui permet de mieux saisir ce qui est au coeur du message évangélique : l'amour. Cet amour est nécessairement tourné vers l'extérieur car on aime quelqu'un ou quelque chose ; c'est le sens même de la création.
Un dieu monolithique et centré sur lui-même n'aurait tout simplement jamais été un dieu créateur. Jamais il n'aurait pu être un Père.
27 août 2008 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
A l'heure où tout le monde est plus ou moins artiste, où les pourvoyeurs de spectacle sont subventionnés pour distraire les touristes en leur offrant des prestations plus affligeantes que provocantes, il est assez curieux de relire ce qu'écrivait Fénelon au sujet de la place des artistes dans la société.
C'est Mentor , le précepteur de Télémaque qui parle, derrière lequel se cache la déesse Athéna, mais en fin de compte, très probablement, l'auteur lui-même.
La peinture et la scultpure parurent à Mentor des arts qu'il n'est pas permis d'abandonner. Mais il voulut qu'on souffrît dans Salente peu d'hommes attachés à ces arts. Il établit une école où présidaient des maîtres d'un goût exquis, qui examinaient les jeunes élèves. "Il ne faut, disait-il, rien de bas et de faible dans ces arts qui ne sont pas absolument nécessaires. Par conséquent, on n'y doit admettre que de jeunes gens d'un génie qui promette beaucoup, et qui tendent à la perfection".
Fénelon; Les Aventures de Télémaque
28 août 2007 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tous les présidents de la Ve République française ont souhaité laisser une trace de leur passage à la tête du pays -qu’il s’agisse de François Mitterrand avec le Grand Louvre et la Biblitothèque nationale, de Georges Pompidou avec le musée d’art moderne qui porte aujourd’hui son nom, ou bien encore de Valéry Giscard d’Estaing qui créa le musée d’Orsay. Le président Chirac a souhaité apporter à son tour sa contribution à la culture, ce qui nous vaut l’inauguration du musée dit "des arts premiers", quai Branly.
Il n’est pas difficile de démontrer qu’il s’agit d’une escroquerie intégrale, et ce pour plusieurs raisons :
D’abord l’appellation arts premiers est trompeuse, il faudrait plutôt dire "musée des arts et des civilisations non-européennes" car on serait bien en peine d’y trouver une quelconque trace d’art celte ou viking, par exemple.
Ensuite, le mot même d’art pose problème dans la mesure où les objets qui sont exposés, souvent sacrés, n’avaient pas de vocation esthétique au temps où ils ont été conçus, mais se rapportent aux rituels et traditions immuables de cultures aujourd’hui disparues. Certes, tout est fait pour que ces objets procurent une émotion esthétique à l’observateur: pour chaque pièce présentée, 100 000 euros auront été dépensés, auxquels il convient d'ajouter 12 500 euros de fonctionnement annuel. Tout l’art est dans l’écrin et dans la belle mécanique administrative qui l’accompagne.
Ce point nous amène à ce qui constitue sans doute le cœur de la mystification chiraquienne. En effet, le musée du quai Branly a été édifié sur les patrimoines de deux musées mis à mort, le musée national des Arts africains et océaniens et le musée de l'Homme. Pour ce dernier, les collections ethnologiques qui occupaient 80 % de l’espace ont en effet été entièrement transférées quai Branly. Outre que ces objets de collection relèvent clairement du domaine des sciences sociales et non de l’histoire de l’art, leur transfert a pour résultat de séparer arbitrairement les collections d’anthropologie physique qui restent au musée de l’homme et celles d’ethnologie qui ornent dorénavant les vitrines du musée Chirac, ce qui enlève toute chance de comprendre leur vocation. Plus rien n’a de sens si l’on fait abstraction de l’environnement dans lequel des hommes ont produit ces outils ou ces objets traditionnels. Mais après tout, peu importe! Du moment que tout est fait pour susciter l’ébahissement du quidam dans une débauche de luxe avec des images et des dispositifs interactifs. Et puis, l’intention est avant tout morale, puisque le but avoué est de faire dialoguer les cultures ! Bien entendu, il se pourrait que certaines considérations post-coloniales et politiques ne soient pas étrangères à ce projet, ce que relève Bernard Dupaigne dans son livre, mais à coup sûr, si les arts premiers sont une arnaque, le président Chirac est le roi des illusionnistes.
A lire: Le Scandale des arts premiers : La véritable histoire du musée du quai Branly (Broché)
de Bernard Dupaigne
03 août 2006 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tantôt sublimée ou démythifiée, la conquête inspira de nombreux artistes qui ont laissé à la postérité une image ambivalente du conquistador.
Le poète Heredia a consacré huit sonnets aux conquistadores dans son recueil intitulé Les Trophées. Il garde avec ferveur le souvenir du pays natal et la mémoire de son ancêtre, don Pedro de Heredia, compagnon de Cortez et fondateur de Carthagène des Indes. Sans retracer une expédition particulière, c’est tout l’esprit d’une époque et d’un pays qu’il ressuscite, tous les appétits, tous les rêves des conquérants.
Ce sonnet évoque l’élan brutal des aventuriers, mais il traduit aussi les langueurs de l’âme devant le mystère.
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;Ou, penchés à l'avant de blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Ocean des étoiles nouvelles.Les Trophées, de Maria José de Heredia, 1893
Un siècle plus tard, le film Aguire la colère de Dieu du cinéaste Werner Herzog met en scène deux thématiques fondamentales qui tourmentent l'homme du seizième siècle : la folie et l’état sauvage. Le Seizième siècle est en effet le siècle de tous les possibles, de toutes les folies, de toutes les conquêtes, et il n'est pas faux de dire que la face du monde en a été changée.
L'image des conquérants est cependant dérisoire car au moment où le film fut tourné, les Européens avaient perdu depuis longtemps leur suprématie militaire et économique, et le feu sacré qui allait de pair. C’est donc une vision beaucoup plus distanciée que propose W. Herzog où la gestuelle héroïque devient vaine et bascule souvent dans le grotesque.
Dans ce film, la civilisation conquérante se heurte à une entité incompréhensible, un état d’avant la civilisation et d’avant l’histoire où la psyché européenne va s’abîmer peu à peu. Le film s’achève sur un long plan-séquence circulaire où « l’homme blanc » apparaît cerné.
Affiche du film de W.Herzog avec Klaus Kinski
01 avril 2006 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
En prononçant le mot « enluminure », on pense tout de suite à "lumière" ; effectivement ce terme est tiré du latin « illuminare » qui veut dire mettre en lumière, donner la lumière au texte par l’intermédiaire de l’image et de la couleur. Symboliquement, l’image illumine le texte en clarifiant le sens de celui-ci; l’or et l’argent employés vont le rehausser de leur éclat. Ce qui caractérise cet art et lui confère sa richesse, ce sont la minutie et la finesse de la réalisation dans les moindres détails.
L’essor du manuscrit enluminé est indissociable de la généralisation de l’usage du parchemin (peau d’animal). Le parchemin va permettre la création du « codex » (livre tel qu’il se présente de nos jours) qui remplace le rouleau de papyrus. Les feuilles plates du parchemin rendent l’utilisation du codex plus facile. Au moyen-âge, le livre n’est pas un simple objet, il a valeur d’un signe, il, porte le témoignage de la promesse du Salut chrétien et sa valeur n’est pas moindre que celle de la croix. Les livres étaient conservés sur l’autel de l’église, ce qui montre le symbole qui les caractérise.
Un des phénomènes les plus typiques de l’enluminure est la confrontation de l’écriture et de l’image qui a contribué à la naissance de la Lettrine (la lettre décorée permet de faire ressortir un passage important du texte). De la lettrine simple, les artistes du moyen-âge vont laisser courir leur imagination en créant la lettre figurée, la lettre historiée, jusqu’aux enluminures en pleine page de la période gothique.
Du 5è au 12è siècle, les enluminures furent réalisées dans les monastères; au 12ème siècle avec le développement des universités, des ateliers laïcs voient le jour. La haute société va devenir férue de cet art, cette nouvelle clientèle va permettre à ces nouveaux artistes, les enlumineurs, de se développer et de se regrouper en corporation. La réalisation d’un livre est très coûteuse, les plus beaux manuscrits n’auraient jamais existé sans le soutien de mécènes tels que Jean de Berry ou Charles V.
L’âge d’or de l’enluminure en France est le 15è siècle, mais avec l’apparition de l’imprimerie, la réalisation du manuscrit enluminé est devenue très coûteuse; les œuvres vont se raréfier jusqu’à la fin du 16è siècle où elles disparaissent. La redécouverte de cet art merveilleux est importante pour notre époque; sans l’enluminure, nous n’aurions que très peu de traces de la vie quotidienne au moyen-âge; on se fait par exemple une idée de l’habillement en regardant les enluminures qui représentent soit les princes, soit les gens du peuple dans leurs habits de la vie de tous les jours ou lors de cérémonies fastueuses.
La technique
La réalisation d’une enluminure se fait en respectant les règles du passé, ce qui n’exclut en rien la création personnelle. Créer en respectant les critères médiévaux nécessite une connaissance importante de l’iconographie et de la stylistique variant selon les périodes et les régions.
Le parchemin en peau de veau ou agneau de chèvre, est dégraissé avec du fiel de bœuf. Après esquisse au crayon sur un brouillon, on recopie à la mine de plomb ou au crayon sur le parchemin le modèle à exécuter. On intervient en premier par la pause de la dorure, la feuille d’or est appliquée sur un « gesso », celui-ci servant à obtenir un volume. Les couleurs sont préparées avec des pigments naturels broyés et mélangés avec des détrempes à l’œuf et à la gomme. L’application se fait en superposant les couches de couleur, du plus clair au plus foncé afin d’obtenir du volume, en dégradant à chaque nouvelle couche. Des petits pinceaux en poil de martre sont utilisés afin d’obtenir les détails les plus fins possibles.
Site à voir: http://www.enluminures.culture.fr/
10 février 2006 dans Du sublime et du beau | Lien permanent | Commentaires (0)
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