Le Réactionnaire Authentique

Etre réactionnaire, c'est comprendre que l'homme est un problème sans solution humaine.

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L'Etat niveleur


L'Etat est égalitaire par essence, ce n'est pas un caractère qu'il assume lorsqu'il devient démocratique, c'est inhérent à sa nature, il est niveleur en tant qu'il est Etat, parce qu'il est Etat.

Sous l'Ancien Régime, la monarchie a posé des communes pour aspirer les meilleurs éléments de la population. Ainsi le baron avait moins de taillables et le roi plus de bourgeois reconnaissants des franchises obtenues. En instituant la vénalité des charges, l'Etat a ouvert à cette bourgeoisie ses portes ; en permettant que les charges deviennent héréditaires, il s'est attaché des familles entières.

Dans le même temps, le roi a introduit à la cour des ecclésiastiques, de simples abbés, qui se prononcaient toujours dans le sens du roi. Puis il a introduit des légistes, plébéiens tirés du néant, dont les conseils inspirés du droit romain étaient toujours favorables à l'autorité centrale. Travaillant dans l'ombre, ils ont empièté progressivement sur les droits fiscaux des seigneurs ; le service d'Etat était pour eux une occasion de distinction et d'avancement. D'une main le monarque contient les exigences du seigneur, mais de l'autre il se sert lui-même.

Lorsque la bourgeoisie a effacé la noblesse, l'ayant en partie absorbée, les nouvelles féodalités capitalistes sont apparues à leur tour comme un pouvoir social potentiellement dangereux pour l'Etat, devenu entre temps républicain et encore plus centralisé. C'est ainsi qu'il a pénétré dans l'atelier et dans l'usine, introduisant sa loi, son code du travail. L'alliance de l'Etat moderne avec les exploités de l'industrie, avec les dominés de la finance s'est faite en dehors de toute intention socialiste, c'était simplement son penchant naturel. L'accroissement des caisses d'épargne, la création de la Caisse des dépôts et consignations qui centralise l'épargne pour financer des missions dites " d'intérêt général ", tout cela a permis au pouvoir de mettre à sa discrétion le gros de la richesse nationale ; d'un côté la République contient les exigences des vainqueurs du capitalisme, mais de l'autre elle se sert elle-même.

Il ne faut donc pas s'étonner aujourd'hui de voir ce même Etat créer des observatoires contre les discriminations à l'embauche, forcer l'entrée de la diversité au sein des grandes écoles, et plus généralement vanter la discrimination dite  "positive ". Il fait ce qu'il a toujours fait : il aplanit.

" Toute puissance centrale qui suit ses instincts naturels aime l'égalité et la favorise ; car l'égalité facilite singulièrement l'action d'une semblable puissance, l'étend et l'assure ". A. de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique.

 

 

25 novembre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Tyrannie de la multitude

 

Le peuple doit être contenu par la loi et ne doit surtout pas faire la loi, au risque d'être plus tyrannique que n'importe quel tyran unique, voilà la belle leçon de Cicéron que je transcris ici :

" Il n'est point d' Etat auquel je refuse plus nettement le nom de chose publique qu'à celui qui est placé tout entier dans les mains de la multitude. Il ne nous paraissait pas exister de république dans Agrigente, dans Syracuse et dans Athènes quand les tyrans y dominaient, ni à Rome sous les décemvirs. Je ne vois pas comment le nom de république pourrait se placer davantage au milieu du despotisme de la multitude : d'abord parce que [...] il n'existe point de peuple pour moi s'il n'est contenu par le lien commun de la loi. Hors de là, cet assemblage d'hommes est tyran aussi bien qu'un seul homme et même tyran d'autant plus odieux qu'il n'est rien de plus terrible que cette bête féroce qui prend la forme et le nom de peuple. "

Ciceron, La République.

15 novembre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Les lobbies homosexuels

 

Au nom de la souveraineté que chacun exerce sur lui-même et au nom du libre arbitre, l'homosexualité est parfaitement tolérable, y compris si on la considère comme une altération des fonctions sexuelles portant atteinte à la dignité morale de celui ou de celle qui s'y adonne. Chacun compose comme il peut avec sa conscience et il n'appartient pas au pouvoir politique de vouloir la perfection de l'homme, au contraire il lui appartient de garantir sa liberté de choix et donc sa responsabilité morale. Au pire, tout homme a l'entière liberté de porter atteinte à sa propre dignité à condition qu'il n'implique pas les autres, contre leur gré, dans ses choix de vie.  

Tout irait bien si la situation s'en tenait à ce sage équilibre, mais alors que le pouvoir s'était bien gardé de toute ingérence dans les moeurs homosexuelles, ce sont des lobbies homosexuels qui ont investi le pouvoir pour faire valoir leurs intérêts fractionnaires ; ce n'est pas l'intérêt général qui est convoqué pour opprimer une minorité, c'est une minorité qui tente de faire passer, par la force, son intérêt particulier pour l'intérêt général. Il est facile pour qui sait s'organiser en régime démocratique de créer des mouvements d'opinion et d'avilir le pouvoir pour l'exercer à son profit, au détriment d'autres groupes ou de la société entière. C'est exactement ce qui se passe lorsque des revendications sont faites par des lobbies et reprises par des partis politiques en vue de normaliser les comportements homosexuels et de légiférer pour les faire accepter comme des normes. Ici le pouvoir est investi, la force coercitive de la loi est utilisée pour faire violence à l'ensemble de la société et lui faire admettre comme des normes un ensemble de comportements qui de fait n'appartient pas à la norme, mais à certains individus et certains groupes.

En utilisant l'appareil d'Etat à leur profit, en influençant le pouvoir législatif, les lobbies homosexuels ne se contentent plus de garantir leur liberté, ils portent atteinte à la liberté de conscience d'autrui par le biais de la contrainte légale ; tout le monde est obligé de voir en l'homosexualité une norme et de reconnaître aux couples homosexuels les mêmes droits que ceux dévolus aux hommes et aux femmes mariés. Depuis qu'une institution distincte de l'Etat ne dicte plus la norme, depuis que le pouvoir de l'Eglise est battu en brèche, l'Etat laïque est le siège de conflits d'intérêts qui lui ôtent sa prétendue neutralité et lui font édicter des normes totalement subjectives, souvent associées à des autorités administratives de surveillance en amont et à un arsenal répressif en aval, afin qu'aucun délit d'opinion ne reste impuni. L'homophobie, concept nouveau crée pour l'occasion, intimide les consciences, tandis qu'un parfum d'inquisition flotte dans l'air du temps.

 

 

07 novembre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (11) | TrackBack (0)

Identité nationale


Si l'on éprouve de si grandes difficultés à définir ce qu'est l'identité nationale aujourd'hui, c'est peut-être parce que ces deux notions ne se confondent pas. Auparavant, les Français s'unissaient autour du roi, c'étaient des individus qui apportaient leur concours à un chef aimé et respecté. La conscience de la communauté était liée à un sentiment d'association, mais le sujet à l'égard du roi était un autre que lui, soucieux de réserver ses droits ; l'identité n'était pas absorbée par le pouvoir, elle se tenait face au pouvoir dans sa diversité. 

Depuis la Révolution, les hommes s'unissent dans la nation comme des membres d'un tout, la nation n'est pas un autre, c'est un tout qui englobe le sujet. La conscience de la communauté n'est plus liée à un sentiment d'association mais à un sentiment d'appartenance ; elle est une appartenance au pouvoir, absorbée par lui, c'est-à-dire par l'Etat français. C'est l'Etat qui définit l'identité française et au vu du caractère très hétérogène de la nation, il doit prendre le plus petit dénominateur commun. Evidemment on prise peu les origines mais plutôt le but poursuivi, le vivre ensemble, on évoque le ciment républicain dont la substantifique moelle se trouve dans l'art de vivre français : congés payés, réduction du temps de travail, trente-cinq heures, sécurité sociale...le régime républicain fabrique de l'identité à base de rafistolage, de colmatage à la truelle.

Et où est donc passée l'identité ? Eh bien justement dans tout ce que l'Etat se garde d'évoquer, dans l'attachement au patrimoine, l'héritage culturel et religieux, l'enracinement historique, autant de mots qui passent pour inconvenants au prétexte qu'ils sont fort discriminants.

L'identité, la vraie, échappe au pouvoir malgré lui, et c'est ce qui lui fait peur.

04 novembre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)

Etat laïque, Etat magique

 

Les origines du pouvoir plongent leurs racines dans des profondeurs où la magie tient une grande part ; les hommes des sociétés primitives, peu enclins au rationalisme, étaient portés à voir derrière toute manifestation concrète une cause invisible, une puissance occulte. Dans ces sociétés, celui qui connaissait la volonté des puissances occultes, celui qui savait quand et à quelles conditions elles seraient favorables au groupe pouvait s'assurer un prestige et une domination, il avait du pouvoir. Depuis ces temps obscurs, quiconque représente le pouvoir hérite par suite d'un certain prestige magique, c'est dans cette logique que l'on a prêté aux rois le pouvoir de guérir les écrouelles ou d'apaiser l'épilepsie.  

Le principe du pouvoir magique est la crainte, son rôle social est la fixation des coutumes, aussi est-il puissamment conservateur, c'est une force de cohésion du groupe et de conservation des acquis sociaux, celui qui l'ignore prend le risque d'attirer sur lui la colère des puissances invisibles ; au contraire, celui qui s'y soumet gagne paix et sécurité.

On aurait tort de croire que les choses ont fondamentalement changé au prétexte que les monarchies sont tombées et que le pouvoir s'est dépersonnalisé, quand bien même les individus en charge de gouverner n'ont plus aucun attribut sacré, les hommes transposent à l'Etat impersonnel quelque vestige de leurs révérences ancestrales ; c'est la raison pour laquelle toute velléité de porter atteinte à des acquis sociaux, de modifier un tant soit peu les services publics ou de réformer la sécurité sociale se heurte immédiatement à des réactions d'hystérie collective proches de la transe. Pour s'en convaincre, il faut avoir assisté à un mouvement social où les slogans cégétistes se mêlent au rythme lancinant et abrutissant des tams-tams : c'est la vox populi qui défend ce qui lui apparaît comme sacré.

 

02 novembre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)

La république romaine

 

La révolution qui a liquidé la royauté dans la Rome antique a été motivée par des intentions tout à fait contraires à la Révolution française. La république romaine, fondée sur les décombres de la royauté, est une création aristocratique et sa raison d'être est profondément inégalitaire.

L'aristocratie romaine devait maintenir sa situation de quasi-indépendance, de quasi-égalité avec le roi mais aussi de supériorité et d'autorité vis-à-vis de la plèbe. Or le pouvoir royal, dans un élan naturel, cherchait à étendre son influence et par suite à rabaisser les patriciens en trouvant dans la populace, populations vaincues comprises, un heureux concours. Pour grandir, le pouvoir royal devait affaiblir les cadres aristocratiques en s'aidant des exclus, plébéiens de toute origine, soit nationaux, soit vaincus.

La révolution qui a liquidé la royauté avait pour but d'empêcher deux phénomènes concomitants : l'élévation politique du roi et l'élévation sociale de la plèbe. La république romaine a été fondée pour défendre une hiérarchie sociale.

Certes, le populus a chassé la roi, mais par populus on entend alors exclusivement les patriciens, ceux qui appartiennent aux trente curies, groupement de familles nobles, lesquelles sont représentées dans le Sénat, assemblée des patres.

Le mot patria qui a donné patrie évoque les intérêts communs des pères et des familles nobles qui leur sont attachées. A l'inverse, quand on veut désigner l'ensemble des Romains, on dit populus plebisque, le peuple et la plèbe, qui n'est donc pas le peuple.

Quant à la res publica, qui a donné la république, ce sont les intérêts communs avancés par une société d'aristocrates dont les membres, populus,  se maintiennent entre eux. De quoi faire frémir nos jacobins révolutionnaires français.

 

31 octobre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

Le roman national


On conçoit spontanément le pouvoir comme une émanation de la nation alors que c'est l'inverse, le pouvoir est antérieur à la nation et celle-ci n'a pris naissance que tardivement, et pour cela il aura fallu passer par trois étapes essentielles : la centralisation monarchique, la Révolution, et le travail des historiens du XIXe siècle. C'est ainsi que la nation est devenue un ensemble social régi par une même autorité politique.

Habituellement l'addition des individus ne produit qu'une somme arithmétique et non pas un être d'une espèce différente, toutefois, grâce à la longévité du pouvoir monarchique, le patriotisme a pris naturellement au fil des siècle la forme de l'attachement à une personne. A la Révolution, le roi disparu mais l'appareil d'Etat subsistant, la force qui devait le mouvoir ne pouvait être imaginée que comme une volonté, celle d'une personne abstraite substituée au monarque : la nation. C'est ainsi que la marque des siècles et la pente naturelle des sentiments fit prendre à la nation française le caractère et l'aspect d'une personne.

Ce sont les historiens du XIXè siècle qui ont tissé ensuite le roman national ayant compris que l'histoire n'est attachante que si elle est l'histoire de quelqu'un, et comme les personnages concrets meurent en laissant de grandes discontinuités, l'histoire de France est devenue la biographie de la personne nation, qui à l'instar des héroïnes de mélodrame, suscite à l'heure dite le champion nécessaire. C'est ainsi que l'art des historiens du XIXè siècle transforma un conquérant rapace comme Clovis en serviteur du vivre ensemble de la nation française.

30 octobre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La Chose publique des anciens

 

La lecture de l'essai de Bertrand de Jouvenel intitulé " Du pouvoir " m'a apporté un éclairage nouveau sur le concept républicain de Chose publique, la res publica latine.

J'en retiens quelques idées fortes, à commencer par le fait que la politique, ou plus largement le souci du bien commun, est antérieur à la construction d'un Etat.

Les citoyens qui ont des volontés et des forces particulières, catégorie étroite et aristocratique, mettent d'accord leurs volontés et puis mettent en commun leurs forces : décision et exécution. C'est précisément parce que tout repose sur l'accord des volontés et le concours des forces qu'on parle de "Chose publique ". Il n'y a de décision possible que celle sur laquelle se rencontrent les volontés, et d'exécution possible, faute d'appareil d'Etat, que par la coopération des efforts. L'armée n'est que le peuple en armes, les finances ne sont que les dons volontaires des citoyens. On comprend le sens très fort de la fameuse vertu civique romaine.

Enfin, il n'y a pas de corps administratif au sens moderne du mot " aucune fonction publique, dans la cité antique, n'est remplie par un professionnel tenant sa place du Pouvoir mais toutes sont pourvues par l'élection pour un court espace de temps, en général un an, et souvent - c'est  dit Aristote, la véritable méthode démocratique - par le tirage au sort. " Les chefs de groupe, les patriciens, constituent un ensemble politique qui se maintient pour avancer ses intérêts communs, res publica. On ne dit point l'Etat, on ne possède aucun terme qui signifie l'existence d'une personne morale distincte des citoyens.

Un tel régime a pu fonctionner par l'extrême cohésion morale de ses participants, c'est pourquoi on a pu dire que dans la république romaine, le gouvernement appartenait aux moeurs.  

 

13 septembre 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

La conscription, un privilège démocratique

 

" De guerre en guerre, l'institution [la conscription] s'est aggravée : comme une contagion elle s'est propagée d'Etat en Etat ; à présent elle a gagné toute l'Europe continentale, et elle y règne avec le compagnon naturel qui toujours la précède ou la suit, avec son frère jumeau, avec le suffrage universel, chacun des deux plus ou moins produit au jour et tirant après soi l'autre, plus ou moins incomplet ou déguisé, tous les deux conducteurs ou régulateurs aveugles et formidables de l'histoire future, l'un mettant dans les mains de chaque adulte un bulletin de vote, l'autre mettant sur le dos de chaque adulte un sac de soldat : avec quelles promesses de massacre et de banqueroute pour le XXe siècle, avec quelle exaspération des rancunes et des défiances internationales, avec quelle déperdition du travail humain, par quelle perversion des découvertes productives, par quel recul vers les formes inférieures et malsaines des vieilles sociétés militantes, par quel pas rétrograde vers les instincts égoïstes et brutaux, vers les sentiments, les moeurs et la morale de la cité antique et de la tribu barbare, nous le savons et de reste. "

H. Taine : Les Origines de la France contemporaine.


30 août 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La mystique de l'Etat souverain

 

La mystique de l'Etat souverain est à l'origine de la conception moderne de l'Etat, c'est une révolution qui s'est accomplie au cours du XVIIe siècle, bien avant la Révolution de 1789, et qui coïncide avec l'émergence d'un pouvoir de type absolutiste. Révolution, car elle remet en question l'ordre chrétien de la société médiévale, fondé sur un système de répartition des pouvoirs entre l'Etat et l'Eglise, où le pouvoir temporel est subordonné au pouvoir spirituel, où l'autorité est sanctifiée par la morale. Le pape est l'arbitre des conflits étatiques, et même si les tensions sont parfois vives, le principe n'est jamais remis en question, à tout le moins avant la naissance de l'absolutisme.

Contrairement à ce que l'on imagine communément, l'émergence de l'Etat moderne ne trouve pas son point de départ dans un processus de laïcisation tendant à l'autonomie du politique par rapport au religieux ; ce qui caractérise la genèse de l'Etat moderne, c'est une sacralisation de l'Etat qui passe par une revendication pour son propre compte des traits fondamentaux de la souveraineté romaine, des attributs spirituels et juridiques du Souverain Pontife. Les doctrines politiques du XVIIe siècle prétendent fonder en droit la souveraineté absolue du prince en répétant et en accentuant les principaux motifs de la théocratie pontificale centralisée et unifiée, et pour ce faire, elles ont élaboré une arme doctrinale originale : la théorie politique du droit divin. Cette doctrine politique, loin d'apparaître comme une survivance de l'ordre médiéval, constitue une pièce maîtresse dans l'élaboration du concept moderne de l'Etat souverain.

Concrètement, c'est à l'occasion des Etats généraux de 1614 qu'un manifeste des droits absolus du roi est proclamé dans l'article premier par des juristes étatistes :

" Le roi sera supplié de faire arrêter en l'assemblée de ses Etats pour loi fondamentale du royaume, qui soit inviolable et notoire à tous, que, comme il est reconnu souverain en son Etat, ne tenant sa couronne que de Dieu seul, il n'y a puissance en terre, quelle qu'elle soit, spirituelle ou temporelle qui ait aucun droit sur son royaume pour en priver les personnes sacrées de nos rois, ni dispenser ou absoudre leurs sujets de la fidélité ou obéissance qu'ils lui doivent pour quelque cause et prétexte que ce soit..."

Le caractère séditieux de cette déclaration réside dans l'immédiateté du pouvoir entre le roi et Dieu, ce qui n'a pas échappé aux jésuites de l'époque, qui l'ont vivement combattue, y voyant un avatar du gallicanisme. Dans l'ordre médiéval traditionnel, il existait une nécessité de médiation entre la volonté divine et l'autorité politique, il était assurément permis de dire que tout pouvoir venait de Dieu, mais cela ne signifiait pas que Dieu conférait immédiatement et formellement ce pouvoir au souverain, il fallait passer par le pouvoir spirituel incarné en l'Eglise et le pape, sinon le Dieu auquel il aurait été fait référence n'eût plus été qu'une abstraction sans corps. C'est en ce sens qu'on peut parler de révolution, car avec la théorie absolutiste du pouvoir, " la souveraineté n'est pas plus divisible que le point en géométrie " pour reprendre la célèbre phrase du juriste Cardin le Bret. Les républicains s'en sont souvenus lorsqu'ils ont proclamé leur république une et indivisible.

En termes clairs, cette exigence signifie que la politique de l'Etat ne passe plus par le contrôle moral du pape dont elle se veut indépendante, c'est à l'inverse le pouvoir spirituel qui sera de plus en plus subordonné au pouvoir temporel, comme le montre l'ingérence royale dans la nomination des évêques et le fait de donner ou non force de loi aux canons des conciles, selon la bonne volonté du roi. Cette politique de subordination du pouvoir spirituel au pouvoir temporel a trouvé son prolongement après la Révolution avec la pratique du concordat, toujours dans une logique de contrôle.

Les implications de cette rupture induite par la doctrine du droit divin sont conséquentes dans la mesure où le pape pouvait autoriser la désobéissance des sujets en cas d'oppression par un prince hérétique ou indigne. En identifiant la volonté royale avec la légitimité, le droit divin ne laisse plus aucune marge entre ce qui est légal et ce qui est juste, et en ne postulant aucune autorité concrète et incarnée qui soit extérieure au droit, il ne laisse pas de place à l'objection de conscience et à la désobéissance civile. Derrière la doctrine du droit divin telle qu'elle se présente en ce XVIIe siècle naissant, apparaît en réalité une des premières manifestations du positivisme juridique. Il est temps de se souvenir de l'étymologie du mot " absolu ", du latin " absolutus " qui signifie " détaché de ", car en effet, le prince est délié de l'obligation transcendante de la loi ; c'est l'avènement triomphal de la raison d'Etat, on voit que Machiavel est passé par là.

Les monarques de France n'ont pas été pour autant des despotes au sens fort du mot, c'est le XXe siècle, avec ses démocraties populaires, qui a accompli tout le potentiel criminel que recèle la conception absolutiste du pouvoir. Si nos bons rois ont été mesurés, c'est que le pouvoir spirituel, qui avait perdu son emprise sur la politique, avait gardé une emprise sur les consciences fortement imprégnées de christianisme, sans compter les droits coutumiers traditionnels qui garantissaient une sorte d'immunité à la société face aux ordonnances des hommes de l'Etat.

A la lumière de cette analyse, des événements historiques tels que la Fronde ou la Révolution deviennent beaucoup moins mystérieux et comme reliés par une continuité souterraine. C'est parce que la Fronde fut une restauration manquée que l'absolutisme trouva son accomplissement définitif dans la Révolution de 1789. La République se montre bien ingrate envers le régime louisquatorzien, elle lui a pourtant presque tout pris en se contentant d'absolutiser encore davantage l'Etat à travers deux étapes marquantes : d'abord le transfert de la souveraineté du prince à celle du peuple, substituant ainsi un crime de lèse-nation à un crime de lèse-majesté - il est à noter que les jésuites furent poursuivis pour ces deux motifs successivement avant et après la Révolution - toutefois, le peuple pardonne moins facilement que le prince et malheur aux minorités face à la masse souveraine ! ensuite le reniement total du pouvoir spirituel après sa subordination déjà acquise, l'Etat étant dorénavant assez souverain en lui-même pour se passer de toute référence, fût elle symbolique, à Dieu.

 

24 août 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Persécutions anticatholiques en France


Je ne vais pas évoquer les noyades républicaines, ni les éclatements de crâne républicains que les vendéens ont expérimenté à leurs dépens, mais la politique républicaine contre les congrégations à la fin du XIXe siècle.


Ces congrégations tenaient un secteur décisif de la vie sociale, celui de l'éducation, et puisqu'elles appartenaient au clergé régulier, elles se trouvaient hors du champ concordataire, si bien qu'elles échappaient au contrôle de l'Etat.

Après la défaite française de 1870 contre la Prusse, l'importance de l'enjeu éducatif devient un grand thème politique, il est question de formation civique, de construction de la nation et des citoyens ; il faut insuffler une vertu républicaine qui soit l'égale de la vertu prussienne, et les congrégations sont jugées trop molles, pas assez belliqueuses, on les soupçonne de complaisance vis-à-vis de certaines monarchies catholiques. Dont acte. Il fallait préparer psychologiquement des milliers de paysans, futurs conscrits, à aller se faire très égalitairement éclater la cervelle dans les tranchées ; on ne plaisante pas avec ce genre d'impératif démocratique.

De nombreux décrets sont pris à partir de 1880 contre les congrégations, tout un arsenal juridique anticongrégationiste est mis en place qui aboutira à l'interdiction faite aux ordres de participer à l'enseignement. Dans un glorieux élan de virilité républicaine, des expulsions sont ordonnées, le plus souvent à l'encontre d'établissements tenus par des soeurs, suivies par un exil à travers l'Europe qui n'est pas sans rappeler celui des protestants après la révocation de l'Edit de Nantes ou celui des religieux causé par la Révolution française.

Pour mettre le peuple de son côté, le régime républicain n'hésite pas à donner dans ce que l'on appellerait aujourd'hui du populisme, comme en témoignent ces propos de L. Gambetta au sujet des représentants de l'église catholique dont il dénonce l'esprit "vaticanesque, monastique, congréganiste et syllabique servi par une milice multicolore sans patrie" ( La République contre les Congrégations de Ch. Sorrel ). Les catholiques sont un Etat dans l'Etat, ils sont aux ordres de Rome, ce sont des apatrides. Des sous-juifs.

Aujourd'hui, les congrégations catholiques ne peuvent toujours pas accéder librement à un régime de simple personnalité civile, ce qui va à l'encontre des obligations élémentaires en matière de liberté religieuse. Plus amusant encore, en 1988, le Premier ministre Jacques Chirac a ouvert le dossier congréganiste à des groupements appartenant au culte bouddhiste pour qu’ils puissent demander le bénéfice du régime civil de la reconnaissance légale des congrégations religieuses. Ce qui est acceptable pour les bouddhistes ne l'est pas pour les catholiques.

Avec l'entrée en France des principes internationaux et européens de la liberté religieuse individuelle, tout espoir n'est cependant pas perdu. Les lois liberticides et iniques ne sauraient perdurer éternellement.





22 juillet 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La privatisation forcée de l'enseignement religieux


Ainsi donc, il y aurait d'un côté les écoles publiques, gardiennes de la laïcité, et de l'autre les écoles privées, nécessairement confessionnelles. Curieuse conception de l'éducation.

Pourtant, de nombreuses écoles confessionnelles et souvent catholiques ont un personnel encadrant et enseignant très majoritairement laïque. On peut même trouver des écoles privées à vocation non confessionnelle et par conséquent entièrement laïques. Est privé tout ce qui n'est pas sous la tutelle administrative et financière de l'Etat, il n'y a rien de religieux par essence dans les écoles privées.

Mais en France, la privatisation forcée des écoles religieuses, qui fut accompagnée d'un verrouillage monopolistique garantissant à l'Etat la quasi-exclusivité de l'enseignement laïque, a abouti à une séparation inédite entre l'école "libre", où trouve refuge l'enseignement religieux, et l'école sans Dieu, dite "publique", presque entièrement aux mains de l'Etat.

Cette division est idéologique et artificielle : laïcs et religieux concourent à une mission civilisatrice où l'Etat n'a pas à s'immiscer.

21 juillet 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

L'imposture antillaise

 

Il reste à la France quelques débris d'empire qu'elle n'a pas encore totalement fini de liquider, même si on parle enfin d'autonomie et de référendum en faveur de populations qui n'ont jamais été françaises que par suite de politiques économiques dévoyées.  L'économie politique a vocation à expliquer le fonctionnement des échanges, pas à les orienter, auquel cas elle se transforme en idéologie. C'est exactement ce qui s'est passé en ce qui concerne la genèse historique des colonies.

Les première colonies françaises sont l'aboutissement d'une orientation mercantiliste de l'économie qui se développa au XVIIe siècle et dont Colbert est devenu le symbole.  Le système mercantiliste repose sur la conviction que la puissance d'un gouvernement dépend de la quantité de métaux précieux en circulation à l'intérieur du pays, c'est pourquoi il s'agit de multiplier les réglementations et les taxes en vue d'empêcher les sorties de monnaie, et donc les importations, ce que l'on appelle aussi aujourd'hui le protectionnisme.

Dans la même optique, pour éviter les achats à l'étranger de produits de luxe, le premier d'entre eux étant le sucre coûteux en or et argent, les gouvernants français du XVIIe siècle octroyèrent des chartes et des privilèges fiscaux à des compagnies privées, comme la Compagnie des Iles d'Amérique, à charge pour elles de développer dans les colonies les plantations de sucre. C'est ainsi que sont nées ces colonies dont le corollaire au développement a été la fameuse traite négrière, aberration économique et morale, puisqu'elle réintroduisait une pratique de l'antiquité païenne au mépris du christianisme et de ses devoirs.

Ces gens là sont français depuis quatre siècles ! nous disent les nostalgiques, oubliant au passage que leur citoyenneté n'a été reconnue qu'en 1946, lors de la proclamation de la Quatrième République. Non, ils étaient esclaves, et puis sujets de l'Empire, c'est tout.

Plus tard, à la fin du XIXe siècle, d'autres errements idéologiques entraînèrent d'autres extensions impériales, c'était le temps des colonies républicaines, cette fois-ci : 

« Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C'est par l'expansion, par le rayonnement dans la vie du dehors, par la place qu'on prend dans la vie générale de l'humanité que les nations persistent et qu'elles durent ; si cette vie s'arrêtait, c'en serait fait de la France ». Léon Gambetta en 1872

« Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures »  Jules Ferry le 28 juillet 1885.

Loin de faire la fortune de la France, ces colonies furent un boulet économique (Empire colonial et capitalisme français : Histoire d'un divorce de J. Marseille). Mais créees plus tardivement, l'Etat français s'en est aussi détaché plus tôt. Pour les mêmes raisons économiques, mais également parce que l'identité française des colonies antillaises relève de l'imposture historique, il serait grand temps d'agir de même avec elles.

 

 

04 juillet 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Les démocraties populaires


Qu'est-ce que le populisme ? C'est l'appel constant à la rue pour s'opposer aux institutions et à leur fonctionnement. Force est de constater que c'est le recours favori de la gauche qui voit encore dans le "peuple" un guide messianique vers une société plus juste, une société sans classes, mais de manière plus marginale, c'est aussi l'espoir d'une certaine droite qui voit en lui la possibilité d'un renouveau nationaliste.


Le populisme est l'inclination naturelle de toute démocratie car il ne s'agit que d'une version radicale de la démocratie, qui assimile la loi à la légitimité, et la légitimité à la souveraineté populaire. Le peuple se donne à lui-même ses propres lois sans aucune référence extérieure ; il délègue sa toute-puissance à un homme généralement charismatique, issu de sa propre masse. Avec force sagesse, les dérives populistes se baptisent elles-mêmes "démocraties populaires". Sous ce beau vocable, elles peuvent faire des millions de morts lorsque la masse se retourne contre une de ses parties.

Dans un essai aussi drôle que brillant, Vladimir Volkoff expliquait pourquoi il était moyennement démocrate, et de montrer comment les dictatures d'essence populaire étaient toujours issues d'un régime démocratique antérieur. Aussi la démocratie n'est-elle aimable qu'à proportion de sa capacité à conserver en elle-même des éléments non démocratiques, ou pour mieux dire, aristocratiques. Sans quoi elle dégénère en populisme.

Montesquieu estimait quant à lui que le peuple avait toujours raison dans le particulier, mais que sa pensée ne pouvait s'élever au général, c'est pourquoi il fallait que le peuple eût du pouvoir, mais qu'il n'eût pas le pouvoir. Chose difficile à faire entendre.

Pour finir en beauté, voici une petite citation d'un philologue allemand, expert en populisme et en démagogie politique :

" Celui qui peut régner sur la rue règnera un jour sur l'Etat, car toute forme de pouvoir politique et de dictature a ses racines dans la rue " Joseph Goebbels.


20 février 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Un regard distancié


Vaclav Klaus, l'actuel président de la République Tchèque voit ainsi la France
:

 

" Quelle que soit mon affection pour la France, pour moi ce pays est davantage celui de Colbert que celui de Bastiat, de Fourier et Saint-Simon plutôt que de Jean-Baptiste Say et de Turgot, et de Sartre plutôt que de Raymond Aron "

Un regard distancié vaut parfois mieux que de longs discours.


18 février 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La guerre paradoxale



Dans la tradition occidentale, la guerre a fait l'objet de récits circonstanciés comme ceux de Thucydide ou de Jules César, et de traités théoriques parmi lesquels on peut compter celui de Machiavel et le fameux De la guerre de Clausewitz. Qu'est-ce à dire ? Il faut comprendre que la guerre est conçue dans cette tradition comme un art fondé sur des principes rationnels au service d'une volonté. Il existe des doctrines militaires occidentales, des stratégies, des tactiques, et bien sûr des conventions.


Aujourd'hui, dans les conflits en cours, il est toujours possible de discerner deux rapports à la guerre radicalement différents, le premier relève encore de la tradition occidentale, avec ses armées constituées en divers corps, mais le second oppose une force qui n'est pas militaire au sens traditionnel, une force hybride, celle du civil-militant, caméléon parfait, meilleur que n'importe quel soldat en tenue de camouflage. Lorsque la part militante domine chez cet individu, il n'hésite pas à sacrifier sa part civile en se tuant lui-même et le cas échéant, en tuant d'autres civils qui ne sont pourtant absolument pas militants, mais qu'importe ! A la longue, qui fera la différence ? Bilan du rapport des forces : d'un côté une armée suréquipée constituée d'individus dotés d'esprit martial, de l'autre côté des criminels armés sous-équipés fondus dans une masse informe.

Dans ce nouveau type de conflit le rapport des forces est biaisé, mais pas toujours comme on l'imagine, en réalité, on remarquera plus sûrement la cruauté d'une armée constituée que la barbarie d'une masse informe qui sacrifie cyniquement certains de ses membres pour mieux fanatiser les autres et qui dispose pour cela d'une immense réserve démographique. Cela signifie que ceux qui gagnent la guerre en remportant des victoires militaires sont ceux qui paradoxalement la perdent dans la durée historique, à mesure qu'ils perdent leur légitimité morale et le soutien de leurs alliés. La guerre n'a probablement jamais été aussi sale. 

" On ne trouve jamais chez les peuples sauvages de chef militaire véritablement exceptionnel, et il est rarissime d'y trouver un génie militaire digne de ce nom, car il y faut un développement élevé des capacités intellectuelles, qui est inacessible à un peuple primitif " Carl von Clausewitz, De la guerre.

12 janvier 2009 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Du catholicisme d'Etat au laïcisme d'Etat


Le laïcisme français est tellement étrange qu'il est difficile de l'expliquer à nos voisins européens, y compris les plus proches. Comment justifier une séparation aussi radicale de l'Eglise et de l'Etat sans que cela n'apparaisse comme une atrophie, une forme d'hémiplégie volontaire ?

Le pape Jean-Paul II a défini la laïcité comme une distinction des pouvoirs temporel et spirituel fondée sur une " saine collaboration ". Force est de constater que la France actuelle en est loin, mais à y regarder de plus près, cela fait bien longtemps que nous nous sommes éloignés de cette saine collaboration ; en effet, l'histoire montre que nos excès actuels dans la défiance à l'égard du rôle social de l'Eglise sont probablement le résultat d'un excès inverse, plus ancien. 

Dans la France " louisquatorzienne ", le Roi entendait commander l'Eglise, réaliser autour de lui l'unité religieuse  et réduire le Pape à un fantôme d'autorité spirituelle :  " Les Rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens, tant des séculiers que des ecclesiastiques " Mémoires, 1666.
Stupéfiante conception de la propriété privée, où tout ce qui appartient aux sujets appartient "naturellement " au souverain.

Le Roi règlemente tout " Je défendis tous les nouveaux établissements de monastères, je pourvus à la suppression de tous ceux qui s'étaient faits contre les formes, et je fis régler le nombre de religieux que chaque couvent pouvait porter ", jusqu'aux ordres mendiants qui n'échappent pas à sa tutelle " Le nombre des religieux mendiants s'était si fort augmenté dans la France qu'ils étaient à charge [...] au public, et qu'ils avaient eu tant de facilité à recevoir les novices, ou tant de négligences à les instruire, que les statuts mêmes de leurs ordres en étaient entièrement pervertis. " Mémoires, 1667.
En fait, les ordres mendiants dépendaient du Saint-Siège et non de la hiérarchie française, dont on a vu que le roi attendait la soumission.

Il est assez facile de comprendre pourquoi aujourd'hui la religion est tenue hors de la sphère publique, c'est parce que le laïcisme fonctionne comme une religion d'Etat. Propagé par le biais d'une éducation nationale sous tutelle étatique, il est mis au service de la République comme le catholicisme avait été asservi aux intérêts du régime monarchique louisquatorzien. La République française a bien retenu la leçon d'un Roi qui se prenait pour un prince italien.

En fait, le Roi nommait aux évêchés et aux abbayes, il donnait ou ne donnait pas force de loi aux canons des Conciles, l'Eglise de France était dans sa clientèle. Le Roi était soutenu par le parlement, la bourgeoisie, la Sorbonne, le bas clergé, mus par une instinctive hostilité nationale au Pape et qui réclamaient le respect des " libertés, droits et franchises de l'Eglise gallicane ". Pour eux, le Roi tient ses pouvoirs temporels immédiatement de Dieu, comme le Pape. Les pouvoirs du Roi sont donc aussi divins que ceux du Pape, égaux aux siens et indépendants des pontificaux, c'est d'ailleurs le sens d'une monarchie dite "absolue" que l'on doit entendre comme délestée de toute dépendance. Le Roi, protecteur de l'Eglise et garde de son temporel, a tout pouvoir sur la discipline et le temporel de l'Eglise de France. Tout cela montre bien un conflit d'autorité auquel l'aspect financier n'est d'ailleurs pas étranger.

Il est digne de remarquer qu'en théocrate cohérent, Joseph de Maistre accorde dans son traite intitulé Du Pape la suprématie du pouvoir temporel au Pape et à nul autre. Thèse profondément anti-gallicane qui aurait certainement déplu à Sa Majesté.

 

30 décembre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

A propos de l'Inquisition


Dès le début du XIIIè siècle, le pape Innocent III a affirmé la nécessité de procéder à une enquête, du latin "inquisitio", pour éviter les débordements de la rumeur et des préjugés en matière d'hérésie. En 1231, Grégoire IX publie la constitution Excommunicamus, acte fondateur de l'Inquisition qui repose sur un principe clair : nul ne doit être condamné pour hérésie par la justice civile sans un jugement ecclesiastique antérieur. Le but de l'Eglise reste la conversion des égarés.

Dans la pratique l'Inquisition s'est montrée bien moins sanglante que la légende laïque ne ne laisse entendre. Là où l'hérésie déclenchait des réactions incontrôlées, la procédure engagée par l'Inquisition s'appuyait sur un contrôle de la véracité des faits, sur la recherche de preuves et d'aveux et sur des juges qui résistaient aux passions de l'opinion. Aussi étrange que cela puisse paraître à un esprit moderne, cette horreur de l'hérésie était un sentiment populaire soucieux de préserver la foi, pilier fondamental de la société que l'on pourrait remplacer aujourd'hui par le bien-être, la liberté d'expression ou les droits de l'homme pour faire appel à des idoles contemporaines. Au point de vue de la méthode judiciaire, l'Inquisition a représenté un progrès historique dans la mesure où elle avait pour rôle d'empêcher les formes populaires de justice expéditive. La persécution des hérétiques n'a jamais été le fait de l'Eglise, certes elle combattait et engageait la polémique mais elle ne persécutait pas.

En vertu du principe Ecclesia abhorret sanguinem, aucune condamnation à mort ne pouvait être prononcée par les tribunaux de l'Eglise qui décidaient la relaxe des cas les plus désespérés au " bras séculier ", c'est-à-dire à l'autorité civile. L'Eglise abhorre le sang et ne le verse pas. Grâce aux travaux des médiévistes, on sait maintenant qu'en moyenne, moins de deux pour cent des procédures menées devant les tribunaux d'Inquisition ont été abandonnées au bras séculier. " La différence entre la main royale et la main ecclesiale est énorme, l'Eglise a toujours tendance à pardonner au moindre signe de repentance "  Pierre Chaunu ; De la religion d'Etat à la laïcité d'Etat.

Venons-en à la question de la torture, grande tarte à la crème laïcarde. Longtemps, l'Eglise la condamne. Au IXè siècle le pape Nicolas Ier déclarait que ce moyen " n'était admis ni par les lois humaines ni par les lois divines " , au XIIè siècle une compilation de droit canonique, le décret de Gratien, reprend cette condamnation. C'est au XIIIè siècle que le développement du droit romain provoque le rétablissement de la torture dans la justice civile, et toutes les justices civiles d'Europe à l'époque considèrent la torture comme un moyen d'enquête normal.

Là encore, l'Eglise a joué un rôle de modérateur : " En 1252, Innocent IV autorise de même son usage par les tribunaux ecclesiastiques à des conditions précises : la victime ne doit risquer ni la mutilation ni la mort, l'évèque du lieu doit avoir donné son accord et les aveux exprimés doivent être renouvelés librement pour être valables " Jean Sevillia, Historiquement correct.

Il est nécessaire de remarquer que dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares.


28 décembre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

De la monarchie à la Révolution



" La révolution était achevée lorsqu'elle éclata. C'est une erreur de croire qu'elle a renversé la monarchie ; elle n'a fait qu'en disperser les ruines..." Chateaubriand.


La décadence d'une élite devenue aveugle et défaillante explique qu'un beau jour elle se trouve renversée pour céder la place à de nouveaux maîtres issus de la plèbe. C'est la logique de la plupart des révolutions. Cela n'explique pas le cours particulier de la Révolution française, le rejet radical du passé, la "table rase".
Les doctrinaires de la contre-Révolution, principalement Maistre et Bonald, quelle que soit la richesse de leur pensée, n'offrent pas les instruments d'analyse adéquats. D'emblée, ils ont voulu donner une interprétation métaphysique au grand bouleversement. Concevant la société et l'histoire comme soumises à un plan tour à tour divin ou diablolique, ils s'enfermaient, et avec eux leurs disciples, dans l'inexplicable et la fatalité. Voyant dans la Révolution le résultat d'une intervention terrible et secrète de la Providence, ils s'interdisaient d'examiner historiquement les causes réelles de l'événement, et donc de suggérer des réponses autres que l'attente du miracle. [...]

Pourquoi cette folie de la "table rase" s'est-elle manifestée en France et pas ailleurs ? C'est à cette question qu'a répondu plus tard Alexis de Tocqueville dans son chef-d'oeuvre L'Ancien Régime et la Révolution publié en 1856. 

Il y décrit chronologiquement la dépossession des anciens droits de la noblesse et des communautés par un Etat royal centralisateur et administratif. Né au XVè siècle, théorisé par Jean Bodin, ce phénomène atteint son apogée sous Louis XIV. Il éteint toute participation de la société à la gestion des affaires ; il égalise les Français sous l'uniformité de la tutelle étatique ; par la vente des titres de noblesse et des emplois publics, il rigidifie la structure de la société. Suivant le mot de François Furet, l'Ancien Régime est un système où la monarchie administrative a semé à la fois la démocratie et l'aristocratie, comprise comme une caste fermée, jouissant de privilèges injustifiés. Née de l'action destructrice de l'Etat administratif sur l'ancienne société, la Révolution a ratifié finalement le règne sans partage du premier sur la seconde. L'individualisme démocratique et la centralisation administrative sont une même création de l'Ancien Régime.


Dominique Venner, NRH n°29.

14 décembre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Une victoire fameuse et un siècle d'or

 

"Valeureux comme Scipion, héroïque comme Pompée, fortuné comme Auguste, un nouveau Moïse, un nouveau Gédéon, Samson et David, mais sans leurs défauts ". Quand Don Juan d’Autriche, fils naturel de Charles Quint, meurt le 1er octobre 1578, alors qu’il n’a pas 33 ans, il laisse bien plus que des regrets. Ces quelques mots du pape Grégoire XIII en effet ne sont pas usurpés.

Sept ans auparavant, Don Juan d’Autriche avait été à la tête de ce que l’on a appelé l’armée de la Sainte Ligue. C’était le 7 octobre 1571. Une flotte commandée par un jeune homme d’à peine 24 ans s’engageait contre les Turcs pour remporter une victoire ; une victoire inscrite dans la postérité, la victoire de Lépante.

978-284734-293-2 

A écouter sur Canal Académie

 

08 novembre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Le refus du trône d'Henri V

 

En 1871, après la chute de Napoléon III, les élections portent à la Chambre une majorité de députés monarchistes. Le prétendant à la couronne est alors un héritier des Bourbons, Henri V, comte de Chambord, petits-fils de Charles X. Le 6 juillet 1871, il publie un manisfeste où il refuse d'assumer le pouvoir sans le drapeau blanc. Les députés doivent s'ériger en assemblée constituante et élisent Thiers comme président de la République.

L'histoire donne de nouveau une occasion au monarque potentiel de revenir sur le trône, deux ans plus tard, lorsque Thiers est poussé à démissionner. Légitimistes et orléanistes s'entendent sur la base d'un compromis qui permet au comte de Chambord d'être roi, et comme il n' a pas d'enfants, de léguer le trône aux Orléans après sa mort.  Mais Henri V envoie d'Autriche une lettre ouverte dans laquelle il maintient sa position. Dépitée, la Chambre prolonge le mandat de Mac-Mahon et institue le septennat. Le 30 janvier 1875, un amendement introduit le mot de République dans les lois constitutionnelles, la République est fondée à une voix de majorité, suite au refus de gouverner manifesté par l'héritier du trône.

Le drapeau blanc ne fut le drapeau officiel que durant les quinze années de la Restauration. En effet, avant la Révolution la France n'avait pas de drapeau officiel et les familles royales avaient successivement arboré différentes couleurs. Le refus d'Henri V fut un geste d'orgueil, exprimé avec élégance et panache,  mais il ne fut pas un geste politique.

La France fut donc livrée aux pires ennemis du catholicisme en vertu de la souveraineté populaire qui autorise une fraction de la population à en opprimer légitimement une autre. On connaît la suite : les congrégations religieuses furent persécutées, les fonctionnaires et soldats catholiques furent fichés, la discrimination religieuse fut institutionnalisée comme moyen de gouvernement, l'idéologie officielle athée fut imposée à l'école pendant que le révisionnisme républicain réécrivait l'histoire, rendant de plus en plus improbable un retour à la monarchie.

 

29 octobre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

L'histoire des vaincus

 

Il existe un rapport entre histoire et conscience de soi. Si l’histoire incarne l’esprit de la race, celle des vainqueurs a-t-on l’habitude de dire, il peut arriver avec le temps que certains signes augurent d’un affaiblissement de ces vainqueurs, assez visible à travers le révisionnisme historique qui tend à démythifier les figures héroïques traditionnelles au profit d’une réhabilitation de certains réprouvés.

La France d’aujourd’hui semble connaître cet affaiblissement lorsqu’elle rabaisse au rang de tyran et de figure honteuse un conquérant comme Napoléon Bonaparte alors que dans le même temps elle célèbre la culture des conquis en inaugurant un musée consacré aux arts premiers, le fameux musée du quai Branly, à Paris.

Au cœur d’une civilisation, la révision historique va de pair avec une nouvelle conscience de soi, d‘autant mieux approuvée par le peuple que c‘est généralement lui qui la réclame. Ce fait n’est pas nouveau, il suffit de savoir que dans la Rome antique décadente, à l’époque où le titre de citoyen romain était conféré à l’univers entier par Antonin Caracalla, plus précisément au troisième siècle de notre ère, on dressait en grand nombre des statues triomphales à la gloire de l’ancien roi de Numidie, Jugurtha, grand ennemi de la Rome républicaine. Le père de Caracalla, l’africain Septime Sévère avait déjà entrepris ce travail de "réconciliation" en réhabilitant la mémoire du général carthaginois Hannibal, un des plus célèbres ennemis de Rome, et en érigeant de riches monuments à sa gloire.

Le but était de ménager la susceptibilité des nombreuses populations des provinces romaines, composées d’anciens vaincus à la mémoire blessée. Entreprise politique de réconciliation et immense travail de sape qui ne témoignait que trop bien de la dissolution de l’élite conquérante romaine dans la tourbe des peuples anciennement soumis. Quand l’adage dit que l’histoire est écrite par les vainqueurs, il oublie de préciser que ce sont les vaincus qui finissent toujours par la réécrire.

300pxcaracalla_bust Buste de Caracalla, musée du Louvre

27 octobre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Trois écueils démocratiques

 

A la lecture des grands auteurs réactionnaires, il me semble que les mêmes arguments contre la démocratie reviennent souvent, exprimés dans un style différent, mais toujours avec la même inquiétude quant à la viablité de ce régime politique.

Il ne faut pas croire que les réactionnaires condamnent la démocratie par simple élitisme, en aristocrates hargneux et revanchards, ce ne sont pas des prophètes de malheur qui voient le spectre de la décadence partout où leur regard se pose ; ils se méfient de la démocratie à cause des impasses, voire des dangers qu'elle recèle potentiellement lorsqu'elle n'est pas soumise à un examen critique ou pire, lorsqu'elle est considérée comme le bien en soi.

Plus précisément, trois écueils majeurs sont dénoncés avec force, je vais tâcher de les exposer ci-dessous le plus clairement possible :

  • Le péril le plus grand induit par la démocratie trouve sa source dans l'exercice de la souveraineté populaire que le dicton Vox populi vox Dei résume à merveille. Il y a ici une mystique folle qui identifie la souveraineté du peuple à la loi, et la loi à la légitimité. Le peuple se donne à lui-même ses propres lois sans aucune référence extérieure ; toute la folie criminelle du vingtième siècle n'est pas étrangère à cette dérive démocratique.
  • Le deuxième écueil est d'un ordre plus pratique, il montre une impossibilité concrète de la démocratie à être ce qu'elle prétend :

"Il se trouve que le peuple ne nomme personne, et ne peut même nommer qui que ce soit ; mais qu'un nombre convenu d'individus, qu'on est convenu d'appeler peuple, nomment individuellement qui bon leur semble" Louis de Bonald.

Il faut donc bien distinguer la souveraineté populaire et le gouvernement qui exerce cette souveraineté. Ce gouvernement est concrètement un petit nombre qui exerce son pouvoir et non le pouvoir de tous.

  • La dernière objection concerne la notion d'autorité. On sait que chaque autorité ne doit pas dépasser son domaine de compétence sous peine de perdre sa légitimité. Les libéraux sont très soucieux à juste titre de ne pas voir l'autorité de l'Etat s'immiscer dans les affaires familiales et notamment dans ce qui relève de l'éducation des enfants. De la même manière, libéraux et réactionnaires s'interrogent sur la compétence qu'aurait le peuple à désigner par suffrage un gouvernement. En cette matière, l'autorité conférée au peuple est illégitime  car elle s'applique à un objet qui dépasse de très loin ses compétences.

 

26 octobre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Une prophétie tocquevillienne


" Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre
? "


Alexis de Tocqueville ; De la démocratie en Amérique (1840)

24 octobre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

L' absolutisme libertaire


Les absolutistes de l'égalité ont trouvé des contradicteurs aussi bien chez les penseurs réactionnaires que chez les libéraux. La pensée de ces derniers est plus mesurée qu'on le croit, ils ne sont pas farouchement hostiles à l'égalité, ils se contentent de rappeler le plus souvent que les hommes ont "des droits égaux, mais non à des parts égales"  selon la formule de Burke.


Moins répandue, on peut aussi trouver sous la plume de ces penseurs une critique originale à l'encontre des absolutistes de la liberté. Le premier constat est un rappel salutaire : quand la liberté n'est pas accompagnée de morale et de vertu, elle devient le pire des maux. On imagine sans peine les désordres sociaux qu'elle peut provoquer.
Mais il s'agit surtout d'une critique de la conception métaphysique de la liberté appliquée à la politique. Or la politique n'est pas de l'ordre de la perfection ; si perfection il y a, elle est non à la racine des choses mais dans leur développement, grâce à un souci constant de rééquilibrage.
Dès lors, les principes abstraits, et notamment celui de liberté, ne peuvent être la mesure de la chose politique.

" Il faut se garder de l'erreur de croire que la liberté soit quelque chose d'absolu, non susceptible de plus et de moins" écrit Maistre.

Dans ces moments de grâce, les penseurs réactionnaires retrouvent le génie classique de la politique grecque, où le variable, le mixte, le plus et le moins l'emportent sur l'absolu.

C'est l'esprit de mesure et de justice qui triomphe contre les dogmes égalitaires ou libertaires. Ici, on renoue avec la définition de la politique selon Aristote : l'art de s'orienter avec prudence dans un monde incertain.



11 octobre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Le concept politique de souveraineté


La notion de souveraineté est un concept moderne, ignoré de la philosophie politique traditionnelle. Jean Bodin l'invente au 16ème siècle avec la conception d'un pouvoir unifié et indivisible attribué à un être impersonnel, l'Etat.


A y regarder de plus près, ce processus avait déjà été engagé, bien avant les écrits de Bodin, par les légistes royaux, dès le 13ème siècle.


" Rationalistes avant la lettre, les légistes royaux s'attachent à éliminer toutes les formes "irrationnelles" de légitimité politique, notamment les droits coutumiers. Contre les libertés féodales, ils posent les fondements d'un pouvoir étatique administratif et centralisateur, utilisant la fiscalité et l'institution du "cas royal" qui attribue peu à peu à l'Etat le monopole de la justice et de la police au détriment des féodaux. Dans l'ordre juridique abstrait qu'ils élaborent, la loi, conçue comme norme générale fondée rationnellement, devient l'attribut de la puissance étatique."
Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens.



La notion de "cas royal", instrument politico-juridique aux mains du légiste français contribua largement à subvertir le monde juridique du moyen-Âge, annonçant l'évolution vers l'Etat moderne centralisé.
Cette révolution des légistes, "avant-garde révolutionnaire du Tiers-Etat", suivant la formule de Carl Schmitt, fait de la France le premier pays à rompre avec la tradition européenne.

De fait, le souverain est au-dessus des lois civiles, sa puissance est indivisible et le pouvoir est unique, qu'il s'agisse d'un prince ou d'une assemblée. La souveraineté est donc compatible avec tous les modes de gouvernement, et la notion sera intégrée aussi bien par Bossuet pour glorifier celle du roi que par Rousseau pour glorifier celle du peuple.

Par une ironie de l'histoire assez cocasse, des penseurs "réactionnaires" comme Maistre ou Bonald, ardents défenseurs du concept de souveraineté, se rangent de ce fait et bien malgré eux du côté des Modernes.

06 octobre 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Le mythe de la lutte sociale

Lutte socialistewi Il existe un mythe que les adeptes de la démythification, souvent très prompts à ridiculiser les croyances du passé, ne s'empressent pas d'analyser, c'est le mythe de la lutte pour le progrès social.

Ce mythe urbain savamment entretenu par l'éducation nationale et les manuels scolaires circule aussi sous d'autres vocables comme la lutte sociale ou le mouvement social quand on ne le confond pas avec la grève. De quoi s'agit-il exactement ? le credo est simple : toutes les avancées sociales auraient été conquises de haute lutte par une caste dominée contre une caste dominante. Sans discuter apriori la notion d'avancée sociale qui est déjà une source de malentendus et qui semble sortir tout droit du petit catéchisme progressiste, on peut démythifier ce conte pour enfants à partir d'exemples simples.

Prenons les conditions de travail. Si la pénibilité des travaux physiques a reculé en Europe, si le travail des enfants a disparu, cela a peu à voir avec les grèves ou les manifestations bruyantes, pas même avec le bulletin de vote, c'est la conséquence du développement économique et de son corollaire, le développement technique. De nombreux pays européens n'ont pas de code du travail et ne s'en portent pas plus mal. Cela n'empêche pas le mythe de continuer à fonctionner au point que le réflexe de descendre dans la rue semble avoir conservé une sorte de pouvoir magique aux yeux d'une partie non négligeable de la population. Cette mascarade aboutit la plupart du temps à revendiquer des droits fictifs et insolvables au nom de la solidarité avec ses pairs mais au détriment des générations à venir sur lesquelles repose leur coût, jamais acquitté et toujours différé.


Un autre exemple, celui du féminisme. L'émancipation des femmes autrement dit leur quête de reconnaissance et de virilité est toujours présentée comme ayant été arrachée de haute lutte à la caste phallocratique dominante. Que de récits et d'images d'Epinale n'avons-nous pas en tête nous montrant des regroupements de femmes bien décidées à en découdre avec un ennemi invisible ? C'est pourtant dans l'expansion progressive du secteur tertiaire, dans la production de services moins pénibles et plus accessibles physiquement et bien sûr dans l'invention de la pillule contraceptive que se trouve cette source d'autonomie accrue.

Il est certain que l'histoire y perd en lyrisme, en grandes épopées collectives et fédératrices si précieuses aux sociétés de masse. C'est sans doute la raison pour laquelle, malgré leur allure de décor en carton-pâte, nous continuons à chérir et à perpétuer ces vieux mythes.

22 mars 2008 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La classe moyenne comme idéal social

 

Une société qui n'a pas renoncé à l'appartenance de classe bénéficie d'un heureux effet vital et probablement d'une garantie à long terme contre la médiocrité, tant que ce goût de la distanciation et de la distinction se perpétue en elle.

Au contraire, l'aspiration à une société sans classe qui trouve généralement sa source dans la jalousie et le ressentiment, n'augure rien de bon pour l'avenir d'une nation.

En Angleterre, la notion de classe n'est pas un tabou: les lords, la gentry, la upper class, la middle class et les lower classes garantissent une colonne vertébrale encore assez solide, bien que de plus en plus menacée, à la nation.

Avec la passion égalitaire chevillée au corps, la France n'en finit plus de lutter contre toute forme de discrimination, peu soucieuse du fait que la distinction est discriminatoire par nature. Après avoir raccourci notre dernier Bourbon au profit de la bourgeoisie, nous avons également détruit cette dernière à grands coups d'impôts sur la fortune, de droits de succession et de taxes foncières. Dans le même temps, l'éducation nationale  mettait un point d'honneur à ne rien transmettre aux nouvelles générations qui appartînt à la culture bourgeoise, encore indirectement teintée d'aristocratisme et d'élitisme ; et c'est ainsi que le niveau culturel des héritiers eux-mêmes a été dégradé.

L'ancienne bourgeoisie héritière de la révolution a achevé de se confondre avec les anciens ouvriers et les anciens paysans pour former ce que l'on appelle la classe moyenne.

Pour qu'une classe existe, il faut d'abord qu'elle ait une conscience de classe qui passe par un certain pouvoir d'achat et aussi par un niveau de culture, un art de vivre, un goût qui lui est propre et qu'elle cultive ; or s'il existe toujours une classe supérieure et une classe dite défavorisée, c'est selon le seul critère du revenu car elles ont la même culture de masse et le même niveau de langue rudimentaire, conséquence de cette aspiration vers le médiocre dont la France s'honore.

Avec sa haine des riches et sa complaisance pour les exclus, la société française semble n'avoir pour objectif que de se confondre avec la classe moyenne, de n'être que cela, ni plus ni moins.

 

09 décembre 2007 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

La politique sociale en question

La volonté de faire "du social" se revendique aujourd'hui avec une force telle que l'on en oublierait presque ce qu'elle peut avoir de destructeur pour la société. Il faut se méfier des choses qui semblent aller de soi et parfois savoir rappeler quelques évidences.

Il en est de l'argent comme de tout le reste, il n'est pas possible d'en avoir quand on ne se donne aucune peine pour s'en procurer ; et quand on en a, encore faut-il savoir en faire bon usage en évitant la prodigalité ou l'intempérance qui conduisent à la ruine. La pauvreté n'est pas nécessairement une injustice et il se peut qu'elle soit tout le contraire : une juste sanction.

Bien que cela paraisse difficile à accepter, certaines personnes ne méritent pas d'être enrichies, du moins  aussi longtemps qu'elles n'auront pas renoncé aux comportements irresponsables qui les ont conduites à la pauvreté. Ce serait encourager des comportements néfastes que de ne pas en tenir compte.

C'est là toute l'insuffisance d'une politique sociale entendue généralement comme une redistribution aveugle des richesses. Ce genre de politique se croit généreuse, mais elle  n'est rien d'autre qu'amorale en réalité.

01 décembre 2007 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

L'esprit des Lumières, héritage du classicisme

L'historien Hippolyte Taine a recherché l'origine de l'esprit des Lumières, cette tendance à l'abstraction,  en remontant au coeur même du classicisme français. C'est la fameuse hypothèse de l'esprit classique. A l'origine, il y a un trait de race, une forme d'intelligence dont le penchant est la raison raisonnante.

Cette disposition trouve au XVIIe siècle son terrain d'élection avec le salon, le cercle lettré où s'élabore un art de la conversation fondé sur une stylisation qui évacue toujours le singulier au profit du général. Bon connaisseur de la littérature anglaise qui renseigne toujours sur le statut social et l'aspect physique du héros, Taine s'effare de ne rencontrer dans les lettres françaises du XVIIe siècle que des Célimènes ou des Cléantes qui sont des types et non des personnes, en attendant les Persans et les Iroquois du XVIIIe, "plats comme des cartes à jouer et parlant comme des livres".

La vision abstraite et simplificatrice de l'humanité se mariera avec l'esprit scientifique pour donner naissance à cette chimère: l'homme en soi, affranchi de toute épaisseur et de toute détermination, toujours le même et partout.

Dominique Venner, De la monarchie à la Révolution.

06 novembre 2007 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La fable démocratique

 

La raison du plus grand nombre est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.

Un agneau se présentait à l'élection suprême,
Soucieux du bien commun et épris de justice.
Un loup survint, corrompu à l'extrême,
Et fut candidat en dépit de ses vices.
" Qui te rend si hardi de troubler mes sondages?
Dit cet animal plein de rage.
- Comment cela se pourrait-il, répondit l'agneau,
Sans appuis financiers ni faveur des médias ?
Ils sont de votre côté et me font défaut.
- Tu les troubles ! Fit le cruel candidat,
On me l'a dit, tes convictions sont les plus fortes,
Mais il n'est rien que tu puisses faire pour empêcher mon succès ". 
Là-dessus, le loup à la majorité l'emporte
Sans autre forme de procès.
Loup_et_agneau_7

06 novembre 2007 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

La sainte sécurité sociale

 

Le code de la sécurité sociale, véritable culte national, est inscrit dans le préambule de la Constitution de la Cinquième République.

Voici ce que dit ce code en matière d’assurance maladie : « La Nation affirme son attachement au caractère universel, obligatoire et solidaire de l'assurance maladie. Indépendamment de son âge et de son état de santé, chaque assuré social bénéficie, contre le risque et les conséquences de la maladie, d'une protection qu'il finance selon ses ressources. »

A la lecture de ce code, un constat s’impose : la loi de financement de l’assurance maladie à la française n’obéit pas à un processus assurantiel dans la mesure où la démarche traditionnelle de l’assurance est d’établir une correspondance entre les cotisations demandées et les prestations versées à partir d’une évaluation personnalisée des risques. L’assurance maladie n’en est donc pas une. Mais qu’est-ce alors ?

A l’occasion du cinquantième anniversaire de la Sécurité sociale, le président Jacques Chirac a prononcé une allocution mémorable au cours de laquelle il a rendu un vibrant hommage à cette organisation en affirmant qu’elle se plaçait "sur le terrain des valeurs", mieux encore que  désormais la Sécurité sociale faisait partie de  "l’identité de la France et du patrimoine des Français."  Bigre ! La sécurité sociale est valeur, elle est identité, c'est la première religion de France.

Pour combler le déficit de l’assurance maladie sans remettre en question son code dogmatique gravé dans le marbre républicain, l’Etat n’hésite pas à entrer dans l’intimité de chacun au nom de la solidarité nationale. Quand notre Etat laïque enseigne à la société civile le Bien et le Mal, on ne plaisante pas avec la morale et l’hygiène publiques.

Concrètement, cela donne des lois sévères pour criminaliser les consommateurs d’alcools ou de cigarettes, le tout sous couvert d’humanisme que l’on fait rimer avec assistanat, infantilisation et restriction des libertés individuelles.

C’est donc dans un souci égalitaire qu’en refusant d’évaluer les risques de maladie de chacun, on finit par brimer tout le monde. De façon universelle, obligatoire et solidaire, cela va sans dire.

 

17 avril 2007 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La transmission du savoir antique

La question de la transmission du savoir antique permet de mesurer à quel point il a existé une continuité historique entre les mondes païen et chrétien.

Dans l’antiquité tardive, avant les invasions germaniques, les lieux de transmission du savoir étaient très nombreux. Les empires d’occident et d’orient se partageaient les plus prestigieuses universités : à Athènes, Antioche, Alexandrie, Rome ou Milan. C’est à l’université de Milan que Saint Augustin reçut sa formation intellectuelle.

A mesure que le danger des invasions nordiques se précisait, les romains éprouvèrent le besoin de collecter toutes les connaissances disponibles. Deux événements majeurs illustrent cette volonté : dans l’empire d’occident, à Rome, le pape Hilaire créa la bibliothèque du Latran au 4ème siècle qui joua un grand rôle dans la transmission du savoir antique après la chute ; dans l’empire d’orient à la même époque, l’empereur Constance II créa un scriptorium qui rassemblait les plus grandes œuvres de la littérature grecque.

Après la chute de Rome, les rois germains ne détruisirent pas la civilisation romaine. Le roi Ostrogoth Théodoric le Grand qui s’installa à Ravenne fut conseillé par des lettrés latins tels que Boèce ou Cassiodore tandis que les grandes universités furent maintenues en activité, permettant aux futurs pères fondateurs du Moyen Age d’exercer leur influence.

Ceux-ci furent nombreux et certains savants particulièrement brillants s’imposèrent à la mémoire collective.

Les premiers furent des Latins

 

Boèce au 4ème – 5ème siècle commença à traduire et à commenter en latin les traités d’Aristote.

Cassiodore au 6ème siècle rassembla dans son monastère de Vivarium en Sicile toutes les œuvres aussi bien profanes que religieuses. Il fit traduire de très nombreux ouvrages grecs en latin.

Isidore de Séville au 7ème siècle écrivit dans l'Espagne wisigothique et chrétienne l'ouvrage le plus lu par les maîtres du Moyen Age qui s’intitule les Ethymologies, vaste synthèse encyclopédique des connaissances littéraires, scientifiques, juridiques et techniques de l'antiquité.

Les suivants furent des hommes du nord

Bède le Vénérable, moine de Yarrow au 7ème siècle, voyagea jusqu'à Rome et écrivit une synthèse historique, scientifique et grammaticale qui le place parmi les pères fondateurs du Moyen Age.

Colomban, moine irlandais du 7ème siècle, fonda en Italie du nord le monastère de Bobbio qui devint un centre de diffusion de manuscrits antiques.

Pour conclure, on ne peut pas ne pas évoquer deux événements majeurs dans ce processus de transmission du savoir antique en occident :

L'invasion Arabo-Berbère du sud de l'Espagne en 711 provoqua la fuite de nombreux lettrés outre Pyrénées qui apportèrent leur connaissance des oeuvres classiques. Cet événement contribua à l’éclosion de la renaissance carolingienne.

Beaucoup plus tard, un scénario identique allait se répéter avec l’invasion de Constantinople par les Ottomans en 1453 à la suite de laquelle de nombreux lettrés grecs se réfugièrent en Italie et contribuèrent à la renaissance italienne qui se répandit à travers toute l’Europe.

Image338_3 Saint John dictant au Vénérable Bède, Autriche vers 1140, conservé au National Gallery of Art, Washington DC, USA.

06 novembre 2006 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La loi Lamine Gueye

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Le code de l’indigénat de 1887 attribuait le statut de sujet français aux populations de l’Empire. Contrairement aux citoyens français, ces sujets ne pouvaient être ni électeurs ni élus.

La Constitution de 1946, fondatrice de la Quatrième République, modifia le statut des colonies. L’Empire devint l’Union Française et les colonies devinrent des départements et territoires d’outre-mer; de ce fait, la Constitution de 1946 faisait de millions d'hommes de couleur des citoyens français, donc des électeurs et potentiellement, de futurs élus. L'initiateur et le rapporteur de cette loi fut le député noir sénégalais Lamine Gueye de la SFIO.

Cette extension considérable du suffrage universel était lourde de conséquence, elle aurait eu pour résultat de faire siéger au parlement français un nombre d'élus d'outre-mer à peu près équivalent à celui de métropole. Ces derniers auraient pu devenir des arbitres entre les partis, déplacer la majorité et bientôt peut-être la constituer à eux seuls. Une telle révolution du cadre constitutionnel est à peu près comparable au fameux édit de Caracalla de 212 après Jésus-Christ qui faisait citoyen romain tous les administrés de l’Empire, ce qui n’est tout de même pas de très bon augure pour qui sait humer dans l’air du temps le parfum de la décadence.

Un homme s‘opposa à ce projet, conscient du danger que faisait peser sur son pays le poids démographique des colonies, et considérant les français comme un peuple européen de race blanche et de religion chrétienne: ce fut le général de Gaule . Ce peuple qu’il avait contribué à libérer de l’occupation germanique, il ne souhaitait certainement pas le voir devenir la colonie de ses colonies.

Le putsch des militaires en Algérie, le 13 mai 1958, porta au pouvoir le général de Gaule qui abolit la Quatrième république. Mais il était trop tard pour revenir en arrière. Il ne restait plus qu'une solution pour sauvegarder la France telle qu’il la concevait : l'instauration d'un nouveau régime avec une nouvelle Constitution (la Cinquième), plus autoritaire et donnant un maximum de pouvoir à l'exécutif, dans la mesure où le parlement ne pouvait que faire la part de plus en plus belle à la représentation des allogènes de l'outre-mer.

La décolonisation fut la solution ultime qui permit d'échapper provisoirement aux exigences du pluralisme. Et de reblanchir le parlement.

23 septembre 2006 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Homère

"Chante déesse, d'Achille la colère funeste qui de maux infinis accabla les Achéens et précipita chez Hadès tant de fortes âmes de héros, livrés eux-mêmes en pâture aux chiens et aux oiseaux de proie. Et le dessein de Zeus s’accomplissait, depuis qu’une querelle avait divisé l’Atride, gardien de son peuple, et le divin Achille… »

On ne peut se lasser de murmurer les premières stances de l’Iliade. On le fait avec une ferveur que le temps n’érode pas. Ce poème composé vers le 9ème siècle avant notre ère, voici donc près de trente siècles, et qui chante des héros plus anciens encore, oui, dans l’ordre de l’ancienneté, il est le premier de l’ancien monde européen, de notre monde. S’il a résisté au temps comme par miracle c’est qu’il est incomparable en tout et fondateur en tout. En ce sens, pour nous, il appartient à la primordialité la plus authentique.

Ce poème sacré nous dit ce que nous étions dans notre aurore rayonnante, à nul autre pareil. Sous les artifices de la légende épique, il s’enracine dans une histoire réelle et en des personnages qui, pour plusieurs, ont existé. Il rend compte pour l’histoire lointaine et oubliée de tous les autres Européens, Celtes, Slaves, Germains ou Scandinaves, dont les poèmes sacrés et les grandes légendes offrent des analogies constantes avec la représentation du monde révélée par l’Iliade et l’Odyssée.

Pour les Français et les Européens que nous sommes, ces poèmes traduisent l’originalité unique de notre être au monde, notre façon d’être des hommes et des femmes, devant la vie, la mort, l’enfantement, la cité. Nous narrant les épreuves, les passions de très lointains aïeux par cousinage, il nous dit que nos angoisses, nos espérances, nos peines et nos joies ont déjà été vécues par nos devanciers, qui furent également jeunes, ardents parfois jusqu’à la folie, ou encore sages et avisés. Achille cédant à la fougue d’un sang impétueux, Priam pleurant la mort de son fils, Hélène l’ensorcelée, Andromaque, jeune épouse et jeune mère angoissée, Ulysse le rusé, Pénélope la fidèle, Nestor le sage, oui, ce qu’ils nous disent en agissant et se livrant devant nous est toujours actuel. Leur destin nous rappelle que nous ne sommes pas seuls en ce monde tour à tour beau et inquiétant. Leur histoire nous parle de sentiments qui nous sont familiers, si différents de ceux que suggèrent les plus beaux contes de l’Asie ou de l’Orient. Elle dit le respect des ancêtres et de la nature enchantée, la bienveillance du fort pour le faible, l’attrait pour ce qui est noble et beau, le mépris de la bassesse et de la laideur. Plein de pitié pour le sort cruel de ses héros, Homère montre aussi pour eux son admiration.

Avec l’Iliade, Homère a composé le premier des poèmes tragiques, exprimant une vision spécifique de la condition humaine. Il chante l’énergie lucide des hommes aux prises avec leur destinée, dépourvus d’illusion sur les dieux qu’ils savent soumis à leurs caprices, et n’espérant d’autre ressource que d’eux-mêmes et de leur force d’âme. Il les montre face aux puissances mystérieuses de la nature et de leur nature. Malgré l’omniprésence des divinités, le poète ne tient pas un discours religieux ou philosophique. Et pourtant, de son poème on peut tout à la fois tirer une philosophie et une vision religieuse, ce que firent les Grecs tant que vécut l’Hellade. Dostoïevski l’avait compris: « Dans l’Iliade, Homère a donné à tout le monde antique une organisation de vie spirituelle et de vie terrestre tout aussi fortement que le Christ au monde nouveau. » La dévotion de Dostoïevski pour le Christ donne la mesure du compliment. Dans ses commentaires sur l’œuvre, l’un des traducteurs français de la fin du 20ème siècle insiste sur le fait qu’en Grèce « Homère était le maître du livre unique auquel toujours se référer. Il n’est pas exagéré de comparer cette force de rayonnement des deux poèmes d’Homère à celle de la Bible, et, chez les Juifs de tous les siècles, à celle de l’Ancien Testament. ». Les jeunes Grecs apprenaient par cœur les textes homériques à l’école et s’y référaient toute leur vie comme à l’autorité suprême. A l’époque romaine, le rhéteur Dion de Pruse remarquait encore: « Homère est le commencement, le milieu et la fin pour tout enfant, tout homme, tout vieillard, car de son propre fonds il donne à chacun la nourriture dont il a besoin. » Et pour nous, qui assistons à la fin du « monde nouveau » évoqué par Dostoïevski, Homère redevient la source de sagesse et de vitalité qu’il avait été, avec d’autant plus de force qu’il a franchi l’épreuve du temps. Dans le vide sidéral du nihilisme accompli, l’Iliade retrouve sa fonction de livre sacré, l’expression achevée d’une vision intérieure sans laquelle un peuple meurt.

Dominique Venner; Histoire et tradition des Européens, Le Rocher, Paris, 2002

Homere

Buste d'Homère
Rome, 2ème s.

24 février 2006 dans Du pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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