L'imposture antillaise

 

Il reste à la France quelques débris d'empire qu'elle n'a pas encore totalement fini de liquider, même si on parle enfin d'autonomie et de référendum en faveur de populations qui n'ont jamais été françaises que par suite de politiques économiques dévoyées.  L'économie politique a vocation à expliquer le fonctionnement des échanges, pas à les orienter, auquel cas elle se transforme en idéologie. C'est exactement ce qui s'est passé en ce qui concerne la genèse historique des colonies.

Les première colonies françaises sont l'aboutissement d'une orientation mercantiliste de l'économie qui se développa au XVIIe siècle et dont Colbert est devenu le symbole.  Le système mercantiliste repose sur la conviction que la puissance d'un gouvernement dépend de la quantité de métaux précieux en circulation à l'intérieur du pays, c'est pourquoi il s'agit de multiplier les réglementations et les taxes en vue d'empêcher les sorties de monnaie, et donc les importations, ce que l'on appelle aussi aujourd'hui le protectionnisme.

Dans la même optique, pour éviter les achats à l'étranger de produits de luxe, le premier d'entre eux étant le sucre coûteux en or et argent, les gouvernants français du XVIIe siècle octroyèrent des chartes et des privilèges fiscaux à des compagnies privées, comme la Compagnie des Iles d'Amérique, à charge pour elles de développer dans les colonies les plantations de sucre. C'est ainsi que sont nées ces colonies dont le corollaire au développement a été la fameuse traite négrière, aberration économique et morale, puisqu'elle réintroduisait une pratique de l'antiquité païenne au mépris du christianisme et de ses devoirs.

Ces gens là sont français depuis quatre siècles ! nous disent les nostalgiques, oubliant au passage que leur citoyenneté n'a été reconnue qu'en 1946, lors de la proclamation de la Quatrième République. Non, ils étaient esclaves, et puis sujets de l'Empire, c'est tout.

Plus tard, à la fin du XIXe siècle, d'autres errements idéologiques entraînèrent d'autres extensions impériales, c'était le temps des colonies républicaines, cette fois-ci : 

« Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C'est par l'expansion, par le rayonnement dans la vie du dehors, par la place qu'on prend dans la vie générale de l'humanité que les nations persistent et qu'elles durent ; si cette vie s'arrêtait, c'en serait fait de la France ». Léon Gambetta en 1872

« Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures »  Jules Ferry le 28 juillet 1885.

Loin de faire la fortune de la France, ces colonies furent un boulet économique (Empire colonial et capitalisme français : Histoire d'un divorce de J. Marseille). Mais créees plus tardivement, l'Etat français s'en est aussi détaché plus tôt. Pour les mêmes raisons économiques, mais également parce que l'identité française des colonies antillaises relève de l'imposture historique, il serait grand temps d'agir de même avec elles.

 

 

Derrière les idoles modernes

 

Que se cache-t-il derrière les idoles modernes ? Un début de réponse, peut-être, en se penchant sur les notions de liberté et d'égalité, si essentielles à nos constitutions.

La passion égalitaire ne vient peut-être pas d'une préoccupation vertueuse pour le bien commun mais plutôt d'une hantise de l'inégalité et de ses conséquences, parce que quand les inégalités apparaissent, les hommes deviennent dépendants les uns des autres, ils sont tenus par une chaîne de dépendances mutuelles, voilà sans doute ce qui fait horreur à l'individu moderne qui se veut autocratique.

Quant à la liberté telle qu'elle est entendue par les modernes, elle s'écarte nettement de la perception que pouvaient en avoir les anciens, notamment Aristote. Pour ce dernier, la liberté est subordonnée à la vertu sans quoi elle devient pure licence, excès et dérèglement ; en réalité, c'est l'exercice de la vertu qui libère les hommes. Au contraire, pour les modernes, c'est la liberté qui est censée rendre les hommes vertueux si bien qu'elle n'est plus subordonnée à rien d'autre qu'elle-même. On passe donc d'une liberté pour quelque chose ou liberté transitive, à une liberté pour elle-même ou liberté intransitive. C'est qu'il est insupportable à l'homme moderne que la liberté puisse dépendre de quelque chose de plus haut, ce serait lui assigner des limites. Là encore, derrière les belles valeurs se profile le même instinct de toute puissance divine, le fantasme de l'homme auto-législateur de sa propre vie, de ses lois et de ses valeurs.

Le métissage expliqué au hamster de ma fille

 

TAHAR TAGUL et le HAMSTER

 

HAMSTER : Dis-moi, est-ce vrai que les races n'existent pas ?

TAHAR TAGUL : Tout à fait ! vois-tu, la variabilité génétique à l'intérieur d'un même groupe est plus forte qu'entre des groupes différents. Ainsi, il se peut fort bien qu'un Français blanc, d'où qu'il vienne,  ait plus de gènes en commun avec un habitant de Ouagadougou qu'avec un paysan de la Nièvre.

HAMSTER : Très instructif. On dit aussi qu'il faut éviter une trop forte consanguinité car cela pourrait conduire à des dégénérescences, c'est vrai ?

TAHAR TAGUL : Mais oui, comment le sais-tu ? Tu es bien informé. En effet, on s'accorde à dire qu'une trop forte consanguinité n'est pas la panacée pour l'homme.

HAMSTER : Ainsi, afin d'éviter le risque de la consanguinité, il vaut mieux que le Français blanc se marie avec une paysanne nivernaise, plutôt qu'avec une femme de Ouagadougou.

TAHAR TAGUL : Euh...non !

HAMSTER : Le métissage le plus radical consiste donc à se mélanger avec les gens de son propre groupe alors !

TAHAR TAGUL : Mais il est con ce hamster !

HAMSTER : Pour plus de diversité, fermons les frontières !

TAHAR TAGUL : Mais tu vas te taire, oui !  (Il saisit le hamster et le jette par la fenêtre ) J'en rachèterai un autre à ma fille.

 

L'éducation selon Aristote

 

Les hommes, à ce qu'on prétend, deviennent et sont vertueux, tantôt par nature, tantôt par habitude, tantôt enfin par éducation. Quant à la disposition naturelle, elle ne dépend pas de nous évidemment ; c'est par une sorte d'influence toute divine qu'elle se rencontre dans certains hommes qui ont vraiment, on peut dire, une chance heureuse. D'un autre côté, la raison et l'éducation n'ont pas prise sur tous les caractères ; et il faut qu'on ait préparé de longue main l'âme de l'élève, pour qu'il sache bien placer ses plaisirs et ses haines, comme on prépare la terre qui doit nourrir le germe qu'on lui confie.

L'être qui ne vit que par la passion, ne peut pas écouter la voix de la raison qui le détourne de ce qu'il désire ; il ne peut même pas la comprendre. Comment retenir et dissuader un homme qui est dans cette disposition ? La passion en général n'obéit pas à la raison ; elle ne cède qu'à la force.

Ainsi, la première condition, c'est que le coeur soit naturellement porté à la vertu, aimant le beau et détestant le laid. Mais il est bien difficile qu'on soit dirigé convenablement dès son enfance vers la vertu, si l'on n'a pas le bonheur d'être élevé sous de bonnes lois. Une vie tempérante et rude n'est rien moins qu'agréable à la plupart des hommes, ni surtout à la jeunesse. Aussi, est-ce par la loi qu'il faut régler l'éducation des enfants et leurs travaux ; car ces prescriptions ne seront plus pénibles pour eux, quand elles seront devenues des habitudes.

Il ne suffit même pas que les hommes dans leur jeunesse reçoivent une bonne éducation et une culture convenable ; mais comme il faut, quand ils seront arrivés à l'âge viril, qu'ils continuent cette vie et qu'ils s'en fassent une habitude constante, nous aurons besoin de nouveau, pour atteindre ce résultat, du secours des lois. En un mot, il faut que la loi suive l'homme durant son existence entière ; car la plupart des hommes obéissent bien plutôt à la nécessité qu'à la raison, et aux châtiments plutôt qu'à l'honneur.

Aristote, "Du plaisir et du vrai bonheur" ; Ethique à Nicomaque.  

Homo, Bi, Trans...


Nous sommes sommés par la vox populi d'admettre des droits pour le moins fantaisistes revendiqués par des soi-disant minorités sexuelles, toujours plus visibles, et toujours avec le même argument asséné avec la dernière vigueur : reconnaissons-les, puisqu'elles existent ! Ce sont des faits, il faut se contenter de les constater et d'en prendre acte, car la société évolue, mon cher ami...

Pour en arriver là, il a fallu entretenir volontairement une confusion entre des modes de comportement et des genres, sans quoi ces nouvelles revendications n'eussent même pas été envisageables. Une inversion sexuelle partielle devient ainsi un nouveau genre appelé "bisexuel" tandis qu'une inversion totale, dont les causes psychiques ou physiologiques n'ont jamais été clairement énoncées, est attribué au genre " homosexuel ", comme si nous avions affaire avec un troisième sexe, pour paraphraser le titre d'un ouvrage célèbre.

Tenir des modes comportementaux pour des genres permet de créer artificiellement de nouvelles catégories juridiques, en d'autres termes d'adjoindre à ces comportements une personnalité morale, ce qui autorise ensuite des regroupements par association et pour finir, la revendication de droits inédits. Or, si l'on s'en tenait réellement à la constatation des faits, nous ne verrions derrière ces comportements que des hommes et des femmes, c'est-à-dire des personnes physiques qui n'ont rien de particulièrement spécifique, en tout cas rien qui mérite la création de nouveaux droits.

Oui, dira-t-on, mais et les transexuels alors ? Certes, le sexe d'un individu est constitutif de son identité et à ce titre on pourrait penser qu'un transexuel puisse revendiquer une identité à part entière et de nouveaux droits attachés à sa personne physique. Mais un transexuel est un homme qui se fantasme en femme, plus rarement l'inverse, à qui la science a permis de donner à son fantasme l'apparence de la réalité. Reconnaître son identité comme un fait, ce n'est pas reconnaître la réalité, c'est au contraire entrer dans son fantasme, et ajouter la manipulation sémantique à la manipulation chirurgicale.

On peut tolérer, dans une société libérale, tous ces comportements individuels, mais il n'est pas admissible qu'ils investissent le domaine du droit civil et qu'ils imprègnent l'esprit des lois pour entrer en concurrence avec les normes comportementales qui assurent à toute société sa survie et son avenir. Que la marginalité s'assume en tant que telle, qu'elle reste dans la marge, et jouisse paisiblement de la tolérance qui lui est gracieusement accordée.

 

Pour une écologie de l'homme

 

" Si les forêts tropicales méritent notre protection, l'homme ne la mérite pas moins " a déclaré le pape Benoit XVI, opérant une révolution dans les esprits. Jusqu'alors, seuls les animaux et les végétaux pouvaient faire l'objet de principes de précaution écologiques, tandis que les hommes, échappant comme par magie à la nature, étaient encouragés à expérimenter tout et n'importe quoi, spécifiquement en matière de moeurs. Le pape, loué soit-il, nous ramène à la raison.

La conception d'une humanité essentiellement dénaturée, n'ayant plus de compte à rendre qu'à ses propres artifices, a engendré une conception de la liberté comprise comme indétermination ; est libre celui qui refuse de se laisser enfermer dans une donne qui lui est antérieure, la créature libre est indéterminée et elle l'est indéfiniment, la société n'est plus qu'un terrain de jeu où les rôles sont interchangeables.

La fausse liberté est facilement reconnaissable, elle entonne à tous propos le refrain de l'émancipation, et ce faisant, elle nie la finitude humaine. Nous sommes des créatures éphémères, la brièveté de notre existence nous contraint à faire des choix, souvent dans l'urgence, et parfois même nous ne choisissons pas car notre nature a choisi pour nous, être homme ou femme, cela n'est pas indifférent et ce n'est pas le fait d'un caprice. A ce titre, il semble peu probable qu'une différenciation organique puisse ne pas aller de pair avec une différenciation comportementale, sans quoi elle serait parfaitement absurde. La liberté de l'individu est là où est son épanouissement et non là où est son bon plaisir, cet épanouissement n'est possible que dans le cadre que nous assigne, non pas la nature en général, mais notre constitution naturelle humaine et sexuée. De même qu'il existe des nécessités d'ordre physique, de la même façon il existe des nécessités d'ordre comportemental qui varient en fonction du sexe et auxquelles on ne peut déroger sans mettre en péril notre propre équilibre ou celui de la société dans son ensemble ; c'est le rôle des hommes d'église de nous le rappeler et nous devrions leur en savoir gré.

Qu'en est-il exactement des exigences nihilistes actuelles ? Nous en sommes à faire des enquêtes sur la répartition des tâches ménagères entre les hommes et les femmes, avec pour horizon l'idéal clairement exprimé d'un égalitarisme sexuel absolu. Ceux qui expriment cet idéal croient sans doute émanciper les individus en niant une donne naturelle, mais ils ne font que se tromper de nature en alignant les comportements humains sur ceux des fourmis dont les ouvrières sont asexuées. A bien y réfléchir, une société asexuée serait la condition nécessaire à une indifférenciation effective des rôles sociaux. Avec son plaidoyer pour une écologie de l'homme, le pape s'inscrit en faux contre cette société là et réintègre les hommes dans leur véritable nature, leur nature humaine pour une société humaine.

Utilitarisme

 

Les tenants de la doctrine contractualiste affirment le caractère purement conventionnel du droit et de la société civile. Selon cette doctrine, la vie sociale est le fruit d'un calcul où les intérêts individuels sont avantagés de sorte que chacun y trouve son compte. La vie sociale, le droit et la justice, ne sont pas naturels, mais ils sont nécessaires et utiles.  

S'inspirant d'Aristote, le philosophe allemand Léo Strauss oppose à cette idée un brillant démenti dans son essai intitulé Droit naturel et histoire :

" L'homme est par nature un être social. Il est constitué de façon à ne pouvoir vivre qu'en société. Puisque la raison ou le langage le distingue des animaux et que le langage est communication, l'homme est encore plus social que les autres animaux sociaux : l"humanité est socialité. L'homme se réfère à autrui, ou plutôt lui est référé dans chacun de ses actes, qu'il soit social ou anti-social. Sa socialité ne procède manifestement pas d'un calcul du plaisir qu'il escompte de la fréquentation d'autrui ; au contraire il se plaît en société parce qu'il est par nature social. L'amour, l'affection, l'amitié, la pitié lui sont aussi naturels que le souci et le calcul de son propre bien. C'est sur la socialité naturelle de l'homme que repose le droit naturel au sens étroit de l'expression. Parce que l'homme est par nature social, la perfection de sa nature inclut la vertu sociale par excellence, la justice : la justice et le droit sont naturels "

Léo Strauss ; Droit naturel et histoire.

 

Hédonisme

 

L'hédonisme peut se présenter dans le meilleur des cas comme une philosophie héritière d'Epicure et de Lucrèce, mais force est de constater que sa version moderne s'accompagne d'une vulgarisation dont le principe se résume à l'identification du plaisir au bien, et que cette sorte d'hédonisme appauvrit considérablement les ressources morales humaines.

Le bien est ce qui nous fait plaisir ! clame l'hédoniste. Et il ne va guère plus loin. On pourrait l'aider un peu et lui suggérer que l'on peut distinguer parmi les plaisirs divers degrés de qualité, lui révéler qu'il existe peut-être une hiérarchie des plaisirs selon que l'on est homme ou âne, par exemple. Que notre constitution naturelle réclame une distinction entre les plaisirs bons et mauvais, entre ceux qui contribuent à une vie bonne où les inclinations naturelles de l'homme sont satisfaites chacune à sa place et ceux qui le perdent et l'enlisent dans toutes sortes d'excès qui lui sont préjudiciables au moral comme au physique.

Dans son Ethique à Nicomaque, le philosophe Aristote invite les hommes à placer leurs plaisirs et leurs peines dans les conduites adéquates, à les ressentir à bon escient " car celui qui sait bien user de ces deux sentiments sera bon, et le méchant sera celui qui en usera mal ". C'est ainsi que la distinction entre les bons et les mauvais hommes se retrouve dans le choix de leurs plaisirs.

Si le plaisir accompagne le bien, tout plaisir n'est pas pour autant un bien, loin s'en faut, c'est pourquoi il ne saurait être une quête en soi.

 " Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné en plus " (Mt 6, 25-32)

SOS racismeS

 

La lutte actuelle contre le racisme n'est qu'une forme de racisme supplémentaire dans la mesure où elle laisse dans l'ombre certaines agressions qui ne rentrent pas dans le cadre de son idéologie.

Par exemple dans la video dont le lien est ci-dessous, on voit un homme se faire agresser et traiter de "Français de merde ", une telle insulte accompagnée de coups violents devrait entrer dans les critères de reconnaissance d'une agression à caractère raciste, et pourtant ce ne fut pas suffisant aux yeux des vigiles de l'antiracisme national pour qu'ils daignent appeler à la vigilance comme ils le font si volontiers en d'autres circonstances. Certes, cette video est controversée, ne serait-ce que parce qu'elle n'était pas destinée à être diffusée sur le web, toutefois ce genre de fait divers est banal, et c'est sur ce point que les associations antiracistes ne font pas leur travail puisqu'elles occultent la réalité des actes racistes, la réalité de leur nature et de leur fréquence.  A croire que la lutte contre le racisme n'est pas leur véritable préoccupation et que leur objectif est ailleurs.

L'humoriste P. Desproges avait jadis refusé d'adhérer à l'association SOS Racisme alléguant qu'il en serait membre le jour où l'on mettrait un "S" au mot racisme, car il le savait bien, le racisme n'est pas à sens unique. En vertu de quoi le serait-il ? On peut raisonnablement envisager autant de racismes possibles que l'on peut différencier de races, c'est une question de simple logique. Que la race soit un concept valide ou pas n'a en l'occurrence aucun rapport avec la réalité des racismes et de leurs manifestations noctures dans les bus de la RATP.

Lien : agression dans un bus de nuit

Le monde selon Darwin

 

Darwin n'a jamais écrit que l'homme descendait du singe ; les poissons, les reptiles, les singes sont des animaux actuels et les hommes n'en descendent pas, ils ont des ancêtres communs avec eux, ce qui ne signifie pas grand chose dans la mesure où toutes les espèces actuelles ont une origine commune, elles appartiennent à une sphère globale de parenté.

En fait, les lignées évolutives ne sont pas entièrement linéaires,  il y a de nombreuses branches, comme pour un arbre. En poussant le raisonnement, on peut toujours retrouver un ancêtre commun, jusqu'à en trouver un à toute forme de vie. Après cet ancêtre commun dont on ne sait d'ailleurs rien, les lignées évoluent indépendamment, ce qui fait qu'à partir d'un certain niveau, le terme "ancêtre commun" perd de son sens.

Biologiquement, l'homme appartient au règne animal , il EST un animal qui a développé des aptitudes sociales et politiques, il en a aussi développé de spirituelles, celles-la même qui lui font reconnaître une intelligence divine au dessus de lui dont il porte l'étincelle fragile et éphémère. 

Darwin n'a jamais été fâché avec l'Eglise, il a d'ailleurs été enterré fort chrétiennement dans l'abbaye de Westminster.

La théorie de la sélection naturelle a fortement inspiré les penseurs du XIXe siècle, notamment ceux qui l'ont utilisée pour promouvoir un darwinisme social, accusant au passage le christianisme d'être responsable de la décadence en favorisant les tarés et les faibles en général. Mais ont-ils vraiment lu Darwin ? Ont-ils compris la sélection naturelle ? Dans La Filiation de l'homme, publié en 1871, le naturaliste anglais écrit les lignes suivantes :

" À mesure que l’homme avance en civilisation, […] chaque individu […] doit étendre ses instincts sociaux et ses sympathies à tous les membres d’une même nation, même s’ils lui sont personnellement inconnus. Une fois ce point atteint, seule une barrière artificielle peut empêcher ses sympathies de s’étendre aux hommes de toutes les nations et de toutes les races."

 " La sélection naturelle, principe directeur de l’évolution impliquant l’élimination des moins aptes dans la lutte pour la vie, sélectionne dans l’humanité une forme de vie sociale dont la marche vers la civilisation tend à exclure de plus en plus, à travers le jeu lié de la morale et des institutions, les comportements éliminatoires. En termes simplifiés, la sélection naturelle sélectionne la civilisation, qui s’oppose à la sélection naturelle. "

Il y aurait donc une forme de vie sociale sélectionnée par le principe de l'évolution et qui tendrait à exclure de plus en plus les comportements éliminatoires ; toute ressemblance avec le christianisme n'est certainement pas fortuite... 

Finalement, ce sont plutôt les hérésies chrétiennes qui semblent contraires à la sélection naturelle ; prenons l'exemple du socialisme, il n'est en rien une forme de vie sociale puisqu'il est une émanation de l'Etat, en outre son principe collectiviste est par essence aveugle à toute morale, voire criminel, il devra donc disparaître du fait de son caractère nuisible et antisocial, après avoir été tristement expérimenté. Ou bien alors Darwin nous a vraiment raconté n'importe quoi.

 

Une plaisanterie au sujet du pape


J'ai reçu cette histoire dans ma boîte électronique de la part d'une amie.

A son retour à Rome, par une belle après-midi ensoleillée, le Pape aurait confié à une journaliste : " Il fait beau aujourd'hui !"


Ces propos ont aussitôt soulevé dans le monde entier une immense émotion et alimentent une polémique qui ne cesse de grandir.


*_ Quelques réactions :_*

Le maire de Bordeaux : " Alors même que le pape prononçait ces paroles, il pleuvait à verse sur Bordeaux ! Cette contre-vérité, proche du négationnisme, montre que le pape vit dans un état d'autisme total. Cela ruine définitivement, s'il en était encore besoin, le dogme de l'infaillibilité pontificale !"

Le Grand Rabbin de France : " Comment peut-on encore prétendre qu'il fait beau après la Shoah ?"

Le titulaire de la chaire d'astronomie au Collège de France : " En affirmant sans nuances et sans preuves objectives indiscutables qu'il fait beau aujourd'hui", le pape témoigne du mépris bien connu de l'Église pour la Science qui combat ses dogmes depuis toujours. Quoi de plus subjectif et de plus relatif que cette notion de ³beau ? Sur quelles expérimentations indiscutables s'appuie-t-elle ? Les météorologues et les spécialistes de la question n'ont pas réussi à se mettre d'accord à ce sujet lors du dernier Colloque International de Caracas. Et Benoît XVI, ex cathedra, voudrait trancher, avec quelle arrogance ! Verra-t-on bientôt s'allumer des bûchers pour tous ceux qui n'admettent pas sans réserve ce nouveau décret ?

L'Association des Victimes du Réchauffement Planétaire : " Comment ne pas voir dans cette déclaration provocatrice une insulte pour toutes les victimes passées, présentes et à venir, des caprices du climat, inondations, tsunamis, sécheresse ? Cet acquiescement au temps qu'il fait montre clairement la complicité de l'Église avec ces phénomènes destructeurs de l'humanité, il ne peut qu'encourager ceux qui participent au réchauffement de la planète, puisqu'ils pourront désormais se prévaloir de la caution du Vatican.

Le Conseil Représentatif des Associations Noires : " Le pape semble oublier que pendant qu'il fait soleil à Rome, toute une partie de la planète est plongée dans l'obscurité. C'est là un signe intolérable de mépris pour la moitié noire de l'humanité!"

L'Association féministe Les Louves : " Pourquoi 'il' fait beau et pas 'elle' ? Le pape, une fois de plus s'en prend à la légitime cause des femmes et montre son attachement aux principes les plus rétrogrades. En 2009, il en est encore là, c'est affligeant !"

La Ligue des Droits de l'homme : " Ce type de déclaration ne peut que blesser profondément toutes les personnes qui portent sur la réalité un regard différent de celui du pape. Nous pensons en particuliers aux personnes hospitalisées, emprisonnées, dont l'horizon se limite à quatre murs ; et aussi à toutes les victimes de maladies rares qui ne peuvent percevoir par leurs sens l'état de la situation atmosphérique. Il y a là, sans conteste, une volonté de discrimination entre le beau, tel qu'il devrait être perçu par tous, et ceux qui ressentent les choses autrement. Nous allons sans plus tarder attaquer le pape en justice."

A Rome, certains membres de la Curie ont bien tenté d'atténuer les propos du pape, prétextant son grand âge et le fait qu'il ait pu être mal compris, mais sans succès jusqu'à présent.


 

Justice sociale


Qu'entend-on par justice sociale ? Il s'agit généralement d'un ensemble de mesures sociales coercitives destinées à empêcher ceux qui sont naturellement plus doués que les autres de tirer parti de leurs aptitudes, il s'agit de brider les dons individuels afin qu'ils ne puissent pas être cultivés à leur plus haut degré.

Derrière cette conception de la justice sociale, il y a un présupposé qui amène à considèrer que la répartition inégale des dons est une injustice commise par la nature en sorte que la société se doive de la réparer. Et c'est cela qui me semble contestable. En effet, un tel présupposé induit une vision atomisée et guerrière des rapports sociaux, une vision où chacun entre en conflit contre l'autre, ce qui implique la nécessité de partir avec les mêmes armes pour affronter son semblable dans la jungle sociale ; où l'on constate que l'égalitarisme est avant tout un individualisme.

A l'inverse, admettre les inégalités, c'est admettre que la nature fasse éclore les dons à des degrés variés afin de s'accomplir dans toute sa perfection mais aussi afin que chacun puisse s'accomplir en l'autre dans un lien de dépendance, une chaîne de solidarité ; c'est la célèbre théorie de l'inégalité protectrice chère à Maurras.

Il apparaît que la véritable justice sociale consisterait à donner de grandes facilités à l'individu doué pour que les autres puissent en fin de compte profiter à leur tour des fruits de son talent.  



Du mal : ce qu'en pense le docteur évangélique

 

Le bien est ce qui est naturellement désirable, hors ce que désire la nature c'est son être et sa perfection.

Croire que le mal pourrait être le contraire du bien serait lui faire trop d'honneur, ce serait lui attribuer un être à part entière ; or le mal n'est justement pas un être. Le mal ne peut se définir en lui-même, il se définit négativement comme une absence de bien ou plutôt une corruption du bien. Le mal se trouve dans les choses à l'état virtuel puisque sa nature consiste précisément en ce qu'un être défaille à l'égard du bien.

Par suite, le docteur évangélique distingue deux types de maux : la peine et la faute ; la peine est une privation de forme ou d'intégrité qui serait contraire à la volonté, comme la cécité par exemple, tandis que la faute est un manquement volontaire " Car on impute à faute ce qui s'écarte de l'action parfaite dont l'agent est le maître par sa volonté ".

Pour comprendre comment un être peut s'écarter volontairement de l'action parfaite, il est nécessaire de méditer cette parole du Christ " Hors de Moi vous ne pouvez rien faire" et nous devons en être convaincu, tout le bien que nous pouvons faire ne vient pas de nous, notre aptitude au bien ne fera jamais de nous des hommes intrinsèquement bons car ce que nous avons en propre, c'est la faiblesse, pas la bonté.

Le fait que l'on puisse désirer volontairement le mal ne fait pas que le mal devient naturellement désirable, c'est plutôt le signe que ce désir prend sa source dans une nature corrompue. Il se peut même qu' à force de dégradation, une âme prenne le mal pour un bien " De même on pourrait ajouter indéfiniment péchés sur péchés, et ainsi affaiblir de plus en plus l'aptitude de l'âme à la grâce; car les péchés sont comme des obstacles interposés entre nous et Dieu " écrit Saint Thomas.

Si cette confusion venait à se répandre à la société tout entière, si l'encouragement de tout ce qui n'est pas naturellement désirable devenait institutionnel et prenait forme de publicités, de slogans, de revendication sociales et prenait appui sur divers lobbies ou autres subventions, alors il serait sans doute permis de parler de décadence et de douter sérieusement de l'avenir d'une telle société.

Mais ne soyons pas trop pessimiste, si le mal nous dégrade, il ne peut détruire complètement cette aptitude au bien qui reste la nôtre, car elle tient à notre nature.

 

 

Le préservatif en Afrique


Message d'un archevêque africain aux occidentaux : " Vous démissionnez de votre volonté, de l'engagement, de l'effort...je ne sais pas vers où vous allez "

 

Du droit naturel aux droits de l'homme

 

Le droit naturel trouve sa source dans la connaissance de ce qui est essentiellement juste, c'est donc un droit interprétatif qui fait l'objet d'une démarche intellectuelle guidée par la faculté de raisonner, un droit qu'il faut traduire en lois mais qui préexiste aux lois. 

De la même manière c'est dans la nature qu'il trouve ses limites, conscient du caractère extrêmement diversifié de la nature humaine, il ne peut se traduire en tous lieux dans les mêmes termes de loi. Si le droit naturel peut être connu universellement par la faculté rationnelle des hommes, il ne se traduit pas dans des lois positives universelles. C'est pourquoi, si l'on devait établir des droits naturels valables pour l'ensemble de l'humanité, ils seraient nécessairement réduits à quelques points fondamentaux comme le droit à la vie, à la propriété et à la sécurité. Guère plus.

Le changement de détermination qui caractérise le passage aux droits de l'homme n'est pas insignifiant et encore moins innocent ; avec les droits de l'homme, il ne s'agit plus de rechercher ce qui est juste en soi, mais de satisfaire l'épanouissement sans frein de l'homme entendu comme une conscience capricieuse à qui il faut tout accorder. Le bon plaisir de l'homme sacralisé se décline en une spirale inflationniste de droits en tous genres et pour tous les genres, avec une totale subjectivité, mais aussi avec la folle prétention de se traduire dans des lois à caractère universel.  

Les droits de l'homme sont une religion de la quantité, sans autre centre de gravité que celui de la masse, et dont le credo pourrait se formuler ainsi : plus il y a d'hommes, plus il y a de droits de l'homme.

 

 

Tolérance

 

La tolérance est entendue comme le mot d'ordre fondamental de l'époque, c'est ce à quoi on ne peut déroger, sous peine d'ostracisme. En apparence, elle consiste à accepter tout et donc à ne rien discriminer, mais en réalité, comme tous les dogmes, elle a ses hérétiques que sont les "extrêmistes".

Selon la philosophie tolérantiste, l'extrêmiste n'est pas celui qui perd toute mesure, celui dont la raison s'égare, c'est simplement celui qui se croit capable de reconnaître ce qui est bon. Attention danger ! se dit le tolérantiste vigilant, l'épanouissement sans frein de l'homme pourrait s'en trouver incommodé...

La seule chose véritablement intolérable, en fin de compte, c'est que l'on veuille reconnaître un arbre à ses fruits au lieu de reconnaître l'égale valeur de tout.

 

 

Immigration : la solution locale

 

L'immigration est souvent envisagée de façon idéologique et passionnelle, pourquoi ne pas y apporter un zeste de pragmatisme ? C'est en Suisse qu'il faut l'aller chercher.

Chez nos cousins helvètes, une distinction fondamentale est observée entre les citoyens résidents et les étrangers résidents, la présence de ces derniers relevant d'un simple droit d'habitation, lui-même subordonné à de strictes conditions où l'avantage de la collectivité est recherché.

En ce qui concerne l'obtention de la nationalité, elle se fait en deux étapes : d'abord il faut obtenir une autorisation fédérale, puis  le canton et la commune de domicile peuvent ajouter des conditions supplémentaires et fixer le prix de l’acquisition de la nationalité avant de l’approuver. Les conditions varient fortement d’une région à l’autre et peuvent parfois être très restrictives, certaines communes vont même jusqu’à faire voter la population locale sur l’octroi de la nationalité ; le coût varie également suivant la commune et le canton.

Quelle leçon en tirer ? A mon avis, que la gestion de l'immigration par un Etat souverain au niveau national est à proscrire, elle lèse une trop grande partie de la population et encourage l'irresponsabilité politique des gouvernants et des citoyens. 

Que les municipalités décident souverainement qui peut ou non entrer sur leur territoire, voilà qui encouragerait davantage l'implication de chacun dans la vie politique. 

 


Langue française et langues de France

 

Présentation de l'éditeur



" Savez-vous que les Gaulois nous ont légué leur bagnole, que dire bizar en basque n'a rien d'étrange, qu'exit en catalan signifie succès ? Mais tout citer nous amènerait à point d'heure. On apprendra également que le basque est une langue plusieurs fois millénaire, que le breton est le dernier représentant des langues celtiques en Europe continentale, que les Francs ne parlaient pas le français, que les créoles de France sont issus du mariage entre le vocabulaire français et la grammaire africaine, que le gallo a su garder son passé simple et qu'en 1900, la plupart des Français étaient bilingues. Leur inscription dans la constitution a de nouveau placé les langues régionales sous le feu des projecteurs.

 

Pourtant, il y a un peu plus de deux cents ans, en 1794, l'abbé Grégoire prononçait son discours sur l'abolition des patois. Un siècle plus tard, les dialectologues Jules Gilliéron et l'abbé Rousselot annonçaient même la destruction "imminente" de ces langues. Malgré ces sombres prédictions, contre vents et marées, quelques-unes d'entre elles ont réussi à survivre, mais dans des conditions souvent précaires. Région par région, du basque au breton, du flamand au francique lorrain et à l'alsacien, du corse au catalan, des parlers d'oc à ceux d'oïl, en passant par les parlers francoprovençaux et les différents créoles, on retrouve dans cet ouvrage des éléments de l'histoire et de la géographie des langues qui ont fait la France: une image de la diversité linguistique du pays. A travers des exemples parlants, des jeux, des anecdotes, chacun s'amusera à retrouver la langue qu'il parle encore ou celle de son enfance. "


 

Langues de France 

 

Aventures et mésaventures des langues de France (Broché) de Henriette Walter

L'Evangile selon St Matthieu de Pasolini

 

L'Evangile selon St Matthieu de Pasolini est un beau film sur Jésus, sans doute le plus beau à mon goût. Il fut tourné en 1964 dans les paysages de l'Italie du sud avec des acteurs non professionnels dont certains étaient sans doute des ragazzi, des mauvais garçons, car il en était friand ; mais qu'importe ! la Renaissance italienne était déjà pleine de ces mauvais sujets qui faisaient poser des gitons pour peindre la Sainte Vierge.

Ce qui frappe d'emblée, c'est le caractère brut de l'image en noir et blanc, sans recherche esthétique apparente tout en s'inscrivant dans un total respect du texte de St Matthieu. Ce serait presque académique s'il n'y avait ce rythme effréné dans lequel le jeune acteur qui incarne le Christ entraîne ses disciples et le spectateur, et cette alternance de plans d'ensemble et de plans rapprochés qui crée une impression de discontinuité tout au long du film. Le Christ vu par Pasolini est un marathonien, il marche sans cesse, interpelle, harangue et ne ménage personne. Sa parole est mise en valeur, c'est une solution active qui agit sur son milieu et c'est sans doute ce caractère révolutionnaire qui a séduit le cinéaste : "je ne suis pas venu vous apporter la paix, mais le glaive" est la phrase clé pour comprendre son film ; lors du sermon sur la montagne, Jésus est filmé en plan rapproché sans aucun contre-champs si bien que l'on ne voit jamais la foule à laquelle il s'adresse, ses mots sont véhéments et exigeants, ils s'enchaînent en rafales, c'est un chef qui parle. Combien est étroite la porte qui mène à Dieu et large le sentier de perdition est une chose dont on ne peut plus douter...

La bande son n'est pas pour rien dans l'émotion que suscite le film, elle alterne Bach, Mozart, des chants russes et congolais, car le message du Christ appartient à tout le monde. Ironie de l'histoire, Pasolini avait été exclu du Parti Communiste Italien en 1950, et son film lui valut le Grand Prix de l'Office catholique international du cinéma.

Evangile-st-mathieu_01 

La Passion de mel Gibson ne tient vraiment pas la comparaison. Cela commence par une scène de bagarre dans le jardin des oliviers où les disciples du Christ tentent d'empêcher son arrestation, avec arrachage et recollage d'oreille. Des apparitions diaboliques outrées et ridicules hantent le film, comme tout droit venues d'une série B horrifique, à quoi il faut ajouter les innombrables et interminables ralentis qui plombent le chemin de croix jusqu'au Golgotha. De la parole divine de Jésus, il ne reste rien ou presque, seul nous est offert son corps supplicié et trop humain. Et pourtant, Mel Gibson avait pour lui le plus beau Christ de l'histoire du cinéma, noble et racé, et surtout, il avait la foi. Il y a d'ailleurs, ça et là, quelques moments de grâce.

 

Opium du peuple


La religion, opium du peuple ? foutaise marxiste ! L'opium comme toutes les drogues a pour effet d'isoler celui qui en est dépendant, de le replier sur lui-même en réduisant sa vie sociale au strict nécessaire. La religion, à tout le moins la mienne, a pour effet d'ouvrir celui qui s'y adonne aux vertus théologales que sont l' Espérance, la Foi et la Charité, autant de vertus sociales à l'inverse de l'opium qui est antisocial.

Ce ne sont pas les opiums de substitution qui manquent, et en ce qui concerne l'opium du peuple, inutile de le chercher très loin : télévision, internet, baladeurs en tous genres...les aliénés ne sont pas ceux que l'on croit.

 

 

La crainte de l'autre

 

A ceux qui attendent un secours de la religion chrétienne dans un combat de type nationaliste, il faut qu'ils sachent que leurs attentes seront déçues ; les tentatives de récupération politique de la parole du Christ sont vaines.

Il faut bien voir que Jesus est celui qui a dit à propos d'un centurion romain " Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. " Et il disait cela contre son propre peuple. Inutile de développer davantage.

Il existe un secret de polichinelle au sujet du déclin de l'Europe : quand bien même notre belle planète ne serait peuplée que de membres de notre famille, le rameau blanc de l'humanité, nous n'en serions pas moins en train de disparaître inexorablement. Le commandement biblique qui encourage les hommes et les femmes à croître et à multiplier n'est plus en vigueur dans nos contrées occidentales, et il n'est guère plus personne, excepté certaines familles traditionnalistes et souvent catholiques, pour continuer à suivre ce précepte. Un pays comme l'Irlande dont la déchristianisation a été plus tardive a pu retarder un peu son déclin, ce qui ne bouleverse pas la donne.

L'Autre n'est pas responsable de notre perte, c'est ce qu'il faut bien admettre. Une vie chrétienne n'a pas besoin de se défier de l'Autre, car une vie chrétienne est une vie fertile. Lorsque les Européens faisaient des enfants, ils n'avaient aucune raison de craindre ceux qui ne leur ressemblaient pas, ni même de craindre le métissage qui a toujours existé dans une certaine marge.

Ce sont les races stériles et à bout de souffle qui se retranchent derrière des lignes Maginot dérisoires, manifestant ainsi aux yeux du monde le peu de confiance qu'elles ont en elles. Car la race n'est rien sans le feu de l'esprit qui l'anime.

 

 

 

Jesus et le dieu des philosophes

 

Le dix-huitième siècle, qui se voulait une siècle d'intellectuels, a inventé le déisme, cette religion sans dogme, sans révélation, sans âme, où Dieu devient un Être suprême, une espèce de grand architecte à l'origine du monde. Un tel dieu est un principe philosophique, c'est pourquoi il est si éloigné du christianisme. Et c'est pourquoi ce n'est même pas une religion.

Le christianisme est la religion du Dieu incarné ; devenir chrétien, c'est faire une rencontre avec le Christ - celui qui dit dans les Evangiles " Suis-moi " -  et répondre à son appel, sachant qu'il nous suivra dans nos joies et nos peines autant que nous le suivrons dans la vérité. Jusqu'à la fin de notre vie terrestre.

 

Peuple de vieux


" Ne vous mettez donc pas en souci en disant : Que mangerons-nous ? ou : Que boirons-nous ? ou : De quoi nous vêtirons-nous ? - tout cela en effet les païens le recherchent - car votre Père sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné en plus. Ne vous mettez pas en souci pour demain, car demain aura souci de lui ; à chaque jour suffit sa peine " (Mt 6, 25-32) 

Cette parole évangélique étonne et choque, elle ne peut que troubler les petits gestionnaires que nous sommes, peuple de tristes vieux, planificateurs d'épargne de retraite et adorateurs de caisse de prévoyance ; et tout cela sans une once d'avenir.  

 

Science sans conscience

 

" Science sans conscience n'est que ruine de l'âme " écrit Gargantua dans la lettre de recommandations qu'il adresse à son fils Pantagruel, parti étudier dans les plus prestigieuses universités. Que de dissertations cette citation n'a-t-elle pas inspirées ! Le propos s'oriente habituellement vers les dangers de la tentation faustienne en matière scientifique avec des images de savant fou et des manipulations génétiques cauchemardesques.

Mais est-ce vraiment ce que Rabelais a voulu écrire ? D'abord le mot "science" issu du latin "scientia" désigne simplement le savoir, la connaissance ; ensuite il faut remettre la citation dans son contexte pour mieux la comprendre :

" Mais, parce que selon le sage Salomon sagesse n'entre point en âme malveillante et science sans conscience n'est que ruine de l'âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui mettre toutes tes pensées et tout ton espoir, et, par foi formée de charité, être à lui adjoint en sorte que jamais n'en sois séparé par péché "  Pantagruel.

Ce que veut faire comprendre Rabelais à travers les paroles de son personnage, c'est que le savoir n'est pas bon en lui-même, et que l'accès au savoir ne peut être bénéfique qu'à la condition d'être subordonné à la morale. Notre époque qui présente l'instruction obligatoire comme un héritage de la pensée humaniste n' a finalement retenu qu'une partie du message humaniste, celle qui l'arrangeait.

 

Les idées et les hommes

 

C'est une chose admise qu'il faille combattre les idées et non les hommes, mais lorsque certaines idées sont toujours revendiquées par des imbéciles, la tentation est grande de les mettre dans le même sac.

Faut-il s'en étonner ? De même que les jolies femmes tombent dans les bras des hommes qui ont une aptitude à la séduction, de même les idées absurdes échoient à ceux qui sont inaptes à la réflexion. Ce sont des affinités naturelles.


Populisme et démocratie populaire


Qu'est-ce que le populisme ? C'est l'appel constant à la rue pour s'opposer aux institutions et à leur fonctionnement. Force est de constater que c'est le recours favori de la gauche qui voit encore dans le "peuple" un guide messianique vers une société plus juste, une société sans classes, mais de manière plus marginale, c'est aussi l'espoir d'une certaine droite qui voit en lui la possibilité d'un renouveau nationaliste.


Le populisme est l'inclination naturelle de toute démocratie car il ne s'agit que d'une version radicale de la démocratie, qui assimile la loi à la légitimité, et la légitimité à la souveraineté populaire. Le peuple se donne à lui-même ses propres lois sans aucune référence extérieure ; il délègue sa toute-puissance à un homme généralement charismatique, issu de sa propre masse. Avec force sagesse, les dérives populistes se baptisent elles-mêmes "démocraties populaires". Sous ce beau vocable, elles peuvent faire des millions de morts lorsque la masse se retourne contre une de ses parties.

Dans un essai aussi drôle que brillant, Vladimir Volkoff expliquait pourquoi il était moyennement démocrate, et de montrer comment les dictatures d'essence populaire étaient toujours issues d'un régime démocratique antérieur. Aussi la démocratie n'est-elle aimable qu'à proportion de sa capacité à conserver en elle-même des éléments non démocratiques, ou pour mieux dire, aristocratiques. Sans quoi elle dégénère en populisme.

Montesquieu estimait quant à lui que le peuple avait toujours raison dans le particulier, mais que sa pensée ne pouvait s'élever au général, c'est pourquoi il fallait que le peuple eût du pouvoir, mais qu'il n'eût pas le pouvoir. Chose difficile à faire entendre.

Pour finir en beauté, voici une petite citation d'un philologue allemand, expert en populisme et en démagogie politique :

" Celui qui peut régner sur la rue règnera un jour sur l'Etat, car toute forme de pouvoir politique et de dictature a ses racines dans la rue " Joseph Goebbels.


Un regard distancié


Vaclav Klaus, l'actuel président de la République Tchèque voit ainsi la France
:

 

" Quelle que soit mon affection pour la France, pour moi ce pays est davantage celui de Colbert que celui de Bastiat, de Fourier et Saint-Simon plutôt que de Jean-Baptiste Say et de Turgot, et de Sartre plutôt que de Raymond Aron "

Un regard distancié vaut parfois mieux que de longs discours.


Droit, politique et économie : un ordre naturel

Le droit naturel est synonyme de mesure, il est la discrimination de ce qui est juste. En tant que tel il ne peut pas être inventé car il existe en lui-même et préexiste donc à sa formulation dans le droit positif. Il s'oppose au positivisme dont le principe est de créer le droit à partir d'une volonté normative soi-disant éclairée.

La politique naturelle est fondée sur la conviction que les sociétés ne se font pas par la volonté des hommes, ou volonté générale, mais que c'est le temps qui les fait.  Cet ordre  naturel est le fruit de la sédimentation de pratiques et de coutumes librement consenties.

" Dans tous les temps, l'homme a voulu s'ériger en législateur de la société politique, et donner une constitution à l'une et à l'autre ; or je crois possible de démontrer que l'homme ne peut pas plus donner une constitution à la société religieuse ou politique , qu'il ne peut donner la pesanteur aux corps ou l'étendue à la matière, et que, bien loin de pouvoir constituer la société, l'homme par son intervention, ne peut qu'empêcher que la société ne se constitue, ou, pour parler plus exactement, ne peut que retarder le succès des efforts qu'elle fait  pour parvenir à sa constitution naturelle " Louis de Bonald Théorie du pouvoir poltique et religieux.

Ainsi l'homme ne peut constituer la société, il ne construit pas la société de manière abstraite ; le pouvoir doit laisser la société s'organiser librement. Cette conception s'oppose au constructivisme qui prétend établir une société nouvelle en faisant table rase du passé. 

L'économie naturelle, dite aussi libérale, se résume à cette maxime souvent mal comprise " laissez faire, laissez passer ". Voici ce qu'en pense Frédéric Bastiat :

" Les économistes ne disent pas qu'un homme peut tuer, saccager, incendier, que la société n'a qu'à le laisser faire ; ils disent que la résistance sociale à de tels actes se manifesterait de fait, même en l'absence de tout code ; que, par conséquent, cette résistance est une loi générale de l'humanité ; ils disent que les lois civiles ou pénales doivent régulariser et non contrarier l'action de ces lois générales qu'elles supposent " Harmonies économiques.

Cette économie naturelle trouve son contraire dans l'économie forcée, ou artificielle dont le socialisme reste la meilleure illustration, bien qu'il ait de nombreux avatars.


Patriotisme économique

 

Rien ne me semble plus naturel que l'attachement géographique et spirituel à la mémoire de nos pères, c'est tout simplement un sentiment de reconnaissance pour le travail qu'ils ont accompli, les efforts qu'ils ont faits, et tout ce qu'ils nous ont légué, voilà à mon sens ce qu'est le patriotisme.

Est-ce à dire que la notion de patriotisme soit complètement étrangère aux biens matériels ? je ne le crois pas, je pense même que l'attachement  à la patrie peut être fortement motivé par l'attachement à un patrimoine. Certes, il peut s'agir d'un patrimoine spirituel, d'un legs de sages coutumes, d'institutions et de lois justes, de croyances partagées ; mais il peut s'agir aussi d'un patrimoine foncier et immobilier ("im-mobilis" : qui ne bouge pas) qui porte en lui une histoire dans laquelle nous nous reconnaissons ou qui possède plus simplement une valeur intrinsèque accumulée par plusieurs générations. 

Pourtant, lorsqu'on entend parler de patriotisme économique, il n'est généralement pas question de ce genre de patrimoine. Il s'agit souvent de "défendre" des biens de consommation et des emplois que l'on qualifie de "nationaux" contre la concurrence que l'on qualifie d' "étrangère" en élevant des barrières douanières. 

Si la valeur ajoutée de ces produits est le résultat d'un savoir-faire reconnaissable et identifiable en tant que tel,  un savoir-faire attaché à un nom, une culture, une tradition  ou une innovation qu'aucun substitut ne saurait équivaloir, dans ce cas aucune protection n'est nécessaire. En revanche, si ces produits sont interchangeables, si le savoir-faire utile à leur fabrication est largement répandu dans le monde, il y a en effet des raisons de craindre la concurrence, mais il n'y a plus aucune raison de considérer ces produits et les compétences de leurs fabricants comme ayant une valeur patrimoniale ou nationale.

Il convient donc de distinguer deux formes de patriotisme économique , celle qui consiste à pratiquer une politique protectionniste pour garantir les intérêts de certains fournisseurs et fabricants monopolistes et pour camoufler leur manque d'innovation, et celle qui encourage la transmission et le perfectionnement d'un savoir-faire singulier, tant il est vrai qu'il n'est de richesses que d'hommes. 


La subversion par le Christ

 

" Quand un homme est proche de Dieu, aime et désire servir le Seigneur, la stratégie habituelle du démon est de lui faire perdre la paix de son coeur, tandis que Dieu au contraire vient à son aide pour la lui rendre. Mais cette loi est renversée pour une personne dont le coeur est loin de Dieu, qui vit dans l'indifférence et le mal : le démon cherche à la tranquilliser, à la maintenir dans une fausse quiétude, tandis que le Seigneur qui désire son salut et sa conversion troublera et inquiétera sa conscience pour essayer de le porter au repentir "

Jacques Philippe, Recherche la paix et poursuis-la  ; Editions des Béatitudes.

 

N'est-ce pas aussi le rôle du chrétien que de troubler et d'inquiéter les consciences avachies, enserrées dans des normes  comportementales communément admises et pourtant nuisibles ? Oui, il existe une subversion chrétienne lorsque le chrétien trouve la force d'être un éveilleur d'âmes, pour lui-même et pour ses frères.  

 

 

 

Instinct démocratique


Avant d'être un régime politique la démocratie est peut-être un instinct qui se déploie à travers l'histoire, mais cet instinct démocratique ne connaît qu'un sens à l'histoire, celui qui consiste à vouloir toujours plus de démocratie. L'examen des grands piliers sur lesquels repose notre République jacobine française permet facilement de voir cet instinct à l'oeuvre.

Premier pilier : l'universalisme

L'identité française, qu'est-ce ? C'est une nuée. Une nuée qui ne s'arrête à aucune forme ni à aucun contenu par peur de constituer un groupe à part et d'exclure l'Autre. Mieux ne vaut-il pas l'absorber, cet autre, plutôt que de l'exclure ? Ah oui mais alors il n'y a plus d'altérité ! Ce n'est pas grave, c'est justement ça le but.

Deuxième pilier : le collectivisme

Nous, les Français, nous sommes pour le partage, mais attention,  pas le partage spontané relevant d’une volonté individuelle et morale, non, le partage institutionnalisé, nous sommes des partageux, des solidaristes, c'est écrit dans le préambule de notre constitution, et c'est pour cela que la pauvreté chez nous aurait dû disparaître ; si ce n'est pas la cas, la raison en est simple : il n'y a pas assez de redistribution.

Troisième pilier : l'égalitarisme

Le prisme égalitaire est ce par quoi tous les événements trouvent leur explication, la moindre crise sociale ou économique, les émeutes, les scandales, tout ! A chaque occurrence, les observateurs d'inégalité se mettent en branle du haut de leur observatoire, ce sont vertueux sociologues en service commandé, ils révèlent à notre face médusée le fin mot de l'affaire: il faut plus d'égalité.

Quatrième pilier : le laïcisme

C'est un temple , mais ici, nulle référence au divin, nulle transcendance, seul l'homme face à lui-même. Il faut prononcer " l'Haumme " avec un "o" ouvert pour que ça résonne plus majestueusement ; inspirez et imprégnez-vous de l'atmosphère, ça sent bon le socialisme et la franc-maçonnerie d'antan.

Cinquième pilier : le relativisme

Si l'accès à la vérité et au bonheur nous est interdit par la voie religieuse, peut-être pouvons-nous compter sur l'art ? Divine proportion, beauté mystérieuse qui nous enchante et nous dépasse, où es-tu ? Mais l'instinct démocratique hait ce qui le dépasse, il ressent cela comme une agression contre sa nature profonde qui ne tolère aucun dépassement.  Lorsque le beau est ressenti comme une agression, la mission démocratique de l'art s'accomplit dans l'agression du beau, c'est ce que l'on a appelé l'art contemporain.
Cet art est le plus subventionné qui soit car il a un rôle social, il est mandaté par l'instinct démocratique pour accomplir sa mission de nivelage dont la médiocrité est à la fois le principe et le but. Il laisse partout son empreinte de dégradation, de vandalisme, de souillure et de chiure.


La guerre paradoxale



Dans la tradition occidentale, la guerre a fait l'objet de récits circonstanciés comme ceux de Thucydide ou de Jules César, et de traités théoriques parmi lesquels on peut compter celui de Machiavel et le fameux De la guerre de Clausewitz. Qu'est-ce à dire ? Il faut comprendre que la guerre est conçue dans cette tradition comme un art fondé sur des principes rationnels au service d'une volonté. Il existe des doctrines militaires occidentales, des stratégies, des tactiques, et bien sûr des conventions.


Aujourd'hui, dans les conflits en cours, il est toujours possible de discerner deux rapports à la guerre radicalement différents, le premier relève encore de la tradition occidentale, avec ses armées constituées en divers corps, mais le second oppose une force qui n'est pas militaire au sens traditionnel, une force hybride, celle du civil-militant, caméléon parfait, meilleur que n'importe quel soldat en tenue de camouflage. Lorsque la part militante domine chez cet individu, il n'hésite pas à sacrifier sa part civile en se tuant lui-même et le cas échéant, en tuant d'autres civils qui ne sont pourtant absolument pas militants, mais qu'importe ! A la longue, qui fera la différence ? Bilan du rapport des forces : d'un côté une armée suréquipée constituée d'individus dotés d'esprit martial, de l'autre côté des criminels armés sous-équipés fondus dans une masse informe.

Dans ce nouveau type de conflit le rapport des forces est biaisé, mais pas toujours comme on l'imagine, en réalité, on remarquera plus sûrement la cruauté d'une armée constituée que la barbarie d'une masse informe qui sacrifie cyniquement certains de ses membres pour mieux fanatiser les autres et qui dispose pour cela d'une immense réserve démographique. Cela signifie que ceux qui gagnent la guerre en remportant des victoires militaires sont ceux qui paradoxalement la perdent dans la durée historique, à mesure qu'ils perdent leur légitimité morale et le soutien de leurs alliés. La guerre n'a probablement jamais été aussi sale

" On ne trouve jamais chez les peuples sauvages de chef militaire véritablement exceptionnel, et il est rarissime d'y trouver un génie militaire digne de ce nom, car il y faut un développement élevé des capacités intellectuelles, qui est inacessible à un peuple primitif " Carl von Clausewitz, De la guerre.

Du catholicisme d'Etat au laïcisme d'Etat


Le laïcisme français est tellement étrange qu'il est difficile de l'expliquer à nos voisins européens, y compris les plus proches. Comment justifier une séparation aussi radicale de l'Eglise et de l'Etat sans que cela n'apparaisse comme une atrophie, une forme d'hémiplégie volontaire ?

Le pape Jean-Paul II a défini la laïcité comme une distinction des pouvoirs temporel et spirituel fondée sur une " saine collaboration ". Force est de constater que la France actuelle en est loin, mais à y regarder de plus près, cela fait bien longtemps que nous nous sommes éloignés de cette saine collaboration ; en effet, l'histoire montre que nos excès actuels dans la défiance à l'égard du rôle social de l'Eglise sont probablement le résultat d'un excès inverse, plus ancien. 

Dans la France " louisquatorzienne ", le Roi entendait commander l'Eglise, réaliser autour de lui l'unité religieuse  et réduire le Pape à un fantôme d'autorité spirituelle :  " Les Rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens, tant des séculiers que des ecclesiastiques " Mémoires, 1666.
Stupéfiante conception de la propriété privée, où tout ce qui appartient aux sujets appartient "naturellement " au souverain.

Le Roi règlemente tout " Je défendis tous les nouveaux établissements de monastères, je pourvus à la suppression de tous ceux qui s'étaient faits contre les formes, et je fis régler le nombre de religieux que chaque couvent pouvait porter ", jusqu'aux ordres mendiants qui n'échappent pas à sa tutelle " Le nombre des religieux mendiants s'était si fort augmenté dans la France qu'ils étaient à charge [...] au public, et qu'ils avaient eu tant de facilité à recevoir les novices, ou tant de négligences à les instruire, que les statuts mêmes de leurs ordres en étaient entièrement pervertis. " Mémoires, 1667.
En fait, les ordres mendiants dépendaient du Saint-Siège et non de la hiérarchie française, dont on a vu que le roi attendait la soumission.

Il est assez facile de comprendre pourquoi aujourd'hui la religion est tenue hors de la sphère publique, c'est parce que le laïcisme fonctionne comme une religion d'Etat. Propagé par le biais d'une éducation nationale sous tutelle étatique, il est mis au service de la République comme le catholicisme avait été asservi aux intérêts du régime monarchique louisquatorzien. La République française a bien retenu la leçon d'un Roi qui se prenait pour un prince italien.

En fait, le Roi nommait aux évêchés et aux abbayes, il donnait ou ne donnait pas force de loi aux canons des Conciles, l'Eglise de France était dans sa clientèle. Le Roi était soutenu par le parlement, la bourgeoisie, la Sorbonne, le bas clergé, mus par une instinctive hostilité nationale au Pape et qui réclamaient le respect des " libertés, droits et franchises de l'Eglise gallicane ". Pour eux, le Roi tient ses pouvoirs temporels immédiatement de Dieu, comme le Pape ses temporels. Les pouvoirs du Roi sont donc aussi divins que ceux du Pape, égaux aux siens et indépendants des pontificaux, c'est d'ailleurs le sens d'une monarchie dite "absolue" que l'on doit entendre comme délestée de toute dépendance. Le Roi, protecteur de l'Eglise et garde de son temporel, a tout pouvoir sur la discipline et le temporel de l'Eglise de France. Tout cela montre bien un conflit d'autorité auquel l'aspect financier n'est d'ailleurs pas étranger.

Il est digne de remarquer qu'en théocrate cohérent, Joseph de Maistre accorde dans son traite intitulé Du Pape la suprématie du pouvoir temporel au Pape et à nul autre. Thèse profondément anti-gallicane qui aurait certainement déplu à Sa Majesté.

 

Le Casanova de Fellini


C'est un film surprenant que ce Casanova de Fellini, un véritable règlement de comptes entre le grand cinéaste italien et son compatriote libertin du XVIIIè siècle dont il a adapté les fameux Mémoires. Tout se résume à cette déclaration de Fellini " Casanova est un personnage ridicule, tout au plus tragi-comique. Je veux le démasquer. Il est l'éternel jeune garçon qui ne devient jamais adulte. Casanova est pour moi le type de l'Italien immature, du Papagallo, du bourreau des coeurs, de l'homme à femmes qui en vérité n'est que le petit garçon gâté de sa maman, qui refuse toute responsabilité et qui vit en s'imaginant tranquillement que tout doit venir d'en haut : de maman, du Roi, du Duce, de la Sainte Vierge. "

Pour démythifier son personnage, Fellini fait appel au grand Donald Sutherland à cause de son visage " flou et aqueux ". Le spectateur suit le personnage après son évasion de la prison des Plombs alors qu'il se sait condamné à quitter Venise pour un parcours à travers l'Europe, vaste errance et longue déchéance. C'est l'occasion pour le cinéaste de faire le portrait des élites de salon de l'époque, caricatures outrancières et pathétiques de bourgeois et d'aristocrates enperruqués et gavés d'idées à la mode.
Ces élites déchristianisées ont remplacé les dogmes catholiques par des délires gnostiques, leurs conversations roulent sur la migration des âmes ou le spiritisme, choses qui montrent que le siècle des Lumières était surtout un siècle d'illuminés. Casanova tire parti de ces superstitions pour obtenir quelques avantages en nature, fécondant la marquise d'Urfé qui croyait renaître ainsi dans le corps de sa propre progéniture.


 

Casanova dans une joute sexuelle à Rome


 








Le héros suit la pente de son siècle en décomposition et sa frénésie sexuelle, qui n'est pas sans rappeler celle du marquis de Sade est la façade derrière laquelle s'ouvre un vide immense, un néant absolu.

A mesure que le film progresse, le malaise s'accentue, Casanova rencontre des femmes de plus en plus laides, vieilles d'abord, puis difformes, dont une géante sortie d'un cirque qu'il observe en cachette et une bossue ; il finit par s'accoupler avec une automate, sorte de réplique de lui-même et de ce qu'il est devenu : une machine à piston creuse et vaniteuse. L'acte sexuel est d'ailleurs toujours filmé comme une acrobatie grotesque.

A sa sortie, le film a fasciné, il a aussi déplu à un grand nombre ; chose normale, le spectateur ressent bien que ce dont nous parle Fellini, c'est nous-mêmes.

Inquisition


Dès le début du XIIIè siècle, le pape Innocent III a affirmé la nécessité de procéder à une enquête, du latin "inquisitio", pour éviter les débordements de la rumeur et des préjugés en matière d'hérésie. En 1231, Grégoire IX publie la constitution Excommunicamus, acte fondateur de l'Inquisition qui repose sur un principe clair : nul ne doit être condamné pour hérésie par la justice civile sans un jugement ecclesiastique antérieur. Le but de l'Eglise reste la conversion des égarés.

Dans la pratique l'Inquisition s'est montrée bien moins sanglante que la légende laïque ne ne laisse entendre. Là où l'hérésie déclenchait des réactions incontrôlées, la procédure engagée par l'Inquisition s'appuyait sur un contrôle de la véracité des faits, sur la recherche de preuves et d'aveux et sur des juges qui résistaient aux passions de l'opinion. Aussi étrange que cela puisse paraître à un esprit moderne, cette horreur de l'hérésie était un sentiment populaire soucieux de préserver la foi, pilier fondamental de la société que l'on pourrait remplacer aujourd'hui par le bien-être, la liberté d'expression ou les droits de l'homme pour faire appel à des idoles contemporaines. Au point de vue de la méthode judiciaire, l'Inquisition a représenté un progrès historique dans la mesure où elle avait pour rôle d'empêcher les formes populaires de justice expéditive. La persécution des hérétiques n'a jamais été le fait de l'Eglise, certes elle combattait et engageait la polémique mais elle ne persécutait pas.

En vertu du principe Ecclesia abhorret sanguinem, aucune condamnation à mort ne pouvait être prononcée par les tribunaux de l'Eglise qui décidaient la relaxe des cas les plus désespérés au " bras séculier ", c'est-à-dire à l'autorité civile. L'Eglise abhorre le sang et ne le verse pas. Grâce aux travaux des médiévistes, on sait maintenant qu'en moyenne, moins de deux pour cent des procédures menées devant les tribunaux d'Inquisition ont été abandonnées au bras séculier. " La différence entre la main royale et la main ecclesiale est énorme, l'Eglise a toujours tendance à pardonner au moindre signe de repentance "  Pierre Chaunu ; De la religion d'Etat à la laïcité d'Etat.

Venons-en à la question de la torture, grande tarte à la crème laïcarde. Longtemps, l'Eglise la condamne. Au IXè siècle le pape Nicolas Ier déclarait que ce moyen " n'était admis ni par les lois humaines ni par les lois divines " , au XIIè siècle une compilation de droit canonique, le décret de Gratien, reprend cette condamnation. C'est au XIIIè siècle que le développement du droit romain provoque le rétablissement de la torture dans la justice civile, et toutes les justices civiles d'Europe à l'époque considèrent la torture comme un moyen d'enquête normal.

Là encore, l'Eglise a joué un rôle de modérateur : " En 1252, Innocent IV autorise de même son usage par les tribunaux ecclesiastiques à des conditions précises : la victime ne doit risquer ni la mutilation ni la mort, l'évèque du lieu doit avoir donné son accord et les aveux exprimés doivent être renouvelés librement pour être valables " Jean Sevillia, Historiquement correct.

Il est nécessaire de remarquer que dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares.


De la monarchie à la Révolution



" La révolution était achevée lorsqu'elle éclata. C'est une erreur de croire qu'elle a renversé la monarchie ; elle n'a fait qu'en disperser les ruines..." Chateaubriand.


La décadence d'une élite devenue aveugle et défaillante explique qu'un beau jour elle se trouve renversée pour céder la place à de nouveaux maîtres issus de la plèbe. C'est la logique de la plupart des révolutions. Cela n'explique pas le cours particulier de la Révolution française, le rejet radical du passé, la "table rase".
Les doctrinaires de la contre-Révolution, principalement Maistre et Bonald, quelle que soit la richesse de leur pensée, n'offrent pas les instruments d'analyse adéquats. D'emblée, ils ont voulu donner une interprétation métaphysique au grand bouleversement. Concevant la société et l'histoire comme soumises à un plan tour à tour divin ou diablolique, ils s'enfermaient, et avec eux leurs disciples, dans l'inexplicable et la fatalité. Voyant dans la Révolution le résultat d'une intervention terrible et secrète de la Providence, ils s'interdisaient d'examiner historiquement les causes réelles de l'événement, et donc de suggérer des réponses autres que l'attente du miracle. [...]

Pourquoi cette folie de la "table rase" s'est-elle manifestée en France et pas ailleurs ? C'est à cette question qu'a répondu plus tard Alexis de Tocqueville dans son chef-d'oeuvre L'Ancien Régime et la Révolution publié en 1856. 

Il y décrit chronologiquement la dépossession des anciens droits de la noblesse et des communautés par un Etat royal centralisateur et administratif. Né au XVè siècle, théorisé par Jean Bodin, ce phénomène atteint son apogée sous Louis XIV. Il éteint toute participation de la société à la gestion des affaires ; il égalise les Français sous l'uniformité de la tutelle étatique ; par la vente des titres de noblesse et des emplois publics, il rigidifie la structure de la société. Suivant le mot de François Furet, l'Ancien Régime est un système où la monarchie administrative a semé à la fois la démocratie et l'aristocratie, comprise comme une caste fermée, jouissant de privilèges injustifiés. Née de l'action destructrice de l'Etat administratif sur l'ancienne société, la Révolution a ratifié finalement le règne sans partage du premier sur la seconde. L'individualisme démocratique et la centralisation administrative sont une même création de l'Ancien Régime.


Dominique Venner, NRH n°29.

Cachez cette race que je ne saurais voir !


Un livre de vulgarisation est sorti récemment dont voici la note de l'éditeur :

" L'humanité est-elle séparée en races différentes ? Vérité scientifique au XIXe siècle et durant une bonne partie du XXe, cette affirmation a été battue en brèche après la Seconde Guerre mondiale. Au cours des dernières décennies, la biologie a nié la pertinence même de la question, au motif que tous les humains auraient en commun 99,9 % de leur patrimoine génétique. Or 0,1% d'ADN correspond tout de même à 3 millions de différences au sein des 3 milliards de base que contient notre ADN.

Races humaines

L'étude fine du génome humain montre l'existence de différenciations héréditaires stables qui, au-delà des seules apparences (couleur de peau, chevelure, etc.), rendent possible de remonter aux origines géographiques lointaines des individus, ou peuvent parfois expliquer leur vulnérabilité à certaines maladies. Certes, les groupes ainsi repérés ont des limites floues, leur diversité interne est élevée, et aucun classement hiérarchique global ne peut être justifié à partir de ces éléments. Néanmoins, la pluralité humaine, telle qu'on peut l'appréhender avec les techniques les plus modernes, est plus grande et plus subtile qu'on ne voulait le croire... "

Avec prudence, l'auteur préfère parler d'"ascendance" ou de "groupes d'origine ancestrale" plutôt que de races.
Finalement, entre ceux qui distinguent des races et ceux qui n'y voient goutte, il y a juste une différence de bonne volonté.

L'humanité au pluriel : la génétique et la question des races de Bertrand Jordan (Broché)

 

Le jugement esthétique

 

S’il est une opinion solidement ancrée dans les esprits modernes, c’est bien celle de la relativité du beau. Dans un jugement de goût, l’existence de l’objet importerait peu, aucun objet ne serait beau en soi, la beauté serait subjective et se trouverait dans l’œil de celui qui voit.

Puisque cette opinion est communément partagée, elle est extrêmement suspecte.

Dans quelle mesure la beauté d’un objet est-elle démontrable ? Jusqu’à quel point peut-on apparenter un jugement esthétique à un jugement logique ?

 

La qualité du jugement esthétique dépend d’une sensibilité native, inégalement répartie, et d’un goût qu’il faut éduquer, car les sens peuvent être le siège de plaisirs vulgaires autant que raffinés ; cette éducation esthétique passe nécessairement par l’école de la Grèce antique où artistes et géomètres commencèrent à rationaliser le beau à l’instar de Pythagore et d’Euclide.

 

C’est ainsi qu’en Occident, la sensibilité a toujours été dirigée par la science et la réflexion et que l’appréciation du beau fut longtemps liée à ces contraintes délicates grâce auxquelles l’imagination a appris à ennoblir les sensations.  

                               

Là où ces notions manquent, le beau perd de sa valeur universelle pour redevenir cette opinion purement subjective qui permet de s’esbaudir de la même façon devant une grande toile de la renaissance et trois poils de cul d’éléphant torsadés.

 

 

 

                                             

                                                       

Iliade et Odyssée : source culturelle fondatrice

 

L'Iliade et l'Odyssée, ces deux épopées homériques sont des monuments incontournables pour la civilisation occidentale. Poèmes de la guerre et de la mer, ils illustrent l'extraordinaire dynamisme d'un peuple en devenir, les Achéens, conquérants et marins, dont la civilisation va se répandre dans tout le bassin méditerranéen.

Achille2

En élargissant le point de vue, ces deux poèmes illustrent aussi l'étonnante destinée des peuples européens fondée sur deux qualités :

  • puissance d'expansion avec l'Iliade, où la guerre de Troie transpose la force dominatrice des Hellènes venus s'imposer sur la côte asiatique.
  • faculté d'adaptation avec l'Odyssée, où s'exalte l'esprit d'aventure et de découverte des pionniers partis explorer les limites du monde connu.

Tandis que l'Odyssée démontre la subtile intelligence d'un héros solitaire, l'Iliade exalte la suprématie collective des Grecs.

" La fortune de l'oeuvre homérique résulte de ce qu'elle incarne un idéal panhellénique. Dans le cadre du conflit avec les Barbares, elle a en effet fourni aux Grecs à la fois un passé et un avenir, un ensemble de lieux communs épiques qui les ont aidés, en somme, à être grecs face à l'Orient. " André Farnoux, Les archéologues et le dossier Homère.

 

Une victoire fameuse et un siècle d'or

 

"Valeureux comme Scipion, héroïque comme Pompée, fortuné comme Auguste, un nouveau Moïse, un nouveau Gédéon, Samson et David, mais sans leurs défauts ". Quand Don Juan d’Autriche, fils naturel de Charles Quint, meurt le 1er octobre 1578, alors qu’il n’a pas 33 ans, il laisse bien plus que des regrets. Ces quelques mots du pape Grégoire XIII en effet ne sont pas usurpés.

Sept ans auparavant, Don Juan d’Autriche avait été à la tête de ce que l’on a appelé l’armée de la Sainte Ligue. C’était le 7 octobre 1571. Une flotte commandée par un jeune homme d’à peine 24 ans s’engageait contre les Turcs pour remporter une victoire ; une victoire inscrite dans la postérité, la victoire de Lépante.

978-284734-293-2 

A écouter sur Canal Académie

 

Autorité


" En général, toute autorité légitime est destinée à servir notre bien ; c'est parce que notre bien est au-dessus de nous que l'autorité revendique notre subordination à des degrés ou sous des formes variées.

En bref, la hiérarchie signifie la soumission de l'homme à ce qu'il y a de plus haut en l'homme et à ce qui est plus haut que l'homme mais qui réclame son attention : en dernier ressort, elle signifie, selon de nombreuses voies d'approche nécessaires et complémentaires, sa soumission à Dieu.

L'émancipation au contraire signifie la soumission de l'homme à l'homme et son attachement d'esclave à ce qu'il y a de plus bas en lui ; ou encore, en dernier ressort, à l'esprit qui cherche à le détruire ".

Aurèle Kolnai, Privilège et liberté.

Le bien commun

 

Nous avons vu précédemment que la liberté politique chez les anciens se traduisait par une action en faveur du bien commun. La notion de bien commun reste toutefois très ambiguë, tirée à hue et à dia selon les courants de pensée qui la revendiquent.  

Dans une perspective collectiviste, le bien commun se confond avec les domaines réservés de l'Etat, il rime avec la redistribution des richesses et les services publics. Insensiblement, nous sommes passés du bien commun à la communauté des biens où l'Etat devient cette "grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde" pour reprendre la célèbre formule de Bastiat.

Dans une perspective individualiste, le bien commun est présenté comme la somme des biens particuliers. Concrètement, on peut se demander comment additionner des biens privés, cela semble impossible.

Ces perspectives peuvent donner lieu à des objections faciles, que je ne vais pas me priver de faire. Tout d'abord, le bien commun ne doit jamais entrer en contradiction avec le bien individuel, ce qui serait absurde et profondément injuste. Il faut se méfier de la rhétorique politique qui exige de sacrifier les biens individuels sur l'autel d'un bien commun mal défini, c'est l'argument de la spoliation, du souverainisme, du despotisme. Ensuite le bien commun ne se confond pas non plus avec les biens privés, il est justement le bien de chacun sans être identique aux biens privés.

Que reste-t-il si l'on s'en tient à cette exigence ? On en revient tout simplement à ce qu'était la notion de bien commun avant d'être dégradée par les idées modernes : des lois justes, de bonnes coutumes, de sages institutions et une force militaire assez puissante pour les défendre.

On le voit, la notion de bien commun est l'horizon de la liberté politique, qui est une liberté d'action pour la cité ou la nation. Si la notion de bien commun se réduit aujourd'hui à la défense des services publics ou à la somme des intérêts individuels, c'est aussi parce que la liberté se réduit au bon plaisir de chacun. Une dégradation en entraîne logiquement une autre.

Ce qui amène à cette dernière réflexion : pour que le bien commun et la liberté politique qui s'en préoccupe ne se dégradent pas, il faut à l'homme libre certaines vertus ; ces  vertus sont politiques en ce qu'elles incluent le sens de la loi et de la justice, ce que l'on appelle aussi l'équité. Elles sont morales avec ce qu'Aristote appelle la philia, c'est-à-dire l'affectivité qui permet de partager et non de sacrificer certains fruits d'une propriété privée avec des amis, par exemple, sans oublier l'héroïsme qui peut dans certaines circonstances s'avérer utile à la survie du bien commun. Des vertus intellectuelles ne sont pas non plus à négliger, notamment la prudence qui est indispensable à la pratique de l'art politique.  

L'essence de ces vertus étant plutôt aristocratique, on comprend mieux pourquoi la démocratie athénienne excluait de fait tout ce qui n'était pas "bien né". On comprend également pourquoi nos démocraties modernes ont tellement de difficultés à appréhender ce que doit être réellement le bien commun.

 

Le bon sauvage ou l'homme à l'état de nature

 

S'il est un apport regrettable des philosophes du dix-huitième siècle à la pensée occidentale, c'est bien le mythe de l'état de nature.

Prétendre qu'il existe un etat naturel de l'homme antérieur à la société est une première absurdité ; on ne peut pas dissocier les hommes de leur milieu naturel, et ce milieu c'est justement la société, ce que les Grecs savaient mieux que nous : l'homme est un animal social par nature.

La deuxième absurdité est de prétendre que cet homme à l'état de nature est bon : "La nature a fait l'homme heureux et bon, mais la société le déprave et le rend misérable". Jean-Jacques Rousseau.

Le succès de ces idées philosophiques et néanmoins fort peu sages a engendré un culte du sauvage, et du bon sauvage cela va de soi. Une part non négligeable de la littérature du siècle de Louis XV est imprégnée de cet idéal naïf, il suffit de penser au fameux Huron de Voltaire dans l'Ingénu, à Paul et Virginie, à l'Île aux esclaves...il faudra attendre la douche froide du roman de William Golding, Sa Majesté des mouches, pour revenir à un peu de bon sens.

Les dégâts psychologiques causés par cet idéal su bon sauvage se font encore sentir de nos jours. Que cherche le militant humanitaire qui part en Afrique ? Et le militant associatif qui encourage l'immigration sauvage sur son propre territoire ? Ils cherchent la rédemption au contact d'individus plus naturels qu'eux, et donc meilleurs. On assiste ici à un inversement total des valeurs : le bien est ce qui est naturel, le mal est ce qui est civilisé, voire chrétiennement civilisé.

Bien entendu, dans la réalité, ces populations venues d'ailleurs ne sont pas plus naturelles que nous, elles sont d'une nature différente ; elles ne sont pas moins sociales que nous mais leur sociabilité s'exprime différemment. En croyant se ressourcer dans l'autre, le pauvre petit blanc ne fait que se perdre un peu plus.

Finissons par quelques citations savoureuses de bons réactionnaires bien de chez nous, et comme nous les aimons :

"L'état qu'on a appelé l'état de nature est une chimère. L'état sauvage ou de barbarie n'est qu'une dégénération dont nous n'avons pas pu suivre les périodes, mais qui certainement n'est ni un état naturel, ni un état primitif " Ballanche.

" On a constamment pris le sauvage pour l'homme primitif, tandis qu'il n'est et ne peut être que le descendant d'un homme détaché du grand arbre de la civilisation par une prévarication quelconque " Joseph de Maistre

" C'est le contraire de la proposition de Rousseau  qu'il faut prendre : l'homme naît méchant, et la société le ramène. Ou plutôt, il naît dans le mal, la société le recueille, et c'est l'Eglise qui le répare. " Blanc de Saint-Bonnet.



Quelques principes de prudence politique

 

La loi doit guider le comportement et non le for intérieur. Aucun pouvoir ne doit diriger les consciences en se faisant le vecteur d'une idéologie ou d'une religion nationalisée.

La réforme est aussi importante que la manière dont elle se fait. La réforme brutale, la tentation révolutionnaire sont aussi fatales que l'inertie.

Les utopies sont dangereuses en politique. Il faut toujours des réformes concrètes. Sinon, rien.

Prendre en compte la variété humaine et se défier de l'universalisme illuminé.

 

Le refus du trône d'Henri V

 

En 1871, après la chute de Napoléon III, les élections portent à la Chambre une majorité de députés monarchistes. Le prétendant à la couronne est alors un héritier des Bourbons, Henri V, comte de Chambord, petits-fils de Charles X. Le 6 juillet 1871, il publie un manisfeste où il refuse d'assumer le pouvoir sans le drapeau blanc. Les députés doivent s'ériger en assemblée constituante et élisent Thiers comme président de la République.

L'histoire donne de nouveau une occasion au monarque potentiel de revenir sur le trône, deux ans plus tard, lorsque Thiers est poussé à démissionner. Légitimistes et orléanistes s'entendent sur la base d'un compromis qui permet au comte de Chambord d'être roi, et comme il n' a pas d'enfants, de léguer le trône aux Orléans après sa mort.  Mais Henri V envoie d'Autriche une lettre ouverte dans laquelle il maintient sa position. Dépitée, la Chambre prolonge le mandat de Mac-Mahon et institue le septennat. Le 30 janvier 1875, un amendement introduit le mot de République dans les lois constitutionnelles, la République est fondée à une voix de majorité, suite au refus de gouverner manifesté par l'héritier du trône.

Le drapeau blanc ne fut le drapeau officiel que durant les quinze années de la Restauration. En effet, avant la Révolution la France n'avait pas de drapeau officiel et les familles royales avaient successivement arboré différentes couleurs. Le refus d'Henri V fut un geste d'orgueil, exprimé avec élégance et panache,  mais il ne fut pas un geste politique.

La France fut donc livrée aux pires ennemis du catholicisme en vertu de la souveraineté populaire qui autorise une fraction de la population à en opprimer légitimement une autre. On connaît la suite : les congrégations religieuses furent persécutées, les fonctionnaires et soldats catholiques furent fichés, la discrimination religieuse fut institutionnalisée comme moyen de gouvernement, l'idéologie officielle athée fut imposée à l'école pendant que le révisionnisme républicain réécrivait l'histoire, rendant de plus en plus improbable un retour à la monarchie.

 

L'histoire des vaincus

 

Il existe un rapport entre histoire et conscience de soi. Si l’histoire incarne l’esprit de la race, celle des vainqueurs a-t-on l’habitude de dire, il peut arriver avec le temps que certains signes augurent d’un affaiblissement de ces vainqueurs, assez visible à travers le révisionnisme historique qui tend à démythifier les figures héroïques traditionnelles au profit d’une réhabilitation de certains réprouvés.

La France d’aujourd’hui semble connaître cet affaiblissement lorsqu’elle rabaisse au rang de tyran et de figure honteuse un conquérant comme Napoléon Bonaparte alors que dans le même temps elle célèbre la culture des conquis en inaugurant un musée consacré aux arts premiers, le fameux musée du quai Branly, à Paris.

Au cœur d’une civilisation, la révision historique va de pair avec une nouvelle conscience de soi, d‘autant mieux approuvée par le peuple que c‘est généralement lui qui la réclame. Ce fait n’est pas nouveau, il suffit de savoir que dans la Rome antique décadente, à l’époque où le titre de citoyen romain était conféré à l’univers entier par Antonin Caracalla, plus précisément au troisième siècle de notre ère, on dressait en grand nombre des statues triomphales à la gloire de l’ancien roi de Numidie, Jugurtha, grand ennemi de la Rome républicaine. Le père de Caracalla, l’africain Septime Sévère avait déjà entrepris ce travail de "réconciliation" en réhabilitant la mémoire du général carthaginois Hannibal, un des plus célèbres ennemis de Rome, et en érigeant de riches monuments à sa gloire.

Le but était de ménager la susceptibilité des nombreuses populations des provinces romaines, composées d’anciens vaincus à la mémoire blessée. Entreprise politique de réconciliation et immense travail de sape qui ne témoignait que trop bien de la dissolution de l’élite conquérante romaine dans la tourbe des peuples anciennement soumis. Quand l’adage dit que l’histoire est écrite par les vainqueurs, il oublie de préciser que ce sont les vaincus qui finissent toujours par la réécrire.

300pxcaracalla_bust Buste de Caracalla, musée du Louvre

Liberté politique

 

Il existe une rupture dans la conception de la liberté politique entre les anciens et les modernes, et lorsque j'évoque les anciens, je pense surtout à la Grèce antique.

Dans l'antique démocratie grecque, qui était en fait un composé de démoctratie et d'aristocratie, la liberté politique était positive, c'était une liberté d'action à travers laquelle le citoyen était le corollaire du pouvoir. La liberté était soumise au bien et le citoyen en faisait usage pour le bien de la cité.

A l'inverse, la liberté des modernes est essentiellement négative, en dépit du droit de vote dont il faut convenir qu'il représente peu de chose puisqu'il se limite à une liberté d'examen. Pour le reste, la politique doit s'occuper du maintien de la vie et de la sauvegarde des intérêts du citoyen ; c'est une liberté défensive.

Les modernes ne reconnaissent plus de libertés publiques, celles dont usait le citoyen antique pour agir dans sa cité, ils ne reconnaissent que des libertés privées dont ils demandent à l'Etat d'être le garant. La liberté devient une espèce de propriété qui permet de jouir de divers objets qui sont autant d'autres propriétés. La liberté est exlue de la politique et incluse dans l'économie.

Ainsi, la liberté des anciens était-elle une liberté pour agir en faveur du bien, tandis que la liberté des modernes est une liberté pour jouir de divers biens.

Sans doute faut-il voir dans cette détérioration de la notion de liberté une évolution irrémédiable des hommes, moins fiers que leurs ancêtres, moins confiants, plus désabusés sur leur propre nature.

 

Trois écueils démocratiques

 

A la lecture des grands auteurs réactionnaires, il me semble que les mêmes arguments contre la démocratie reviennent souvent, exprimés dans un style différent, mais toujours avec la même inquiétude quant à la viablité de ce régime politique.

Il ne faut pas croire que les réactionnaires condamnent la démocratie par simple élitisme, en aristocrates hargneux et revanchards, ce ne sont pas des prophètes de malheur qui voient le spectre de la décadence partout où leur regard se pose ; ils se méfient de la démocratie à cause des impasses, voire des dangers qu'elle recèle potentiellement lorsqu'elle n'est pas soumise à un examen critique ou pire, lorsqu'elle est considérée comme le bien en soi.

Plus précisément, trois écueils majeurs sont dénoncés avec force, je vais tâcher de les exposer ci-dessous le plus clairement possible :

  • Le péril le plus grand induit par la démocratie trouve sa source dans l'exercice de la souveraineté populaire que le dicton Vox populi vox Dei résume à merveille. Il y a ici une mystique folle qui identifie la souveraineté du peuple à la loi, et la loi à la légitimité. Le peuple se donne à lui-même ses propres lois sans aucune référence extérieure ; toute la folie criminelle du vingtième siècle n'est pas étrangère à cette dérive démocratique.
  • Le deuxième écueil est d'un ordre plus pratique, il montre une impossibilité concrète de la démocratie à être ce qu'elle prétend :

"Il se trouve que le peuple ne nomme personne, et ne peut même nommer qui que ce soit ; mais qu'un nombre convenu d'individus, qu'on est convenu d'appeler peuple, nomment individuellement qui bon leur semble" Louis de Bonald.

        Il faut donc bien distinguer la souveraineté populaire et le gouvernement qui exerce cette souveraineté. Ce gouvernement est concrètement un petit nombre qui exerce son pouvoir et non le pouvoir de tous.

  • La dernière objection concerne la notion d'autorité. On sait que chaque autorité ne doit pas dépasser son domaine de compétence sous peine de perdre sa légitimité. Les libéraux sont très soucieux à juste titre de ne pas voir l'autorité de l'Etat s'immiscer dans les affaires familiales et notamment dans ce qui relève de l'éducation des enfants. De la même manière, libéraux et réactionnaires s'interrogent sur la compétence qu'aurait le peuple à désigner par suffrage un gouvernement. En cette matière, l'autorité conférée au peuple est illégitime  car elle s'applique à un objet qui dépasse de très loin ses compétences.

 

Prophétie tocquevillienne


" Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre
? "


Alexis de Tocqueville ; De la démocratie en Amérique (1840)

Féminisme

On vous soupçonne de ne pas être un chaud partisan du féminisme ? Ce n’est pas grave.

Le marxisme en tant que doctrine économique est périmé, mais en tant que philosophie, on n’en finirait pas de faire l’inventaire des domaines où il a essaimé, disséminé ses métastases. La grille de lecture marxiste est ajustable à loisir et permet une interprétation toute faite des rapports sociaux, il suffit de recycler les concepts et de redistribuer les rôles.

Ainsi en est-il du féminisme : l’homme, de préférence européen et catholique, est très crédible dans le rôle du bourgeois exploiteur, tandis que la femme trouve naturellement sa place comme substitut du prolétariat opprimé. Pour introduire un dynamisme à l’ensemble, le principe de guerre des sexes fait office de lutte des classes. Une fois que les pions sont en place, la comédie progressiste peut commencer, et conformément à la logique marxiste, elle ne s’achèvera qu’avec l’avènement d’une société asexuée, ou post-sexuelle, débarrassée de toute forme d’oppression phallocrate.

Alors seulement, devant la créature geignarde et apeurée que l’idéologie féministe aura si bien contribué à engendrer, les femmes se lamenteront, mais un peu tard : « où sont les hommes ? »